10 choses à savoir sur Rothko

Rêverie mystique, contemplation religieuse, extase méditative, ivresse colorée… Il est difficile de mettre un mot sur les œuvres de Mark Rothko. Elles s’imposent d’elles-mêmes et nous absorbent entièrement. Le regard est happé par les grands aplats de couleur sans qu’il soit possible d’identifier clairement l’émotion visuelle créée par le pinceau du peintre américain. Artsper vous livre 10 choses à savoir sur celui qui fut l’un des artistes emblématiques du XXe siècle, symbole de l’expressionisme abstrait :

Mark Rothko
Mark Rothko – Yellow Over Purple (1956).

1. Mark Rothko n’était pas son vrai nom

Rothko est né en Lettonie sous le nom de Marcus Rothkowitz. Ce sont ses craintes quant à l’influence nazie croissante aux Etats-Unis qui le poussent, en janvier 1940, à adopter le nom anglicisé de Mark Rothko.

2. Hans Hofmann était son professeur

Pour Hofmann, peintre allemand, l’opulence de la couleur et de la surface sont des signes d’une personnalité hédoniste. Il aura fortement influencé Rothko, qui reprend ses grands carrés et superpositions de couleurs à sa façon.

3. Rothko était professeur pour enfants

Mark Rothko enseigna en effet le dessin aux enfants du Jewish Center de Brooklin, et ce de ses 28 à 49 ans.

ROTHKO
Mark Rothko – Light Red Over Black (1957)

4. Il est un membre éminent du Colorfield Painting

C’est Clément Greenberg qui identifie en premier le courant du Colorfield Painting, branche de l’art abstrait qui signifie littéralement : « peinture des champs de couleur ». Toutefois Mark Rothko rejette toute étiquette qu’il juge « aliénante », pour lui la couleur n’était « qu’un instrument » à une création plus importante.

5. La reconnaissance artistique de Mark Rothko est indirectement due à la CIA

Pour la CIA, la non-figuration caractéristique de l’expressionnisme abstrait ne permettait pas de remise en question sociale, par la neutralité même des oeuvres. Ainsi, l’agence a souhaité financer un programme visant à la reconnaissance et à la médiatisation de ce mouvement artistique. Tom Braden, ancien secrétaire exécutif du MoMa et ex-agent de la CIA a déclaré : « Je pense qu’il s’agissait de la plus importante division artistique que la CIA possédait et je pense que cela a joué un rôle déterminant dans la Guerre froide ».

S’il est très probable que les artistes ignoraient ce financement, l’historienne britannique Frances Stonor Saunders avance que l’expressionnisme abstrait n’aurait pas été reconnu et célébré tel qu’il l’a été sans l’aide de la CIA.

6. 87 millions de dollars

C’est le prix d’adjudication de l’oeuvre Orange, Red, Yellow (1961) lors d’une vente aux enchères en mai 2012.

Rothko, abstraction
Mark Rothko au Guggenheim de New York

7. Mark Rothko détestait l’idée que les spectateurs puissent être dérangés par d’autres œuvres que les siennes

« Ce serait bien qu’on puisse construire partout dans le pays des lieux, des sortes de petites chapelles, dans lesquelles un voyageur ou un promeneur puisse méditer longuement sur un unique tableau accroché dans une petite salle » (Mark Rothko)

Rothko
Photographie de Rothko, circa 1940

8. Mark Rothko se considérait comme un « faiseur de mythe »

Fervent lecteur de philosophie et d’ouvrages antiques, son art s’orientait vers un goût pour la tragédie mythique, voire même mystique. Selon lui, « L’expérience tragique ragaillardie est pour moi la seule source d’art »

9. Mark Rothko déplace sciemment le centre d’intérêt : acte de voir et non plus acte de comprendre.

Selon Rosenblum en 1961, Mark Rothko réussit à nier l’individuation personnelle grâce à cet effacement du soi et par conséquent rend son œuvre plus « sublime » encore!

10. Un anévrisme l’empêchant de peindre des grands formats le poussa à se suicider

Rothko se donne la mort en 1970 à New-York. A la question « Pourquoi s’est il suicidé ? », un de ses amis, John Hurt Fischer, répond : «J’ai entendu diverses explications : il était en mauvaise santé, il n’avait rien produit depuis six mois, il se sentait rejeté par un monde de l’art dont les goûts éphémères s’étaient tournés vers des peintres plus jeunes et inférieurs. Peut-être y a-t-il un peu de tout cela; je l’ignore. Mais mon intuition est que sa colère si ancienne fut l’une de ces causes. Car c’était la colère justifiée d’un homme qui se savait prédestiné à peindre des temples, et voyait que ses toiles n’étaient considérées que comme de vulgaires biens marchands ».