10 choses à savoir sur Cindy Sherman

Cindy Sherman, Untitled Film Still #21, 1978
Cindy Sherman, Untitled Film Still #21, 1978

Vous ne la connaissez pas encore ou vous souhaitez la découvrir, voici 10 choses à savoir pour comprendre Cindy Sherman. Née en 1954, elle est aujourd’hui une photographe mondialement connue. Mise en scène et dénonciation des stéréotypes modèlent l’oeuvre de l’artiste.

1- Elle a commencé par la peinture

Untitled Film Still, 1978
Untitled Film Still, 1978

Elle rentre au college de Buffalo pour étudier l’art en 1972. Rapidement, elle trouve la peinture trop limitée. Elle ne se retrouve pas dans cette technique trop traditionnelle et tente d’autres approches. En 1977, elle décide de passer à la photographie et réalise sa première série de photos – Untitled A-E. Ses photographies en noir et blanc représentent une série d’autoportraits critiques de l’american way of life. On y voit Sherman déguisée selon les différents stéréotypes de la femme américaine (la femme d’affaires, la mère au foyer, la séductrice…).

2- La mise en scène est au coeur de son travail 

Cindy Sherman, Clowns, 2003-2004
Cindy Sherman, Clowns, 2003-2004

La deuxième chose à savoir est que le travail de Cindy Sherman est fondé sur la mise en scène. Maîtrisant parfaitement l’art de la métamorphose, le spectateur la retrouve d’un cliché à l’autre dans un décors ou une thématique différente. Grâce à du maquillage, aux perruques ou encore à des costumes, elle nous apparaît complètement changée. Dans la série [History Portraits/Old Masters] elle va même jusqu’à porter des prothèses pour reproduire les corps de madones.

3-  Une personne pour des centaines de visages

Portrait de l’artiste

On n’est jamais mieux servi que par soi-même ! C’est bien un principe qu’applique Cindy Sherman. Effectivement, la très grande majorité de ses photos sont des autoportraits. Néanmoins, grâce à ses mises en scène, on redécouvre sans cesse l’artiste. De la forme de ses joues à la couleur de ses yeux, elle ne laisse rien au hasard. Le processus de transformation étant poussé à son paroxysme, le public a presque la dérangeante impression d’être confronté à quelqu’un d’autre. 

4 – Elle est une photographe engagée

Bien qu’elle ne se considère pas comme telle, son travail est souvent qualifié de féministe. Une importante part du travail de Cindy Sherman est la dénonciation des clichés féminins. En posant et en se photographiant dans telle ou telle situation misogyne, elle pose le doigt sur le problème. Le spectateur est directement confronté aux stéréotypes et ne peut que réagir. Son but étant de faire que le public se reconnaisse dans une situation et prenne conscience du sexisme qu’elle engendre.

Untitled 577, 2016

Plusieurs séries traitent directement de ces problématiques. Dans [Sex Pictures], Sherman photographie des poupées gonflables dans des positions érotiques pour dénoncer la sexualisation constante de la femme dans les médias. Ici ce n’est pas par identification mais plutôt par répulsion qu’elle touche le visiteur. Il en est de même dans [Centerfolds/Horizontals] où cette fois elle réadapte les stéréotypes de la culture populaire américaine. Son travail mène donc à la réflexion.

5 – Elle appartient au mouvement de l’art conceptuel

Cindy Sherman, Untitled Film Still #13, 1978
Cindy Sherman, Untitled Film Still #13, 1978

L’art conceptuel est un mouvement apparu dans les pays anglo-saxons dans les années 1960. Il place les idées que véhiculent une oeuvre devant son aspect esthétique. Il y a donc une volonté d’arrêter de faire du beau pour aller vers un art “plus intéressant”. Parmi les travaux sur l’art conceptuel, nous comptons ceux de Duchamps avec le ready made ou les oeuvres de Sol LeWitt. Le travail de Sherman correspond au précepte du courant. Ainsi elle se focalise plus sur le message (féminisme, dénonciation…) pour amener à la réflexion plutôt que la beauté. Elle essaie d’être au plus proche de la réalité plutôt que de l’embellir.

6-  Son travail s’articule en série

Cindy Sherman, série History Portraits/Old Masters, 1988-1990
Cindy Sherman, série History Portraits/Old Masters, 1988-1990

Une des particularités de Sherman est qu’elle travaille par série. Se focaliser sur une thématique lui permet d’en explorer toutes les facettes. Des séries B dans [Untitled Film Stills] aux [History Portraits/Old Masters], la photographe balaye un grand nombre de thématiques.

Une de ses séries les plus célèbres est “Clowns (2003-2004)”. Elle fait ressentir le paradoxe entre une première approche festive (clowns, les couleurs) et une tristesse mélancolique.

Les séries permettent aussi à l’artiste de créer une narration, avec des personnages récurrents notamment dans [Pink Robes] de 1981/1982. On retrouve énormément de travail en série chez les artistes de l’art conceptuel.

8-  Ses oeuvres battent des records de prix

Cindy Sherman, Untitled #96, 1981
Cindy Sherman, Untitled #96, 1981

3,89 millions de dollars ! C’est le prix de la très connue “Untitled #96 (1981)”. La photo a été vendue chez Christie’s en 2011.  Elle fait parti des photographies les plus chères du monde au côté des clichés de Phantom de Peter Lik ou Rhein II (1999) d’Andreas Gursky.

Une autre édition de cette photographie avait déjà été vendue plusieurs millions en 2010. Un exploit car la photographie est souvent moins bien évaluée que les autres arts. L’univers militant de Sherman séduit toujours les collectionneurs.

8 – Cindy Sherman a collaboré avec de nombreuses marques

Cindy Sherman, campagne MAC,  2011
Cindy Sherman, campagne MAC, 2011

Balenciaga, MAC, la photographe n’hésite pas à faire des collaborations étonnantes. On pourrait croire au premier abord que poser dans les campagnes publicitaires de luxe ou cosmétique est en désaccord avec le travail de l’artiste. En effet, la publicité est souvent vue comme véhiculant les stéréotypes. 

En réalité, Sherman va à contrepieds de la démarche habituelle pour étonner… et séduire. En 2007, pour Balenciaga, l’artiste se déguise en de mannequins d’âge moyen prise en photo sur le vif. Les clichés dérangent le monde de la mode. Idem en 2011 pour MAC, elle crée trois personnages qu’elle ne cherche pas à embellir. Au contraire, elle joue plutôt du malaise. On est bien loin des créatures longilignes aux traits fins des magazines traditionnels. Bonne opération marketing ou coup de génie artistique ?

9 – Une belle rétrospective tant attendue à la Fondation Louis Vuitton

Cindy Sherman Untitled #92, 1981
Cindy Sherman Untitled #92, 1981

Une artiste reconnue mondialement certes mais peu de rétrospectives ont été organisées dans le monde. La majorité des expositions consacrées étaient à l’étranger, comme au MoMA en 2012. Hormis une exposition au jeu de Paume en 2006, les français n’ont pas eu l’occasion de voir ses oeuvres. Heureusement, la Fondation Louis Vuitton a décidé de réparer cette erreur en programmant du 2 avril au 31 août une exposition sur Cindy Sherman. On espère que cette exposition aura lieu après la réouverture des musées. Ce sera la plus grande organisée en Europe des 10 dernières années. Cet événement est très largement attendu puisque plus de 170 oeuvres issues de toutes ses séries seront disponibles. De plus, la période couverte s’étend de 1975 à 2020, il y aura donc de nombreuses photos récentes et inédites. Une chose est sûre, après cette exposition vous allez tout savoir sur Cindy Sherman.

10 – Découvrez les photos de Sherman sur instagram

Vous trépignez déjà à l’idée de voir l’exposition ? En attendant vous pouvez découvrir son compte instagram. C’est une des bonnes choses à savoir car Cindy Sherman est très active sur les réseaux sociaux.  Cette fois c’est avec selfie – l’autoportrait 2.0 – qu’elle revient. Fidèle à elle même, elle alimente son compte par des photos inédites où elle se met en scène. Elle réussit à s’approprier les codes du réseau social pour mieux les critiquer. Acerbe ou drôle, l’artiste de 65 ans n’a pas perdu de sa créativité.

Cindy Sherman, Hollywood’s golden age? Untitled #571, 2016

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