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Art contemporain 11/08/2026

Les citrouilles de Yayoi Kusama

Ecrit par Anna Tantalin , Mis à jour le 11/08/2026
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Les citrouilles de Yayoi Kusama

Sommaire

Pour Yayoi Kusama, la citrouille n’est pas un simple motif décoratif : c’est une figure familière et rassurante, « au visage humble et à la forme généreuse », qu’elle explore depuis l’enfance et qui est devenue, avec ses célèbres pois, la signature visuelle la plus reconnaissable de son œuvre, au même titre que ses Infinity Mirror Rooms. Sculptures en résine ou en bronze, installations monumentales à ciel ouvert, motif décliné jusque dans la mode : la citrouille de Kusama a débordé le champ de l’art pour devenir une icône culturelle mondiale.

L’univers de Yayoi Kusama

Née en 1929 à Matsumoto, au Japon, Yayoi Kusama développe dès l’enfance des hallucinations visuelles récurrentes : des champs de pois et de filets qui envahissent son champ de vision. Elle a elle-même largement documenté ce trouble, aujourd’hui associé par ses médecins à des troubles obsessionnels compulsifs, dans son autobiographie Infinity Net. Depuis 1977, elle réside volontairement à l’hôpital psychiatrique Seiwa, à Tokyo, où elle continue de créer quotidiennement dans un atelier situé à proximité. C’est en 1993, lors de sa première participation officielle au pavillon japonais de la Biennale de Venise, que la citrouille s’impose comme motif central de son travail, avant de devenir à partir du milieu des années 1990, l’un des symboles les plus identifiables de l’art contemporain.

Yayoi Kusama, Kusama with Pumpkin, 2010 (© Yayoi Kusama)

Deux motifs structurent l’ensemble de l’œuvre de Kusama : le pois (polka dot), qu’elle associe au soleil, à la lune et à l’infini de l’univers, et l’Infinity Net, ce réseau de filets peints à la main qui recouvre toiles et sculptures d’un maillage hypnotique. La citrouille synthétise les deux : sa peau, naturellement striée, se prête à l’application des pois, tandis que sa forme ronde et généreuse en fait, selon les mots de l’artiste, un motif « humoristique » et rassurant qui contrebalance la dimension parfois vertigineuse de ses installations immersives.

Les citrouilles dans l’art de Kusama

Les citrouilles sculptées de Kusama sont le plus souvent réalisées en résine peinte à la main (fibre de verre et résine renforcée pour les pièces monumentales, résine coulée pour les éditions de plus petit format), avant d’être recouvertes de son motif de pois caractéristique. Elles existent dans une grande variété d’échelles : de petites éditions de collection en résine, publiées notamment par Benesse Holdings à Naoshima et vendues en quelques dizaines de centimètres, jusqu’à des sculptures monumentales en bronze ou en fibre de verre destinées à l’espace public. Cette diversité d’échelles et de supports explique en partie la variété des prix constatée sur le marché de l’art, des éditions accessibles aux pièces uniques de très grande valeur.

Yayoi Kusama, Naoshima Red Pumpkin, 2019 – Résine disponible sur Artsper.com

L’île japonaise de Naoshima, dans la mer intérieure de Seto, abrite les deux citrouilles les plus célèbres de l’artiste, toutes deux intégrées au Benesse Art Site Naoshima. La Yellow Pumpkin, installée en 1994 sur un ponton face à la mer, est devenue l’un des symboles visuels les plus photographiés du Japon contemporain. En août 2021, elle a été gravement endommagée puis emportée par le typhon n°9, qui a frappé la région avec des vents dépassant les 100 km/h ; l’œuvre originale, repêchée mais irrécupérable, a été remplacée par une nouvelle version supervisée par l’artiste elle-même, réinstallée au même emplacement le 4 octobre 2022. La Red Pumpkin, installée en 2006 au port de Miyanoura, mesure environ quatre mètres de haut et se distingue par sa structure ajourée : contrairement à sa cousine jaune, elle est creuse et peut être visitée de l’intérieur, offrant aux visiteurs une expérience immersive de lumière filtrée à travers les pois.

La citrouille : un symbole culturel

Le motif a largement dépassé le cadre muséal et ne cesse d’inspirer. À l’instar de Takashi Murakami et de ses fleurs souriantes, Yayoi Kusama a fait de la citrouille un véritable emblème de la culture visuelle contemporaine. Les collaborations de Kusama avec Louis Vuitton, en 2012 puis en 2023, ont décliné la citrouille et les pois sur des sacs, vêtements et vitrines dans le monde entier, jusqu’à des scènes de rue entièrement recouvertes de pois. En septembre 2024, un sac Louis Vuitton en forme de citrouille signé Kusama s’est vendu 151 200 dollars chez Christie’s, devenant l’enchère la plus élevée jamais atteinte pour ce modèle, preuve de la porosité totale entre l’univers de l’artiste, le luxe et la culture populaire.

Yu Deng, Yayoi, 2013 – Acrylique disponible sur Artsper.com

Le marché des citrouilles de Kusama couvre un spectre très large. À l’entrée de gamme, les éditions en résine de petit format, produites en série pour des sites comme Naoshima, se négocient de quelques centaines à quelques milliers de dollars, offrant un point d’entrée accessible pour les collectionneurs. À l’autre extrémité, les sculptures uniques ou en très petite édition atteignent des sommets : en avril 2023, Pumpkin (L), une sculpture monumentale en bronze de 2014, s’est vendue 7,98 millions de dollars chez Sotheby’s Hong Kong, établissant un nouveau record pour une sculpture de l’artiste. 

Le record absolu toutes catégories pour une œuvre de Kusama reste néanmoins détenu par une peinture de la série Infinity Nets, adjugée 10,9 millions de dollars chez Phillips en 2022. Pour un premier achat, l’authenticité doit être vérifiée avec soin : édition publiée, provenance, certificat du vendeur et cohérence entre la signature (souvent estampée plutôt que manuscrite sur les petites éditions) et le type de pièce sont les critères de base à contrôler avant tout achat.