L’architecture brutaliste : 5 exemples de constructions emblématiques

William Pereira, Geisel Library, 1970, @Antoine Taveneaux
William Pereira, Geisel Library, 1970, © Antoine Taveneaux

La célèbre architecture brutaliste suscite autant l’admiration que le dégoût. Fondée sur l’utilisation de matériaux bruts tels que le béton, elle inspire d’abord la froideur des édifices sans âme. Pourtant, elle est loin de se cantonner à sa dimension économique et efficace. Pour comprendre l’architecture brutaliste, il faut la décrypter sous le prisme de son époque. Celle d’un après-guerre traversé par l’optimisme d’un avenir meilleur, plus égalitaire. Afin de comprendre ce mouvement architectural, Artsper vous présente aujourd’hui cinq constructions emblématiques !

1. Les Choux de Créteil : l’esprit de l’architecture brutaliste

Conçus par Gérard Grandval et achevés en 1974, les choux de Créteil sont un ensemble de 10 immeubles. Ce surnom de « chou » n’est autre qu’une référence à sa forme globale. En tant qu’architecte progressiste, Grandval souhaite rompre avec la construction de style militaire. Il laisse derrière lui les alignements d’immeubles aux structures brutales, pour privilégier des formes rondes, féminines et végétales. C’est ainsi qu’il offre au quartier du Palais un visage singulier : celui d’un champ de fleurs en béton. Si les choux sont loin de faire l’unanimité, nombreuses critiques oublient que ces bâtiments devaient initialement être végétalisés. Chers au cœur de Gérard Grandval, les balcons-pétales auraient dû servir de supports de jardins… Évoluant au fil des saisons et au gré des envies des habitants.

Architecture brutaliste : Gérard Grandval, Les Choux de Créteil ,1974
Gérard Grandval, Les Choux de Créteil ,1974

2. La Cité radieuse : du brutalisme coloré

Pionnier de l’architecture brutaliste, Le Corbusier a imaginé la Cité radieuse à Marseille entre 1947 et 1952. Il utilise le béton pour son caractère brut, auquel il ajoute des nuances colorées, particulièrement mises en valeur. À l’intérieur de ces énormes blocs de béton, des lignes suivent une régularité parfaite… Mais elles sont partiellement interrompues par un quadrillage différent. Du bleu, du jaune et du rouge – couleurs aussi « primaires » que le béton – dont la répétition se veut parfois redondante, parfois illogique.

Le Corbusier, La Cité radieuse, 1952
Le Corbusier, La Cité radieuse, 1952

3. Le « Toblerone » de Rista Sekerinski : entre progrès social et dystopie

Cet immeuble résidentiel est réalisé par l’architecte Rista Sekerinski en 1963. Situé à Belgrade, il caractérise à merveille l’architecture brutaliste des pays du bloc de l’Est. Ainsi, le bâtiment avait pour but initial de favoriser le développement social et d’offrir le plus de logements possible. Située à la frontière entre austérité et futurisme, cette mégastructure en béton est aussi fascinante qu’inquiétante.

Architecture brutaliste : Rista Sekerinski, Immeuble résidentiel à Karaburma, 1963, @Stefano Perego
Rista Sekerinski, Immeuble résidentiel à Karaburma, 1963, © Stefano Perego

4. La Geisel Library : figure controversée de l’architecture brutaliste

Bibliothèque centrale de l’Université de San Diego, la Geisel Librabry a été construite par l’architecte William Pereira en 1970. Pour certain.e.s, elle est l’emblème de l’architecture brutaliste. Pour d’autres, elle n’est qu’une monstruosité de béton. S’inspirant de la science-fiction, si chère à son cœur, Pereira conçoit cette œuvre monumentale, composée de seize piliers. Des colonnes de bétons qui s’élargissent en diagonale et pointent vers le ciel, pour soutenir cinq étages constitués de bais vitrées… La structure de cette bibliothèque peut sembler froide de l’extérieur. Pourtant, elle mérite d’être vue de l’intérieur. Une fois entre ses murs, elle offre en effet aux visiteurs la chance d’être baignés dans une lumière naturelle époustouflante.

 William Pereira, Geisel Library, 1970, @Antoine Taveneaux
William Pereira, Geisel Library, 1970, © Antoine Taveneaux

5. The Barbican Estate : l’architecture brutaliste comme eldorado

Conçu par les architectes Chamberlin, Powell et Bon, The Barbican Estate est finalisé en 1976. C’est un véritable village au cœur de Londres : 2100 logements, plusieurs plans d’eau et des lieux culturels. Ce quartier est avant tout le reflet d’une conviction politique d’après-guerre. Il tend ainsi à créer de paisibles eldorados à l’intérieur d’immenses villes. Reposant sur un principe mutualiste et optimiste, The Barbican Estate a pour vocation d’offrir une bouffée d’air aux Londoniens.

Architecture brutaliste : Chamberlin, Powell & Bon, The Barbican Estate, 1976, @BrutalHouse
Chamberlin, Powell & Bon, The Barbican Estate, 1976, © BrutalHouse

Vers un « éco-brutalisme » ?

Persuadé que l’architecture devait prendre un tournant végétal, Gérard Grandval aura le plaisir de voir son idée germer – puis fleurir – à la fin de sa vie. Toits végétaux et jardins verticaux sont autant d’initiatives architecturales qui s’imposent et apportent une respiration nécessaire à nos villes. Et si le brutalisme de demain, celui qui prône un logement décent pour tou.te.s, n’était autre qu’un « éco-brutalisme » ? La construction de logements écologiques accessibles au plus grand nombre et répondant aux problématiques actuelles serait un bel héritage du brutalisme. Et vous, quel style architectural souhaiteriez vous voir éclore dans le monde de demain ?

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