Les 10 peintures de paysages célèbres à connaître

Peinture de paysage célèbre -  Caspar David Friedrich, Le moine au bord de la mer (1808-10)
Caspar David Friedrich, Le moine au bord de la mer (1808-10)

La peinture de paysage a longtemps été en quête de reconnaissance officielle. Il faut attendre le 17ème siècle pour que le thème devienne un genre pictural à part entière, aux côtés de la peinture d’histoire, du portrait et de la nature morte. C’est au 19ème siècle qu’il connaît son développement le plus marquant, avec la naissance de l’École de Barbizon en 1830. Dès lors, la peinture en plein air se démocratise, et la nature apparaît comme le plus inspirant des sujets. Forêts verdoyantes, falaises rocheuses et champs labourés deviennent les paysages de prédilection de certains peintres. D’ailleurs, ces toiles font partie des plus grands tableaux de l’histoire de l’art. Artsper a sélectionné pour vous 10 peintures de paysages célèbres à connaître… dépaysement garanti ! 

Nicolas Poussin : paysage érudit

Peinture de paysage célèbre - Nicolas Poussin, Le Printemps ou Le Paradis terrestre (1660-64)
Nicolas Poussin, Le Printemps ou Le Paradis terrestre (1660-64)

Nicolas Poussin (1594-1665), peintre classique par excellence, a produit une peinture profondément érudite et savante, fondamentale en histoire de l’art. Il est notamment l’inventeur du « paysage idéal » où l’homme est intimement lié à la nature, dépeinte de façon majestueuse et grandiose. Invitant à la délectation, il propose une réflexion poussée sur la place du fils d’Adam au sein de l’immensité divine.

Entre 1660 et 1664, il réalise le Cycle des 4 Saisons. Peinte à la fin de sa vie pour le Duc de Richelieu, la série présente des saynètes de l’Ancien Testament, où le paysage prend une place dominante. C’est avec Le Printemps qu’il débute la réalisation de la commande. L’artiste dépeint ici Adam et Ève nus, au beau milieu d’une prairie parsemée d’arbres, dont le célèbre pommier décrit dans la Genèse. Si des couleurs chaudes et une lumière agréable se dégagent de l’œuvre, c’est bien une issue dramatique qui est suggérée par le peintre. Le pêché originel imminent est notamment souligné par la présence de Dieu en haut à droite, fuyant la scène pour préparer le châtiment. 

Dans l’ensemble des toiles des Quatres saisons, Nicolas Poussin permet deux lectures des scènes. Dans la première, dite linéaire et chrétienne, Dieu apparaît comme le point de liaison de toutes choses. La vie est appréhendée comme une accumulation d’événements prédits et organisés par le Christ. Ce dernier qui a le pouvoir de nous punir ou de nous bénir selon notre comportement. Dans la lecture cyclique et naturelle, héritée de l’Antiquité, les actions se répètent à chaque nouveau début de cycle. En revanche, il existe des éléments recomposés et régénérés : l’éternel retour de certains événements devient inévitable. 

Giovanni Antonio Canal, dit Canaletto : paysage urbain

Peintures paysages célèbres Giovanni Antonio Canal, dit Canaletto, Le grand canal à l'église de la Salute (1727)
Giovanni Antonio Canal, dit Canaletto, Le Grand canal à l’église de la Salute (1727)

L’œuvre Le Grand canal à l’église de la Salute, peinte par le vénitien Canaletto (1697-1760), est un type particulier dans le genre du paysage. Il s’agit d’une Veduta (« vue » en italien), qui se caractérise par la représentation exacte d’un paysage, souvent urbain. Parce qu’elles sont fidèles à la perception de la réalité, les Veduta sont réalisées à l’époque à l’aide de plusieurs instruments, dont la camera obscura, ancêtre de l’appareil photographique. 

Si la peinture du maître italien se veut minutieuse quant à la représentation de la topographie, le paysage représenté n’en est pas moins poétique. La lumière, presque transparente, enveloppe la ville d’une atmosphère douce et chaude, et situe la scène en fin d’après-midi. En plus d’être une peinture de paysage, l’œuvre de Canaletto met en scène la vie des habitants de Venise. Ici sont représentés près du grand canal les fameux gondoliers, mais aussi des marchands et diplomates venus d’Orient. 

Caspar David Friedrich : paysage spirituel

Peinture de paysage célèbre - Caspar David Friedrich, Le moine au bord de la mer (1808-10)
Caspar David Friedrich, Le moine au bord de la mer (1808-10)

À quel moment de la journée situeriez-vous cette scène ? Le matin peut-être, comme en témoigne cette brume blanche enveloppante… Ou serait-ce le soir, comme le laisserait penser cette lumière déclinante au loin ? La présence du moine capucin marchant sur ce bord de mer ne nous apporte aucune réponse. Seule chose certaine : il semble pensif face à l’immensité du paysage qui l’entoure. 

L’auteur de cette toile, Caspar David Friedrich (1774-1840), s’inscrit parfaitement dans le romantisme allemand né en 1770. La toile est une illustration remarquable des préoccupations du peintre pendant toute sa carrière. En effet, ses scènes inspirées par l’allégorie et la philosophie, invitent le personnage de son œuvre à la contemplation. De la même façon, le spectateur est, lui-même, appelé à contempler cette vaste étendue énigmatique. Tout ici ou presque est réduit au minimum, qu’il s’agisse du trait, de la couleur et même de la présence humaine, apparaissant comme un simple « détail » dans la composition.

Avec cette œuvre, Friedrich semble nous transmettre un message : l’homme n’est pas grand chose face à cette nature imprévisible, parfois cruelle. Ainsi, Le moine au bord de la mer nous invite à la réflexion mais surtout, à laisser vagabonder notre esprit.

Eugène Boudin : paysage marin

Peinture de paysage célèbre - Eugène Boudin, La plage de Trouville, 1865
Eugène Boudin, La plage de Trouville, 1865

L’artiste Eugène Boudin (1824-1898) est né à Honfleur. Il tire l’essentiel de son inspiration du ciel et de la mer de Normandie. Admirateur de la nature et grand amoureux des paysages marins, Boudin a le désir de s’évader. Né dans un siècle où l’art académique domine, le peintre s’engage pourtant dans une autre voie : celle de la peinture en plein air. 

Boudin a la ferme volonté de traduire les impressions fugaces du paysage et l’évanescence de la lumière – ce qui fait sans doute de lui le précurseur de l’impressionnisme. Observateur et patient, il est attentif aux phénomènes atmosphériques et tente de saisir l’immensité du ciel et des côtes normandes. Moderne, il représente la nouvelle bourgeoisie de son siècle, dont il peint avec des couleurs chatoyantes les belles robes et les chapeaux élégants. Autodidacte, Boudin applique sa technique rapide, plus suggestive que descriptive, à ses différents sujets de prédilection : les bords de mer et les ports. 

Dans ses paysages, le peintre donne toujours une place de choix au ciel et à ses variations. Ses « beautés météorologiques » se déclinent alors sous toutes les formes : croquis, pastels, aquarelles, peintures à l’huile… Vous trouverez toujours dans la peinture de Boudin des touches poétiques.

Vincent van Gogh : paysage tourmenté

Peinture de paysage célèbre - Vincent van Gogh, La nuit étoilée (1889)
Vincent van Gogh, La nuit étoilée (1889)

Sans aucun doute, cette œuvre est la plus connue des peintures de paysages célèbres ! Vincent van Gogh part s’installer à Arles en 1888. Une véritable quête spirituelle commence alors pour le peintre, qui tente de combattre ses démons. Bien qu’il représente une douce nuit étoilée propice à la rêverie, quelques-uns des éléments plastiques de ce paysage illustrent bien sa pathologie : traits tranchants, spirales infernales, couleurs très contrastées…

Une étude des archives de l’artiste a montré que si les différentes étoiles s’inspirent de nébuleuses bien réelles (la nébuleuse Vénus était d’ailleurs particulièrement lumineuse en 1889), le village lui, est fictif. La lumière éclatante et aspirante de la lune n’éclaire en rien la nuit sombre qui s’abat sur ce village de Provence. Les branches du cyprès, d’un noir intense et épais, ajoutent une touche angoissante à l’atmosphère générale. Les étoiles jaunes contrastent si bien avec les différents bleus de la nuit que l’œuvre est à la fois grandiose et terrifiante. Toute l’attention du peintre est notamment concentrée sur cette arabesque centrale. Peut-être que cela retranscrit l’apogée de ses tourments psychologiques ? À moins que ce ne soit un signe de son admiration pour l’art japonais et les estampes, dans lesquelles on retrouve au 19ème siècle de nombreuses spirales et des aplats de couleurs. 

Paul Cézanne : paysage obsessionnel

Peinture de paysage célèbre - Paul Cézanne, La Montagne Sainte-Victoire vue de la carrière Bibémus (1897)
Paul Cézanne, La Montagne Sainte-Victoire vue de la carrière Bibémus (1897)

C’est en Provence-Alpes-Côte d’Azur que le peintre Paul Cézanne décide peu à peu de se retirer. Soleil, cigales, arbres fruitiers… mais aussi, et surtout, la montagne Sainte- Victoire ont été des sources d’inspiration majeures pour l’artiste. Ce massif montagneux inspire d’ailleurs le peintre pour pas moins de quatre-vingt de ses tableaux. Une obsession avez-vous dit ?

Peintre de plein air, il apprécie les paysages aux milles couleurs et senteurs. Contrairement aux impressionnistes, Cézanne ne dissout pas les couleurs entre elles, mais appuie fermement les contours qu’il souligne souvent de noir pour créer des volumes distincts. La lumière est posée par empâtements, à l’image de ce jaune ocre des pierres et de ce vert vif des pins, contrastant avec le bleu du ciel. Il ne peint pas fidèlement la réalité telle qu’il la voit, mais souhaite créer son univers à lui, où les formes légèrement géométriques du paysage présagent le mouvement cubiste.

Si les femmes sont généralement les muses des peintres, pour Cézanne c’est sans aucun doute la montagne Sainte-Victoire qui l’a le plus fasciné. Il écrit d’ailleurs : « Longtemps je suis resté sans pouvoir, sans savoir peindre la Sainte-Victoire (…). Au lieu de se tasser, elle s’évapore, se fluidise. Elle participe toute bleutée à la respiration ambiante de l’air ».

André Derain : paysage coloré

Peinture de paysage célèbre - André Derain, L’Estaque, 1906
André Derain, L’Estaque, 1906 

À l’image de la Sainte-Victoire, l’Estaque est aussi un lieu d’inspiration célèbre pour les créateurs, plus particulièrement pour le plus fauviste des peintres, André Derain. L’Estaque deviendra d’ailleurs un lieu symbolique pour les artistes de ce mouvement, inspirés par les couleurs chatoyantes et vives du Sud de la France. C’est dans ce lieu et ses alentours que le peintre se repose, aux côtés notamment de Georges Braques, Henri Matisse et Raoul Duffy, eux aussi inspirés par la luminosité particulière de cette zone géographique. 

Rejetant le naturalisme, André Derain propose à travers cette toile une nouvelle réalité, où la couleur prime sur le dessin. Ses recherches chromatiques le poussent à peindre des œuvres parsemées de teintes rouges, jaunes et oranges, parfois bleues. Usant de couleurs aussi bien chaudes que froides, la composition est savamment équilibrée. La scène représente ici une scène de village, composée d’arbres, de maisons et de différents personnages de taille réduite. Le peintre a pris le soin de faciliter la lecture de l’image en soulignant les contours des divers éléments de la composition. 

Le Douanier Rousseau : paysage onirique

Peinture de paysage célèbre - Henri Rousseau, Le rêve (1910)
Henri Rousseau, Le rêve (1910)

À la toute fin du 19ème siècle, Henri Rousseau est l’une des figures dominantes du « mouvement naïf » (1885-1930). Caractérisé par une ignorance volontaire de la perspective et de la réalité des dimensions, ce courant évoque un univers enfantin et très graphique. 

Dans cette peinture, le Douanier Rousseau nous emmène au cœur d’une jungle luxuriante, où se cachent diverses espèces animales : lions, éléphants, volatiles… Au milieu de cette végétation trône une femme écoutant la mélodie jouée par un charmeur à la flûte. Il s’agit de Yadwiga, une amie du peintre rencontrée en Pologne. Sa pose suggère de façon évidente une des représentations classique des nus dans l’histoire de l’art, que l’on retrouve par exemple chez Edouard Manet dans son œuvre Olympia. Sa pose, assez énigmatique et érotique, fait d’elle une représentation du désir. Lors de ses travaux sur la psychanalyse, Freud a interprété cette peinture de paysage comme une allégorie des désirs refoulés du peintre. 

Les nombreuses visites de l’artiste au Jardin d’acclimatation et au Muséum d’Histoire Naturelle ont inspiré ce dernier. On le sait en outre admirateur et grand connaisseur de la végétation. Les très nombreuses variations de vert – pas moins de 20 – contrastent avec les couleurs vives des lotus géants entourant Yadwiga. L’harmonie des couleurs fait de ce décor un paysage harmonieux et onirique, invitant au voyage.

Edward Hopper : paysage solitaire

Peinture de paysage célèbre - Edward Hopper, Colline avec phare, 1927
Edward Hopper, Colline avec phare, 1927

Les œuvres peintes par Edward Hopper (1882-1967) ont un côté captivant, lié sans aucun doute à leur mystère… Ce paysage en particulier, peint en 1927, donne lieu à des interprétations contradictoires. Attaché aux paysages du littoral atlantique de l’Amérique, et plus particulièrement à ceux de la Nouvelle-Angleterre, Hopper représente une scène où apparaissent une vallée sinueuse, une maison et un phare.

Alors que la scène est baignée dans une lumière rassurante, un sentiment d’angoisse nous traverse face à cette scène abandonnée, presque déserte. La limite entre civilisation et nature est difficile à établir. Derrière ce décor de carte postale, il semble exister une sorte de face cachée, propice à l’angoisse et à l’ennui. L’artiste est connu pour sa fascination pour les phares et leur architecture verticale. Véritables repères dans les paysages, les phares sont aussi des références à la solitude et à la tempête. L’absence de mer enferme la scène encore davantage dans une bulle, ce qui nous ferait presque devenir claustrophobes !

C’est une habitude pour Hopper de choisir des paysages de campagne, bien que ses œuvres les plus connues mettent en scène des personnages penseurs dans les bars d’une Amérique -trop- glamourisée. 

Nicolas de Staël : paysage abstrait

Peinture de paysage célèbre - Nicolas de Staël, Sicile (Vue d’Agrigente), 1954
Nicolas de Staël, Sicile (Vue d’Agrigente), 1954

Le peintre Nicolas de Staël (1914-1955) s’est approprié la peinture de paysage d’une toute autre façon que les artistes étudiés jusque-là. Ses compositions géométriques, ses empâtements épais et ses plages de couleurs vives font de son œuvre une création éminemment abstraite. Plus tard dans sa carrière, le peintre propose une peinture qui renoue un peu plus avec le réel. De ce fait, son œuvre questionne profondément l’opposition entre abstraction et figuration. Peintre minutieux, il donnera naissance à quelques-unes de ses plus grandes peintures de paysages après des études précises faites au crayon et à l’encre. 

S’accordant beaucoup de liberté quand à la représentation de la réalité, il produit plusieurs œuvres mettant en avant les paysages de Sicile, dont il est tombé amoureux lors de son voyage en Italie en 1953. Jamais il ne propose une peinture de paysage identique à la précédente. La lumière, tout comme la matière ou les formes choisies, sont systématiquement différentes.

Grâce à des aplats de couleurs vives, Staël tente de fixer sur la toile l’essence du paysage qu’il représente, par l’utilisation de lignes pures et de couleurs stridentes. Le violet et le vert tentent de trouver leur point d’équilibre avec les tons ocres et le rouge. La ligne d’horizon permet une distinction très nette du ciel et de la terre. De telles couleurs peuvent surprendre lorsque l’on sait que son voyage en Sicile se passe en plein mois d’août, à une époque où les paysages sont arides, secs, brûlés par la chaleur du soleil. Mais l’arbitraire des teintes chez ce peintre renvoie directement à sa volonté de retranscrire la sensation reçue.

A chacun son paysage…

Cette étude des dix peintures de paysages célèbres nous fait découvrir ou redécouvrir des lieux que les artistes chérissent. Des collines verdoyantes du Sud, aux bords de mer du littoral normand, le paysage inspire chaque peintre différemment. Si la représentation de ce qui est vu est plus ou moins fidèle à la réalité, les créateurs ont eu un point commun : transmettre au spectateur une émotion. Sérénité, angoisse, spiritualité… les sentiments que nous prodigue la nature sont multiples, tout comme les peintures la représentant !

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