Petite histoire de l'art abstrait
Pour comprendre l'évolution d'un mouvement artistique il est nécessaire de faire un saut en arrière. Voici un focus sur l'art abstrait : Artsper vous résume son histoire picturale !
Le peintre polonais Kazimir Malevitch a joué un grand rôle dans le bouleversement de l’art moderne. Pionnier de l’art abstrait du XXe siècle, il a fondé le suprématisme, courant qui a radicalement changé la manière de penser la peinture. Avec son fameux Carré noir sur fond blanc, Malevitch se distingue par sa quête pour trouver l’essence pure de l’art.
Kazimir Malevitch naît en 1879 à Kiev, dans une famille d’origine polonaise. Son père est directeur d’une usine de raffinage de sucre et sa mère est au foyer. Malevitch passe un an dans l’école du peintre Nikolay Pymonenko, puis étudie au collège Par Hromovka en Russie. Malgré ses études, il apprend majoritairement à peindre de façon autodidacte, en s’inspirant des mouvements de l’avant garde européenne comme le réalisme, le symbolisme, l’impressionnisme ou encore le cubisme.
Ses débuts sont donc figuratifs, il peint par exemple La fille aux fleurs en 1903 ou encore Le baigneur, clairement d’inspiration fauviste, en 1910. Mais en 1915, il bouleverse la scène artistique avec Carré noir sur fond blanc. Cette huile sur toile est considérée comme l’œuvre manifeste de l’émergence du mouvement suprématiste.

Durant l’année 1915, la Russie est en pleine tourmente. À l’aube de la Première Guerre mondiale, l’art aussi est en train de changer. À Saint-Pétersbourg, dans une exposition organisée par le groupe avant-gardiste « 0,10 », Kazimir Malevitch présente une toile : un carré noir sur fond blanc. Aucun repère. Aucun sujet. Un geste radical.
Malevitch ne cherche pas à choquer ni à faire rire. Il n’imite plus le réel, ne raconte plus d’histoire, n’utilise plus la perspective. Il fait le vide. Et dans ce vide, il cherche une nouvelle forme d’expression. Il veut que le spectateur ressente son œuvre plutôt qu’il ne la comprenne. Ce carré noir, suspendu dans l’espace blanc, devient pour lui le point de départ d’un art libéré.
Mais ce geste ne sort pas de nulle part. Depuis plusieurs années, Malevitch évolue dans le cercle de l’avant-garde russe, aux côtés de figures comme Tatline, Larionov, Gontcharova ou Kandinsky. Il a déjà exploré le symbolisme, l’impressionnisme, le fauvisme, le cubisme, puis le cubo-futurisme.
Il est donc déjà connu dans les milieux artistiques russes. En 1913, il a même créé les décors de Victoire sur le soleil, une pièce d’opéra futuriste. C’est en travaillant sur les costumes de ce spectacle qu’il trace pour la première fois un carré noir, sans savoir encore que cette forme deviendra son manifeste.
À travers ses recherches, Malevitch sent qu’il doit aller plus loin. Pour lui, le cubisme n’est pas assez radical, car il décompose encore le monde visible. Il veut aller au-delà. Ne plus représenter les choses, mais les dépasser. Le carré noir, en 1915, marque ce saut.

Ce carré noir est un symbole pour Malevitch, qui s’apparente presque à une icône religieuse. Malevitch le place d’ailleurs dans un coin du mur, à la manière des tableaux sacrés dans les foyers russes.
Le suprématisme se caractérise par son détachement complet du monde réel. En effet, ce mouvement artistique est basé sur la primauté de la sensation pure. C’est-à-dire que l’objectif est de susciter une émotion grâce à des formes géométriques élémentaires (carré, cercle, rectangle, croix) et des couleurs primaires. Les toiles suprématiste se distinguent par leur simplicité stupéfiante.
Cette pratique artistique presque métaphysique souhaite une élévation de l’esprit aussi pure que l’œuvre, qui séparerait ainsi l’être de toute matérialité.
Cette spiritualité se reflète aussi dans ses écrits. En 1927, il publie un livre théorique intitulé Le suprématisme : le monde sans-objet. Dans cet ouvrage, il affirme que l’artiste doit se libérer de la matière pour atteindre un niveau d’intuition pure. Selon lui, le suprématisme n’est pas qu’un style, c’est comme une philosophie, en somme, une manière d’envisager le monde.

Après le choc du Carré noir, Malevitch poursuit ses recherches avec des œuvres comme Croix noire, Cercle noir, ou encore Carré rouge. Il développe un vocabulaire pictural minimaliste, qu’il appelle lui-même des « architectures picturales ». Il pousse la réduction à l’extrême, jusqu’à créer ce qu’il nomme le « degré zéro de la peinture ».
Mais avec le temps, et surtout avec les bouleversements politiques en Russie, Malevitch est contraint d’évoluer. Après la révolution, l’art abstrait est d’abord encouragé par les bolcheviks, qui y voient une rupture avec l’ancien régime. Malevitch enseigne et expose. Il dirige l’école d’art de Vitebsk, où il forme de jeunes artistes et développe son concept d’architecture suprématiste.
Son enseignement est novateur : il pousse ses élèves à expérimenter, à penser la forme en lien avec l’espace, à envisager l’art comme un champ de recherche. Il met aussi en place un collectif d’artistes appelé UNOVIS (les Affirmateurs du Nouveau Art), avec lequel il tente d’intégrer le suprématisme dans l’architecture, le design et la vie quotidienne.
Lorsque Staline accède au pouvoir après la mort de Lénine en 1924, l’art doit désormais servir le peuple et le pouvoir. Une norme de réalisme moderne est alors imposée en Russie. Le réalisme social devient la norme officielle, et l’abstraction est rejetée. Les œuvres de Malevitch sont alors censurées. L’artiste revient alors temporairement à des formes plus figuratives, tout en continuant à glisser des symboles abstraits dans ses tableaux, comme des clins d’œil à son langage suprématiste. Il peint par exemple Jeunes filles aux champs en 1928 et Aux vendanges, Martha et Vanka en 1929.

À l’opposé d’artistes abstraits tels que Kandinsky, qui tentait de représenter les émotions par des formes visuelles, ou Mondrian, qui recherchait une harmonie quasi mathématique, Malevitch adopte une autre voie. Il ne cherche pas à charmer, ni à maintenir un équilibre. Ce qui l’attire, c’est de dénuder la peinture de tout ce qui ne constitue pas l’essentiel.
Il souhaite éliminer les objets, effacer les repères. Il l’affirme sans ambiguïté :
« J’ai converti le carré et la croix en figures sacrées. »
Selon lui, l’art n’a pas de fonction décorative. C’est une façon d’échapper au monde matériel et de se rapprocher de ce qu’il perçoit comme plus pur. Le suprématisme ne se limite pas à une simple esthétique.

Malevitch meurt en 1935, isolé, marginalisé. Il demande à ce que son carré noir soit gravé sur sa tombe.
Pendant des décennies, son œuvre est oubliée en Russie. Mais en Occident, à partir des années 60, elle est redécouverte. Et là, le choc recommence.
Son impact se ressent aussi bien chez des plasticiens comme Yves Klein ou Ad Reinhardt que dans l’architecture, le design et même la philosophie de l’art. Dans les années 1960-1970, le suprématisme est redécouvert à l’Ouest, et le nom de Malevitch redevient central dans l’histoire de l’abstraction.

Kazimir Malevitch n’a pas cherché à représenter le monde. Il a voulu s’en détacher. Avec le suprématisme, il fait un choix radical : retirer les objets, la narration, les références, pour ne garder que l’essentiel. Il ne nous demande pas d’analyser, mais de regarder autrement. D’accepter une peinture qui ne raconte rien, mais qui interroge. Si son carré noir continue de marquer les esprits, c’est parce qu’il remet en question notre rapport à l’image, au sens, et à ce qu’on attend d’une œuvre d’art.

Le peintre Kazimir Malevitch est l’artiste derrière le célèbre tableau représentant un carré noir sur un fond blanc. Considéré comme le point de départ du suprématisme, il fût réalisé en 1915 et s’en suivront d’autres œuvres comme un carré rouge sur un fond blanc.
Le carré noir sur fond blanc peint par Kazimir Malevitch peut avoir plusieurs interprétations. Il représente le tout et à la fois le rien. Il ne représente aucun objet ou personne, il n’y a pas de modèle et cela permet une interprétation pleinement libre de ce qu’il peut représenté.
Dans une œuvre suprématiste il ne semble y avoir aucun sujet mais celle-ci questionne les dimensions et les formes élémentaires connues de chacun. Les formes de Malevitch représentées dans un fond blanc flotte, elles tombent peut-être, chutent ou montent. C’est le règne de l’abstrait sur le réalisme.
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