10 choses à savoir sur Louise Bourgeois

Louise Bourgeois
Portrait de Louise Bourgeois

Plasticienne, peintre et sculptrice, Louise Bourgeois a laissé son empreinte sur le monde artistique du 20ème siècle. Inclassable, impertinente, Louise Bourgeois est une géante de l’art contemporain. Artiste française, très influente aux Etats-Unis, elle est décédée en 2010, presque centenaire, après une carrière immense, bien que son travail n’ait été reconnu que très tardivement. Si certains se seront peut-être sentis mal à l’aise devant ses oeuvres, il est indéniable que la sensibilité qui s’en dégage a le pouvoir de tous nous émouvoir ou nous toucher. Artsper vous propose de découvrir 10 faits, incontournables ou plus anecdotiques, sur cette grande artiste, chère au monde de l’art.

1. Elle a débuté sa carrière d’artiste à New-York dans les années 40

Louise Bourgeois 1946
Louise Bourgeois dans son appartement-atelier de New York, en 1946.

Louise Bourgeois a commencé sa carrière en créant des oeuvres qui ne ressemblaient à rien de ce qui se faisait à l’époque. La création artistique était alors marquée par l’art conceptuel et l’abstraction. Louise Bourgeois, elle, a choisit de parler du corps, du sexe, des peurs, de l’enfance, des frayeurs et de la mémoire dans une Amérique encore très puritaine, à l’apogée du Maccarthysme. Elle n’imitait rien de ce qui avait déjà été fait, et rien ne pouvait imiter ce qu’elle créait. Travaillant à l’écart de la scène artistique, elle a présenté peu d’expositions personnelles jusqu’à ce qu’un vif intérêt se manifeste pour son travail dans les années 1970.

2. Son travail était intime et brut

Arch of Hysteria
Louise Bourgeois, Arch of Hysteria (1993)

Louise Bourgeois a essentiellement travaillé sur ses émotions, ses souvenirs et son anxiété. Ces thèmes, très personnels, ont toujours été présents dans ses oeuvres. Sa propre mémoire et ses propres pensées constituaient les matériaux indispensable à sa création de sculptures, peintures ou gravures. Elle disait d’ailleurs que « l’art est une garantie de santé mentale”.

3. Une église Louise Bourgeois est nichée dans un petit village du Luberon

Louise Bourgeois, Bénitier de l’Eglise Louise Bourgeois (2001)

Hors des sentiers battus, bien loin des grands musées d’art contemporain, se dresse un sanctuaire Louise Bourgeois, en plein coeur de Bonnieux, un petit village dans le Luberon. Une charmante église désaffectée abrite depuis 1998 un mobilier très particulier. Conçue par l’artiste elle même, elle a été réhabilitée à l’initiative de son propriétaire et des Monuments Historiques . On y retrouve entre autre un confessionnal sous forme de cage de fer, une araignée qui tisse sa toile sur les vieux murs de pierre, ou des fonts baptismaux en marbre de Carrare, à la sensualité nourricière. Un lieu incroyable, qui fait dialoguer l’intime et le sacré !

4. Ses araignées mythique représentent la figure de la mère

spider louise bourgeois
Louise Bourgeois, Maman (1999)

L’araignée de Louise Bourgeois, qui étend ses larges pattes devant les plus grands musées du monde s’appelle “maman”. Il s’agit d’un hommage que l’artiste rend à l’image maternelle, et plus précisément à sa propre mère, qu’elle a perdu tôt, alors qu’elle n’avait que 18 ans. Pour l’artiste, l’araignée est un animal bénéfique, intelligent, protecteur. Ses sculptures sont une façon de casser les idées reçues : l’araignée peut faire peur, mais c’est justement pour renverser cette image négative que Louise Bourgeois les a crées.

5. Elle a suivi des séances de psychanalyse pendant plus de 30 ans

janus
Louise Bourgeois et son oeuvre Janus (1968)

Par son travail de psychanalyse, elle a tenté de dépasser le traumatisme qu’a causé en elle le fait de découvrir que son père trompait sa mère avec sa gouvernante, ainsi que le décès prématurée de celle ci, si chère à son coeur. Elle voyait son thérapeute 4 fois par semaine, ce qui n’a été découvert qu’en 2007, avant sa rétrospective au Tate Modern. Son art était d’ailleurs proche d’une thérapie pour elle. Ses oeuvres se sont ainsi appuyées sur les résultats de la psychanalyse et les théories freudiennes.

6. Dans ses oeuvres, elle a cherché à désacraliser la figure du père.

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Louise Bourgeois, Destruction Of The Father (1974)

Par opposition à son amour pour sa mère , que Louise Bourgeois a exprimé avec ses araignées, la haine qu’elle éprouvait pour son père coureur de jupons a été une autre source d’inspiration pour l’artiste tout au long de sa carrière. Ainsi, dans la pièce The destruction of the father (la destruction du père), Louise Bourgeois a démoli la figure paternelle au milieu d’une cave recouverte de mamelles et de phallus dans une sorte de festin cannibale. Elle a fait de lui une créature monstrueuse, un sphinx doté de deux paires de seins et à qui elle a coupé la tête. « Puisque j’ai été démolie par mon père, pourquoi est-ce que je ne le démolirais pas ? », s’est-elle interrogée.

7. Elle a été féministe malgré elle

louise bourgeois femme maison
Louise Bourgeois, Femme Maison (1994)

Dans les années 1970, elle a soutenu de jeunes artistes femmes et participé à des expositions militantes organisées par le MLF (Mouvement de Libération des Femmes). Pour autant, Louise Bourgeois ne s’est jamais revendiquée comme féministe. Elle avait d’ailleurs déclaré : « Je suis une femme, je n’ai donc pas besoin d’être féministe » Si elle est restée toute sa vie non affiliée à une mouvance particulière, elle a constitué une importante influence sur les réflexions des générations d’artistes féminines et féministes qui ont marché dans ses pas.

8. André Breton s’est toujours opposé à son entrée dans le cercle des surréalistes

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Louise Bourgeois, Cell XXVI (2003)

Louise Bourgeois a fait une tentative avortée d’entrer dans le cercle des surréalistes parisiens. Mais André Breton s’y est toujours opposé de façon virulente. Cela n’a pas empêché la talentueuse artiste de rencontrer Yves Tanguy et Joan Miró, ou de nouer des liens d’amitié forts avec Marcel Duchamp, et Le Corbusier.

9. Elle a fait de grandes études de mathématiques à la Sorbonne

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Sorbonne, bâtiment historique

Après avoir obtenu son baccalauréat au lycée Fénelon, Louise Bourgeois a étudié les mathématiques supérieures à la Sorbonne. Elle s’était spécialisée en géométrie, espérant apporter ainsi de l’ordre et de la logique dans sa vie. L’artiste a fini par abandonner cette discipline, trop théoriques à son goût.

10. Elle a créé un morceau de rap à l’âge de 84 ans

Louise Bourgeois
Photographie Louise Bourgeois

Louise Bourgeois a « slammé » sur le texte « Otte » écrit par la vidéaste Brigitte Cornand avec en fond la musique de Ramuntcho Matta. L’artiste s’est amusée à jouer sur le suffixe et la sonorité de la syllabe ‘otte’ en détournant le sens orignal des mots pour en créer de nouveaux totalement inventés. Le résultat est à son image : surprenant, décalé poétique.

La plasticienne a cassé les conventions et inventé de nouvelles formes. Elle a taillé le bois, empilés des galets, fabriqué des cages. Elle a cousu, coupé, brodé, travaillé le marbre, pour créer des oeuvres toujours organiques et viscérales, qui ont laissé leurs empreintes magnétiques dans le monde de l’art. Femme aussi forte que sensible, Louise Bourgeois est dans le coeur de tout amateur d’art révolutionnaire.