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Les représentations de la maternité dans l'art
Inspirez-vous 02 Mai 2022

Les représentations de la maternité dans l'art

maternité dans l'art
Demi Moore par Annie Leibovitz, 1991, © Vanity Fair © Sotheby’s

Au fil des époques et des mouvements artistiques, la figure de la mère en a vu de toutes les couleurs. Elle fut tour à tour divinisée pour sa fertilité, glorifiée à travers la Vierge Marie, symbolisée par son rôle nourricier… Une image incomplète et idéalisée, qui évolue brutalement à partir du 20ème siècle. S’ouvre alors un champ de revendications et de libérations, dont l’étendue s’agrandit encore chaque jour. Rapide tour d’horizon des représentations de la maternité dans l’art !

De la Vierge à l’enfant au tabou de la femme enceinte

La vierge et l'enfant avec six saints, Mariotto di Nardo
La Vierge et l’enfant avec six saints, Mariotto di Nardo, vers 1396, Musée du Petit Palais, Avignon

De toute l’histoire de l’art chrétien, la Vierge à l’enfant est le sujet le plus représenté. Déjà bien présente auparavant, elle envahit la peinture et la sculpture, à partir du Moyen-âge. Puis, elle est portée à son apogée durant la Renaissance. Les plus grands artistes de l’époque, tels que Michel-Ange et Raphaël, multiplieront les œuvres de la Vierge à l’enfant. Dénuée de tout caractère érotique, cette femme symbolise la protection, la douceur et la dévotion… Mais c’est un modèle invraisemblable et inatteignable pour toute femme, puisqu’il s’agit d’une mère qui est encore vierge. En parallèle, les représentations de femmes enceintes sont d’une rareté déconcertante. Jusqu’au 18ème siècle, cette image de la pré-maternité – jugée bien trop sexualisée – choque les occidentaux. Un constat qui peut sembler absurde, lorsqu’on sait que le nu féminin était déjà depuis longtemps une pratique artistique répandue.

La maternité dans l’art des 18ème et 19ème siècles : un réalisme timide

maternité dans l'art
Les trois âges de la femme, Gustav Klimt, 1905, Rome, Galleria Nazionale d’Arte Moderna

Au fil du temps, l’indétrônable Vierge Marie commence progressivement à laisser la place à d’autres représentations. Le 18ème siècle ouvre la voie sur une mère moins divinisée, plus charnelle. Une mouvance initiée dès 1786 par des artistes comme Elizabeth Vigée-Lebrun, qui réalise plusieurs autoportraits accompagnée de sa fille. L’évolution de la figure maternelle suit son cours tout au long du 19ème siècle, alors moins chaste, mais toujours idéalisée. Des peintres comme Mary Cassatt, Paul Cézanne ou encore Joaquin Sorolla représentent la maternité sous un jour joyeux, délicat et tendre. Au début des années 1900, Gustav Klimt vient rompre avec ce modèle maternel sublimé. Il peint ainsi Les trois âges de la femme, et L’Espoir. La vie y côtoie la mort, la candeur dialogue avec l’érotisme, et la force féminine danse avec sa vulnérabilité.




Du 20ème siècle à nos jours : dé(cons)truire le mythe

Reticent Child, Louise Bourgeois
Reticent Child, Louise Bourgeois, 2003, installation de 6 éléments en tissu

Frida Kahlo, Louise Bourgeois, Annie Leibovitz, Annette Messager… Depuis le 20ème siècle, nombreuses sont les artistes à tenter de faire évoluer les représentations de la maternité dans l’art. Dans son travail poignant sur l’horreur des fausses couches et l’avortement, Frida Kahlo aborde pour la première fois la maternité impossible.

De son côté, Annette Messager aborde ces questions dans les années 70. Dans Les enfants aux yeux rayés et Tout sur mon enfant, elle met en lumière l’injonction à la maternité. À travers cette collection de photos de bébés, elle parle des angoisses et impératifs qui accompagnent le rôle de mère.

En 1991, c’est Annie Leibovitz qui jette un pavé dans la mare avec son portrait nu de Demi Moore enceinte. En une du magazine Vanity Fair, l’image choque au point que certains buralistes refusent de le vendre. Annie Leibovitz crée alors une nouvelle rupture : exposer la maternité dans son plus simple appareil, brute et puissante.

Plus tard, c’est Louise Bourgeois qui aborde la maternité dans l’art avec un regard novateur. Elle peint la bonne et la mauvaise mère, l’accouchement douloureux, l’angoisse de la maternité, le rapport mère-enfant. Sa célébrissime sculpture Maman met en avant toute la complexité d’un tel sujet. L’immense araignée symbolise la mère nourricière et protectrice, tout autant que son caractère destructeur et intimidant. Une ambiguïté qui fait aussi écho à de très anciennes représentations, comme celle de la divinité Coatlicue. Cette déesse de la fertilité était à la fois la mère de toute forme de vie et un monstre vorace. Grâce à son travail, Louise Bourgeois diffuse une nouvelle représentation de la maternité dans l’art, ambivalente et réaliste.

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Portrait de Beyoncé enceinte par Awol Erizku, 2017 © Awol Erizku

La maternité dans l’art : lorsque l’intime devient politique

Les représentations de la maternité dans l’art ont longtemps été partagées entre tabou du réel et pureté du sacré. Jusqu’au 18ème siècle en Occident, c’est donc l’écrasante figure de la vierge Marie qui prime. Les 18ème et le 19ème siècles marquent un nouveau tournant : l’image d’une maternité charnelle voit le jour. À de rares exceptions près, la mère y est surtout glorifiée et montrée comme un symbole ultime de douceur. Le 20ème siècle laisse déferler un tsunami de revendications. Enfin, les représentations de la maternité sortent de leurs carcans, les voix s’élèvent et les illusions s’effondrent. Un art intime et politique, qui nous réserve encore bien des surprises et un travail de déconstruction nécessaire.

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