5 femmes engagées à suivre dans le monde de l’art

La sphère artistique a longtemps occulté le travail et l’engagement des artistes femmes, passionnées d’art ou intellectuelles, désireuses d’apporter leur contribution. Au fil des siècles, le combat des femmes pour leur reconnaissance a réformé le champ artistique contemporain, qui a vu naître et légitimer l’essor de nombreux métiers d’art par et pour les femmes. Si elles prennent aujourd’hui part à la création et à la collaboration artistique, la parité est encore loin d’être gagnée… Entrepreneuses, militantes féministes, protectrices des minorités, ces femmes engagées contribuent à l’émergence et à la diversité de l’art contemporain dans leur pays respectifs. Et plus largement, dans la sphère contemporaine présente et future !

C’est pourquoi Artsper a choisi de vous présenter 5 figures féministes célèbres, jouant un rôle déterminant dans le monde de l’art.

Lydia Fenet : commissaire-priseuse basée à New-York et directrice générale de Christie’s

Entrepreneuse émérite, commissaire-priseuse et directrice générale des partenariats stratégiques pour la société de vente aux enchères Christie’s, Lydia Fenet incarne la réussite par excellence. Auteure à succès, elle partage dans son premier livre, The Most Powerful Woman in the Room is You, ses conseils pour mieux appréhender l’univers carnassier de la vente d’œuvres d’art. Forte d’une discipline implacable et réputée pour son pragmatisme et son approche radicale, Lydia Fenet a présidé des enchères pour plus de six cents organismes. Parmi lesquels un demi-milliard de dollars sont reversés à diverses organisations mondiales à but non lucratif. Une femme emplie d’une philanthropie contagieuse, qui s’engage depuis des années à communiquer, directement auprès du public hétéroclite que sont les acteurs du monde de l’art, son expérience et son parcours brillant. 

Lydia Fenet est aussi une oratrice pertinente. Elle adresse le thème de la confiance en soi pour libérer et renforcer le potentiel de vente de chacun. Son discours encourage « l’empowerment », l’autonomisation des femmes, dans l’écosystème codifié et encore largement masculo-centré qu’est le monde de l’art. Ainsi elle questionne l’omertà qui entoure les problèmes auxquels les femmes sont confrontées quotidiennement durant leur carrière. Elle aborde aussi bien l’art de la négociation que les notions tacites de compétition et d’argent qui alimentent le monde de l’art. Podcasts féministes, magazines de modes incontournables, sites spécialisés dans le marché international de l’art, tout le monde se l’arrache. Plongez dans l’univers haut en couleurs de cette Wonder Woman des enchères à travers son compte Instagram !

Dasha Zhukova : galeriste et philanthrope russe

Dasha Zhukova, femme engagée, galeriste et philanthrope russe.
Dasha Zhukova, ©Arts at MIT

Fille d’une mère spécialisée dans la biologie moléculaire et d’un père qui a fait fortune dans le pétrole, cette milliardaire russe d’à peine 40 ans brise tous les codes en faisant de sa passion pour l’art son métier. Businesswoman incontestable, galeriste et philanthrope, Dasha Zhukova fonde en 2008 à Moscou, le Garage Center for Contemporary Culture. La collection du musée représente la seule archive publique du pays en matière d’art contemporain russe des années 1950 à nos jours. 8500m² de culture et d’art avant-gardiste contemporain, dans lequel elle expose des artistes qui lui sont chers. 

Un espace d’exposition inédit qui témoigne de l’enthousiasme bouillonnant qui anime Dasha depuis des années. Devenant alors « un lieu où les gens, l’art et les idées peuvent créer l’histoire ». Le Garage devient alors l’épicentre d’une effervescence artistique, qui encourage le dialogue et la production d’œuvres. Dasha s’engage parallèlement à y développer une politique de sensibilisation à l’éducation et à l’éveil artistique. Le Garage s’implante dès 2015 dans le parc Gorky, au cœur de Moscou. Il accueille la première rétrospective en Russie, de l’artiste française Louise Bourgeois.

Dans sa volonté de rendre l’art contemporain accessible à tous, Dasha Zhukova aspire à développer son projet à 360° ! Emplie d’un esprit entrepreneurial insatiable, elle annonce le lancement de son magazine, Garage. Ce, un an seulement après l’ouverture de son centre d’art contemporain. C’est finalement, une symbiose équilibrée entre l’art et la mode, que recherche à partager cette passionnée d’art. Elle fait ainsi partie de ces femmes engagées dans le monde de l’art. De ces figures féminines bluffantes sur tous les fronts, qui ne se laissent pas dicter leur ligne de conduite !

Christine Eyene : critique d’art, historienne d’art et commissaire d’exposition camerounaise

D’une part critique et historienne d’art, Christine Eyene est aussi commissaire de nombreuses expositions internationales à succès. En charge de la sélection africaine du festival Photoquai (2011), de l’exposition La parole aux femmes à la Fondation Blachère (2014) ou encore membre du jury de la Biennale de Dakar, Dak’Art (2012), elle fait une fois de plus un sans faute en présentant lors de la Biennale d’Irlande EVA International, l’exposition Murder Machine (2019). Un parallèle unique sur les revendications identitaires, exprimées au travers de l’anticolonialisme irlandais et de certains mouvements africains.

Christine Eyene, spécialisée dans l’art contemporain s’intéresse très tôt à l’art moderne et contemporain africain. Elle est récemment nommée chercheuse au Centre d’art contemporain de l’université du Lancashire central. Parmi ses sujets d’études, elle se penche par exemple sur le mouvement culturel afro-américain Black Arts Movement ou BAM. Mais également sur l’art de la diaspora noire en retraçant le parcours artistique atypique des artistes exilés pendant l’Apartheid.

Afin de sensibiliser le public composite de Grande-Bretagne, elle s’est dernièrement engagée à développer des projets curatoriaux favorisant une collaboration entre les musées du Royaume-Uni et les collections publiques d’œuvres d’artistes contemporains. Elle est également membre de la commission Visas pour la création de l’Institut Français et co-rédactrice pour le département des arts plastiques de la revue française Africultures. Une femme influente d’origine camerounaise qui participe corps et âme à l’émergence et à la légitimation de l’art contemporain africain.

Grażyna Kulczyk : investisseuse, collectionneuse d’art et philanthrope polonaise 

Grażyna Kulczyk, femme engagée dans le monde de l'art, investisseuse, collectionneuse d’art et philanthrope polonaise.
Grazyna Kulczyk, © Anoush Abrar

Grande amoureuse de l’art contemporain, de l’art conceptuel et de l’art d’après-guerre, cette entrepreneuse épouse le combat quotidien des femmes artistes sous-représentées dans le monde de l’art. Elle témoigne ainsi un soutien puissant et sans relâche à l’entrepreneuriat féminin. Également grande collectionneuse, Grażyna Kulczyk commence à enrichir son artothèque personnelle durant ses études supérieures de droit à l’université Adam Mickiewicz (Pologne). Parmi ses premières œuvres, figurent des affiches réalisées clandestinement par des artistes engagés, opposés au gouvernement communiste de l’époque. Esprit novateur et précurseur, elle entreprend, peu après la chute du communisme en Pologne, de soutenir l’art polonais contemporain. Elle diversifie plus tard sa collection à des créations d’artistes venus des quatre coins du monde. Parmi lesquels on retrouve par exemple la talentueuse Jenny Holzer.

Plus tard, en 2004, Grażyna Kulczyk donne naissance à la Fondation Art Stations. Une fondation qui s’engage à soutenir le développement de la chorégraphie contemporaine au sein de la communauté polonaise et internationale. C’est une initiative et un rendez-vous unique et sans précédent pour l’Europe centrale et orientale ! À la tête de plusieurs centres de commerce et galeries d’art, elle décide de marquer de façon durable son amour pour l’art. Et notamment l’art polonais d’avant-garde et contemporain en créant en 2019 son propre bijou, le musée Susch, situé en Suisse.

Un lieu unique qu’elle choisit pour la beauté brute du paysage panoramique montagneux qui entoure le musée. Un espace de calme absolu, qui offre aux visiteurs « la possibilité de faire quelque chose de différent et de perturbateur, d’encourager une approche artistique lente, pour apprécier l’art dans un contexte contemplatif et tranquille » affirme la collectionneuse dans un article Artnet News. Membre du conseil d’administration du Musée d’art moderne de Varsovie depuis près de 10 ans elle est également, depuis 2015, membre du conseil d’administration du Comité de financement pour les femmes du Musée d’art moderne de New York. Elle participe activement au combat de ces femmes engagées, qui ne cessent de moderniser la scène artistique et entrepreneuriale de leur pays natal !

Élisabeth Lebovici : historienne de l’art, journaliste et critique d’art française féministe

Un mélange agile et intègre entre le militantisme et l’art engagé ! C’est ce qu’est Élisabeth Lebovici, historienne de l’art, critique et commissaire d’exposition française. Cette intellectuelle à l’esprit aiguisé part poursuivre ses études à New York. Elle intègre l’Independent Study Program du Whitney Museum of American Art, en commissariat d’exposition (1979-1980). Puis elle rentre en France poursuivre ses études d’art. Alors officiellement critique d’art, c’est la presse artistique française qu’elle rejoint dès 1987. Elle est premièrement rédactrice en chef de Beaux-Arts Magazine. Suite à quoi elle contribue à la rédaction d’articles pour Art Press et Critique d’art. Forte de son expérience journalistique passée, Élisabeth Lebovici laisse s’exprimer sa plume. Ainsi elle rejoint pendant quinze années le Service culture du quotidien français Libération

Elle fonde main dans la main avec sa femme, la LIG (Lesbiennes d’intérêt général). Un Fonds de dotation féministe et lesbien. Militante et activiste des droits LGBT, elle est également membre d’Act Up-Paris, une association de lutte contre le sida. Élisabeth Lebovici axe son travail de critique d’art sur les relations apparentes entre le féminisme et la théorie queer, dans l’histoire de l’art et l’art contemporain. Un engagement féministe qui se traduit par la co-écriture avec Catherine Gonnard, du livre Femmes artistes, artistes femmes : Paris, de 1880 à nos jours.

Auteure émérite, elle se voit décerner le prix littéraire Pierre-Daix. Prix attribué annuellement pour un ouvrage d’histoire de l’art moderne et contemporain. En récompense de son livre Ce que le sida m’a fait : art et activisme à la fin du XXe siècle. Art, écriture, et enfin cinéma… car Élisabeth Lebovici est aussi la 1ère présidente du Festival de films gays et lesbiens de Paris ! Envie de suivre de plus prêt son quotidien ? Rendez-vous sur son blog.

En conclusion ?

Aujourd’hui et plus que jamais, ces figures féministes se battent pour la visibilité et la reconnaissance des femmes dans l’art. Leurs parcours inspirants et leurs positions notoires dans l’écosystème artistique encouragent toutes les femmes qui contribuent, souvent dans l’ombre, au dynamisme de l’art contemporain. Mécénat, volontariat, collaboration ou contributions artistiques en tous genres, les actions menées par ces 5 femmes engagées, sont multiples. Plus qu’un exemple de conduite et de réussite. Ces femmes incarnent et renforcent réciproquement les divers combats de l’engagement féministe dans le monde de l’art international.

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