Petite histoire de l’art abstrait

Pour comprendre l’évolution d’un mouvement artistique, la diversité des styles des artistes et leurs influences, il est nécessaire de faire un saut en arrière. Aujourd’hui, c’est focus sur l’art abstrait : Artsper vous résume son histoire picturale, à lire avant votre prochaine expo ! 

Kandinsky, abstraction
Vassily Kandinsky – Première aquarelle abstraite (1910)

Débuts en Europe de l’Est

L’art abstrait naît au début du XXème siècle. Le paysage artistique de l’époque se composait majoritairement du fauvisme, du cubisme et de l’expressionisme figuratif. L’art est marqué par la libération de la couleur, des formes, et surtout : du sujet. Tant et si bien que peu à peu, la figuration est carrément laissée de côté, le contenu abandonné pour la forme pure. Audace et recherches chromatiques caractérisent cette période; le style des artistes s’affranchit de plus en plus des carcans académiques.

Les débuts de l’art abstrait sont difficiles à cerner. On constate en effet l’apparition simultanée de différents peintres aux styles variés, chacun apportant sa touche très personnelle à la définition de l’abstraction. S’il devait être donnée une date au début de l’art abstrait, 1910 fait (quasiment) l’unanimité. Elle correspond à la Première aquarelle abstraite de Vassily Kandinsky. Ce peintre russe, rattaché au courant d’avant-garde d’Europe de l’Est, est le premier à peindre sans aucune figuration. Ainsi se définira l’art abstrait : comme un art qui, à l’opposé de l’art figuratif, ne représente pas la réalité, s’en abstrait. Cet art se concentre sur les couleurs, les formes, libéré des habituels sujets ou objets du monde extérieur.

Frantisek Kupka, abstraction
Frantisek Kupka – Compliment (1912)

Rationalité et expressivité

L’abstraction peut être résumée grossièrement en deux idées : d’une part, la recherche d’une rationalité, d’un ordre indépendant de la réalité extérieure; d’autre part, le développement de la fonction expressive et symbolique de la couleur, du rythme des formes, et de leur indépendance face au sujet. Les artistes comme Kandinsky, Kupka, Delaunay, trouvent dans la diversité chromatique un important panel d’émotions. Le rouge vif ou le bleu profond, étalés sur la toile, procurent un certain effet sur le spectateur, communiquent un état d’esprit. Le peintre tchèque Kupka, un des pionniers du mouvement, déclara : « il semble donc plus opportun de considérer et d’interroger les sensations de lumière, de caractère et de valeur différentes, en tant qu’elles suscitent en nous des états d’âme. »

Kasimir Malevitch
Kasimir Malevitch – Carré noir sur fond blanc (1915)

Différents arts abstraits

L’art abstrait est une mouvance riche, rapidement divisée en sous-catégories aux codes bien précis. Kandinsky est le représentant de l’abstraction lyrique ; l’on trouve au coeur de ses préoccupations la puissance des émotions et l’impact de la couleur sur l’être humain. Malevitch représente le suprématisme : un movement qui recherche la sensibilité picturale pure et où les formes et les couleurs sont travaillées pour elles-mêmes. Les oeuvres de ce dernier sont plus géométriques, moins colorées que celles de Kandinsky, qui sont comparables à un tourbillon de formes et de couleurs, pourtant savamment organisé. Piet Mondrian, quant à lui, avec ses carrés de couleurs primaires et ses lignes noires, ouvre la voie vers l’abstraction géométrique, un art presque mathématique. On note également le développement de l’orphisme, porté par les Delaunay qui usent de couleurs acidulées et formes arrondies recouvrant entièrement la toile. Ces différentes tendances sont quasiment concomitantes, et durent jusqu’aux années 30.

Jackson Pollock
Jackson Pollock – Autumn Rhythm (Number 30), 1950

Dans les années 40-50 se développe une nouvelle mouvance de l’abstraction, instiguée par les peintres américains : il s’agit de l’expressionisme abstrait. Au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, ce style nouveau envahit littéralement le paysage artistique. Des figures comme Jackson Pollock et Willem de Kooning marquent les esprits et comptent encore aujourd’hui parmi les plus prisés sur le marché. Au sein même de l’expressionisme abstrait, plusieurs dénominations sont utilisées selon les artistes. Pollock, par exemple, est le représentant de l’action-painting, une peinture caractérisée par les gestes virulents du peintre, qui secoue son pinceau au-dessus de la toile, créant des taches de couleur (« spotting ») qui forment peu à peu l’oeuvre. Ici, c’est l’acte physique du peintre qui est au centre du processus artistique, et non le sujet (par ailleurs inexistant) du tableau. Le colorfield-painting, grands aplats de couleurs vibrantes, est porté par des artistes comme Rothko ou Clyfford Still, et prône une autonomisation de la couleur, libérée du sujet et de la toile.

Victor Vasarely
Victor Vasarely – Marsan 2 – 1964 – 1974

A partir de 1960 apparaissent principalement deux nouvelles tendances : l’art optique ou op art, et le minimalisme. Le hongrois Victor Vasarely est le père de l’op art, un art s’intéressant aux effets d’optique. Les artistes de ce mouvement (Julio Le Parc, François Morellet, Yaacov Agam) jouent sur les effets de couleur, forme et lumière pour créer des sensations visuelles chez le spectateur. A la même période émerge l’art minimal, porté par des artistes comme Sol LeWitt, Robert Morris ou encore Dan Flavin. Leur mot d’ordre est l’économie de moyens. L’art est réduit à une structure simple, souvent géométrique, toujours abstraite.

Hilma af Klint, abstraction
Hilma af Klint – De tio största n°3 (1907)

Et si le père de l’abstraction était… une mère ?

Si Kandinsky, Malevitch et Mondrian sont communément considérés comme les fondateurs de l’art abstrait, l’histoire de l’art reste entourée de zones d’ombre, qui s’éclaircissent parfois avec le temps. Ainsi est revenue récemment sur le devant de la scène une artiste peintre, qui aurait été la véritable pionnière de l’abstraction picturale. Hilma af Klint, peintre suédoise, réalise en 1906, soit 4 ans avant l’aquarelle de Kandinsky, une série de peintures abstraites. Aurait-elle influencé les trois hommes ? Son statut de femme lui aurait-il porté préjudice, empêché d’accéder à la reconnaissance ? Ou alors, tout simplement, l’éloignement géographique de la Suède est-il seul à blâmer ? Quelle que soit la réponse à cette interrogation, la redécouverte de son oeuvre est sans conteste à saluer.

Pour en savoir un peu plus sur l’art abstrait, et plus précisément sur ses acteurs contemporains, jetez un oeil à notre article sur les 10 artistes abstraits à connaître !