10 choses à savoir sur… Frida Kahlo

Photographie de Tina Modotti représentant Frida Kahlo en train de peindre Les deux Fridas, 1939
Tina Modotti, photographie de Frida Kahlo en train de peindre Les deux Fridas, 1939

Frida Kahlo est non seulement l’une des rares femmes peintres mondialement célèbres mais elle aussi l’un des seuls artistes du Mexique connu à l’international. La Mexicaine, la boiteuse, la révolutionnaire, l’anticonformiste, la surréaliste… il existe tant d’adjectifs pour désigner cette artiste, libre avant tout, et singulière tant par son œuvre que par sa vie. Car la sienne est loin d’avoir été un long fleuve tranquille ! Elle a d’ailleurs été mise en lumière à de multiples reprises au travers de biographies d’artiste ou de films sur l’art. Mais connaissez-vous vraiment son histoire ? Artsper vous révèle 10 anecdotes marquantes dans la vie de cette artiste iconoclaste ! 

 1. Elle n’est pas d’origine mexicaine

Frida Kahlo, Mes grands-parents, mes parents et moi, 1936
Frida Kahlo, Mes grands-parents, mes parents et moi, 1936

Magdalena Frida Carmen Kahlo Calderón, de son vrai nom, a vu le jour le 6 juillet 1907. Elle avait pour habitude de falsifier sa date de naissance, la reculant au 7 juillet 1910, année du début de la révolution mexicaine. 

Frida est bien née à Mexico. Toutefois, elle n’est pas d’origine mexicaine ! Sa mère, Matilde Calderón y González, est issue d’une famille de généraux espagnols. Dans ses veines, du sang indien coule également. Son père, Carl Wilhelm Kahlo Kauffmann, est quant à lui, né en Allemagne. Contrairement à ce que prétendait Frida, il n’est pas de confession juive. Sa famille, luthérienne, faisait partie de la petite bourgeoise du Grand Duché de Bade. En arrivant en 1891 au Mexique, il prend le nom Guillermo Kahlo et s’installe comme photographe.

 2. Elle n’a pas eu une enfance heureuse

Guillermo Kahlo, photographie de Frida Kahlo enfant, 1919
Guillermo Kahlo, photographie de Frida Kahlo enfant, 1919

Frida Kahlo naît après que sa mère ait perdu un fils. Dépressive, cette dernière la confie à une nourrice et fait preuve d’une grande froideur à l’égard de Frida. 

L’atmosphère du foyer familial est particulièrement mélancolique. Outre des tensions entre ses parents et deux demi-sœurs envoyées au couvent, l’activité de son père est peu florissante durant la révolution mexicaine. Par ailleurs, la santé de la jeune Frida est fragile. Elle naît avec une spina bifida, déformant sa colonne vertébrale, et à l’âge de 6 ans, elle contracte la polio. À cause de cette grave maladie infectieuse, elle souffre de douleurs chroniques. De plus, sa jambe droite cesse de grandir ce qui provoque une malformation. La maladie l’isole également des autres enfants. Surnommée « Fria la coja », signifiant « Frida la boiteuse », elle ne peut se rendre à l’école.

Les premières années de sa scolarité sont tumultueuses. Intégrant une école allemande selon la volonté de son père, elle y est rapidement exclue pour désobéissance. Cet épisode témoigne d’un caractère affirmé et téméraire dès son plus jeune âge. Inscrite ensuite dans une école professionnelle d’enseignantes, son séjour y est également de courte durée. Elle est retirée de l’institution lorsque ses parents découvrent qu’elle a été sexuellement abusée par l’une des institutrices.

 3. Elle a failli devenir médecin

Frida Kahlo, Portrait de mon père Guillermo Kahlo, 1952
Frida Kahlo, Portrait de mon père Guillermo Kahlo, 1952

Frida Kahlo n’a pas toujours ambitionné de devenir peintre. Certes, son père lui transmet son goût pour les beaux-arts dès son plus jeune âge. Un ami de la famille, graveur, lui prodigue même quelques cours de dessin. Aussi, elle aide son père dans son activité professionnelle en retouchant, développant et colorisant les photographies. Néanmoins, elle considère l’art davantage comme un loisir.

À 16 ans, elle fait partie des 35 premières filles à être acceptées à l’Escuela Nacional Preparatoria, sur un total de 2 000 étudiants. Il s’agit alors du meilleur établissement scolaire du Mexique ! Là-bas, elle montre un intérêt prononcé pour les sciences naturelles, aspirant à devenir médecin.

4. Un grave accident de bus est à l’origine de son infirmité… et de sa carrière

Photographie de Frida Kahlo en train de peindre dans son lit
Photographie de Frida Kahlo en train de peindre dans son lit

Le 17 septembre 1925, alors qu’elle rentre des cours, son bus percute un tramway. Cet accident scelle son destin. Si elle survit, elle est néanmoins grièvement blessée. Sa cavité pelvienne est transpercée par une barre métallique, ce qui sera la cause de fausses couches systématiques. Elle souffre également de 11 fractures à la jambe droite. Son pied droit est complètement disloqué, tandis que son épaule est démise. Sa colonne vertébrale et son col du fémur sont, eux, brisés. Souffrant atrocement, elle reste alitée plusieurs mois.

Au total, jusqu’à la fin de sa vie, elle subit 32 opérations chirurgicales et portera 28 corsets. De retour chez elle, elle est contrainte de rester couchée. À cette période, elle écrit : « Je ne suis pas morte et j’ai une raison de vivre. Cette raison, c’est la peinture ». En effet, ses études de médecine étant compromises, sa famille l’encourage à peindre. Ils lui font fabriquer un chevalet spécial et un lit à baldaquin avec un miroir en guise de plafond. L’art devient l’exutoire de tous ses maux et le catalyseur de sa guérison. Elle débute une importante série d’autoportraits, son genre de prédilection.

5. Membre du parti communiste, elle est une figure pionnière du féminisme

Frida Kahlo, Autoportrait aux cheveux rasés, 1940
Frida Kahlo, Autoportrait aux cheveux rasés, 1940

Sous l’impulsion de la photographe Tina Modotti, elle s’inscrit en 1928 au Parti communiste mexicain. Elle n’a alors que 21 ans et se remet tout juste de son accident. 

Néanmoins, son engagement pour la défense d’une justice sociale et la promotion de la culture mexicaine avait émergé à l’adolescence. En effet, l’Escuela Nacional Preparatoria faisait l’éloge de l’indigenismo. Cette idéologie nationaliste mettait en valeur l’héritage indigène du Mexique pour affirmer la supériorité du pays et rejeter la mentalité colonialiste occidentale. Ainsi, avec 9 autres de ses camarades féminines, Frida Kahlo avait constitué un groupe informel se faisant appeler « Cachuchas » (littéralement « casquettes de base-ball »). Rejetant les valeurs conservatives de la société mexicaine patriarcale et machiste, elles débattaient de politique et de littérature russe. Nombreuses d’entre elles sont d’ailleurs devenues des figures majeures de l’élite intellectuelle mexicaine. 

Ainsi, au-delà de la lutte des classes, elle s’investit au sein du parti communiste pour l’émancipation et l’égalité des femmes. Elle devient donc une figure de proue des artistes féministes. Insoumise, contestataire et moderne, elle assume d’ailleurs sa bisexualité à une époque où peu de femmes l’osaient.

6. Elle forme avec Diego Rivera l’un des couples mythiques de l’histoire de l’art

Photographie du couple Frida Kahlo et Diego Rivera
Photographie du couple Frida Kahlo et Diego Rivera 

L’année 1928 est aussi marquée par sa rencontre décisive avec le muraliste Diego Rivera. De 20 ans son aîné, il est également membre du parti communiste. Mettant son art au service du peuple en réalisant de grandes fresques commandées par le gouvernement, il est alors déjà pleinement reconnu. Leurs passions communes pour la peinture et la politique et leur admiration respective en font un couple d’artistes fusionnel. 

Se mariant en 1929, leur relation sera tant passionnelle que destructrice. Elle confiera : « J’ai eu deux accidents graves dans ma vie. L’un à cause d’un bus, l’autre fut Diego. Diego fut de loin le pire ». En effet, Diego la trompe à plusieurs reprises… et elle en fait de-même en retour. En 1935, elle vit comme une véritable trahison la relation extraconjugale de son époux avec sa sœur. Quittant le domicile conjugal pendant plusieurs mois, leur amour reste cependant indéfectible. Frida met également à mal son mariage en ayant une liaison avec le révolutionnaire communiste Léon Trotski. En effet, en 1937, obtenant l’asile politique au Mexique, l’homme politique russe avait été hébergé dans leur maison. Divorçant en 1938, ils se remarient finalement en 1940, liés jusqu’à leur mort. 

L’habitation dans laquelle ils résident durant leur premier mariage est représentative de leur relation. Constituée de deux bâtiments distincts, l’un bleu pour Frida, l’autre blanc et rose pour Diego, ils sont reliés par un pont. C’est la métaphore même de leur couple : indépendant, mais inéluctablement uni.

 7. Elle n’est pas une peintre surréaliste 

Frida Kahlo, Autoportrait dédicacé au Docteur Eloesser, 1940
Frida Kahlo, Autoportrait dédicacé au Docteur Eloesser, 1940

En visite à Mexico en 1938, le surréaliste André Breton découvre les œuvres de Frida Kahlo. Fasciné, il l’invite à Paris en 1939 pour qu’elle participe à une grande exposition sur le Mexique. 

Cependant, aussi bien la ville que l’exposition lui déplaisent. L’événement est, d’après elle, une « fumerie ». Elle présentait une vision beaucoup trop caricaturale et pittoresque de sa nation. De plus, tous ses tableaux ne sont pas retenus et sa peinture est interprétée à tort. Elle considère que : « Ce n’est pas juste. Je n’ai jamais peint de rêves. Ce que j’ai représenté était ma réalité ». En effet, pour elle, ses toiles sont avant tout autobiographiques. Incomprise, elle rejette ce groupe d’intellectuels méprisants et prétentieux. Au sujet des surréalistes, elle écrit dans une lettre à Nickolas Murray : « Je préférerais m’asseoir par terre dans le marché de Toluca pour vendre des tortillas que d’avoir quoi que ce soit à voir avec ces connards d’artistes parisiens ». 

Pourtant, cette visite en France annonce le début d’une reconnaissance internationale. Tandis que Picasso lui offre des boucles d’oreilles d’ivoire en forme de mains, la créatrice de mode Schiaparelli lui confectionne la robe Madame Rivera et le Louvre lui achète un autoportrait. 

8. Ses œuvres constituent la biographie métaphorique de sa vie

Frida Kahlo, Autoportrait à la frontière du Mexique et des États-Unis, 1932
Frida Kahlo, Autoportrait à la frontière du Mexique et des États-Unis, 1932

Son œuvre est indissociable de sa vie. Dès le début de sa pratique artistique, alors qu’elle est immobilisée après son accident, Frida Kahlo prend pour sujet favori sa propre image. Elle dépeint sans pudeur ni concession ses souffrances morales et physiques. Parmi les plus célèbres, La colonne brisée (1944) révèle son corps meurtri par la succession d’opérations chirurgicales. 

Au total, près de 70 autoportraits reflètent son histoire. Elle se représente naissant puis enfant, comme dans Ma nourrice et moi (1937), et parfois avec ses parents. Elle fait aussi le portrait de son couple et aborde ses fausses couches, telle que dans la toile L’Hôpital Henry Ford (1932). 

Mais c’est davantage sa « mexicanité » qu’elle revendique dans les représentations d’elle-même. Elles révèlent sa profonde affection pour le patrimoine culturel de sa nation. De fait, elle porte souvent la China poblana, robe traditionnelle, très colorée et agrémentée de broderies florales. Aussi, elle est fréquemment coiffée de tresses ou de chignons ornés de fleurs. Dans nombreux de ses tableaux, la culture mexicaine est symbolisée notamment par sa faune et sa flore. Perroquets et cactus sont intégrés à ses compositions, ainsi que d’autres éléments du folklore local (drapeaux, cadavres exquis…). 

Enfin, son engagement politique transparaît aussi clairement dans plusieurs tableaux. Son Autoportrait avec Staline (1954) ou encore Le marxisme redonnera la santé aux malades (1954) en témoignent. 

À la fin de sa vie, de nombreuses évocations de la mort sont perceptibles dans ses toiles.

9. Elle a vécu dans la douleur toute sa vie et ses dernières années furent un calvaire

Frida Kahlo, Le rêve (le lit), 1940
Frida Kahlo, Le rêve (le lit), 1940

Derrière son optimisme et une infaillible joie de vivre, Frida Kahlo endure en permanence des douleurs, du dos jusqu’aux pieds. 

Son état de santé se dégrade particulièrement à partir de 1950. Elle est opérée de la colonne vertébrale à 7 reprises. Tandis que sa première exposition monographique est organisée en 1953, son médecin lui interdit de quitter son lit. Elle demande alors à ce que son lit soit déplacé jusqu’à la galerie où elle y fait une entrée triomphante, telle une reine sur son trône. 

Peu de temps après, développant la gangrène à la suite d’une de ses interventions chirurgicales, elle est amputée de la jambe droite. Cet événement la fait sombrer dans une profonde dépression. 

Finalement, en 1954, atteinte d’une pneumonie, elle décède quelques jours après son 47ème anniversaire. Elle écrit peu avant de décéder : « J’espère que la sortie sera joyeuse et j’espère ne jamais revenir ». Attendant la mort à bras ouverts, l’hypothèse d’un suicide n’est pas totalement exclue… 

Selon ses vœux, elle est incinérée. Elle ne voulait pas être enterrée allongée, ayant trop souffert de cette position.

10. Elle obtient une reconnaissance nationale de son vivant

Portrait de Frida Kahlo sur un billet de 500 pesos
Portrait de Frida Kahlo sur un billet de 500 pesos 

Vivant longtemps dans l’ombre de son mari, son élection en 1942 pour siéger au Seminario de cultura mexicana témoigne de sa reconnaissance de la part des institutions publiques. Regroupant des personnalités reconnues du monde culturel, cette formation, créée par le gouvernement, a pour but de promouvoir la culture mexicaine au travers d’expositions, de conférences et de publications. Par la suite, en 1943, l’école des Beaux-Arts lui confie l’enseignement de la peinture à l’une de ses classes. 

Son image étant marquée par son identité mexicaine, elle représente une figure nationale. En 2010, pour la création d’un nouveau billet de 500 pesos, la banque fédérale mexicaine choisit ainsi d’orner l’une des faces par son portrait, l’autre portant celui de Diego Rivera.Véritable icône dans l’histoire de l’art, elle devient également une icône politique dans les années 1990, pour le Chicano movement, un mouvement luttant pour la défense des droits civils des Mexicano-Américains.

Plus que d’être une artiste, Frida Kahlo est un symbole. Effigie du Mexique, elle l’est surtout pour les femmes. Sa force de caractère et son indépendance en font un emblème pour les mouvements féministes et LGBT. 

Ayant inspiré de nombreux artistes, sa figure a été également ré-exploitée commercialement. Imprimée sur des posters, tasses, tee-shirts et autres goodies, elle est, malgré elle, devenue une icône de la pop culture et du street-art. À n’en pas douter, l’anticapitaliste qu’elle était doit se retourner dans sa tombe en assistant au détournement de son œuvre et de son image ! Mais elle serait sûrement rassurée de voir que son influence, aussi bien artistique que politique, n’a pas perdu de sa vigueur.