10 choses à savoir sur… Norman Rockwell

Norman Rockwell, Triple Autoportrait, 1960
Norman Rockwell, Triple Autoportrait, 1960

Norman Rockwell est sûrement l’illustrateur de presse américain le plus célèbre dans le monde. Né à New York en 1894 et décédé dans le Massachusetts en 1978, il est surnommé, à juste titre, le « storyteller » de l’Amérique. En effet, ses œuvres permettent de retracer l’histoire des États-Unis du 20ème siècle. Connu pour avoir réalisé des centaines de couvertures pour le magazine The Saturday Evening Post, il l’est moins pour ses talents de peintre. En effet, il exécutait chacune de ses illustrations sous la forme d’un tableau. Discret et ne recherchant pas la notoriété, il s’exprimait peu sur sa vie et ses activités. Artsper a mené l’enquête pour vous et vous dévoile dans cet article 10 autres anecdotes sur le plus fameux des illustrateurs américains !

1. Il est un génie précoce du dessin

Photographie de Norman Rockwell à 25 ans, 1919
Photographie de Norman Rockwell à 25 ans, 1919

Très tôt, le jeune Norman Rockwell montre des prédispositions pour le dessin. Il sait qu’il veut devenir un artiste. C’est pourquoi, à l’âge de 14 ans, il intègre la New York School of Art. Deux ans plus tard, en 1910, il quitte l’école pour entrer à la National Academy of Design. Il reçoit alors sa première commande : l’illustration de quatre cartes de Noël. En 1912, il devient étudiant au sein de la Art Students League. Cette même année, à seulement 18 ans, il illustre le livre de Carl H. Claudy, Tell Me Why: Stories about Mother Nature. Avant même d’atteindre la majorité, il est le directeur artistique de la revue officielle du Boy Scouts of America. En parallèle, il illustre de nombreux autres magazines pour la jeunesse, avant de rejoindre, à l’âge de 22 ans et pour 47 ans, le Saturday Evening Post.

2. C’est un fervent scout !

Norman Rockwell, A Good Scout, 1935
Norman Rockwell, Un bon scout, 1935

Norman Rockwell a été, tout au long de sa vie, très impliqué au sein de l’organisation scoute américaine, le Boy Scouts of America. Dès 1912, celle-ci le charge d’illustrer le Boy Scout Hikebook, une sorte de carnet de bord du scout. Son travail étant particulièrement apprécié, Rockwell se voit proposer un poste en tant qu’employé permanent pour illustrer le magazine hebdomadaire, Boy’s Life. Six mois plus tard, il est promu directeur artistique. S’il quitte la revue en 1917, il continue de réaliser les illustrations du calendrier annuel du Boy Scouts de 1925 à 1976. Ces 64 années constituent donc sa collaboration la plus longue. En témoignage de sa reconnaissance, l’organisation lui décerne, en 1939, le Silver Buffalo Award, la plus haute distinction pour adulte. Scout un jour, scout toujours !

3. Bûcheur et perfectionniste, il n’est pas pour rien un pionnier de l’hyperréalisme !

Louie Lamone, Photographie de Norman Rockwell et de son fils Peter Rockwell dans son studio, 1961
Louie Lamone, Photographie de Norman Rockwell et de son fils Peter Rockwell dans son studio, 1961

En véritable narrateur, Norman Rockwell donnait une importance cruciale à chaque détail du scénario qu’il cherchait à représenter sur sa toile. En effet, en tant qu’illustrateur, il devait faire en sorte que les images reflètent au mieux les textes. Ainsi, il s’infligeait un processus technique long et minutieux. Pour être au plus proche de la réalité, l’artiste faisait poser des modèles dans son studio, ne sachant pas peindre à partir de sa seule imagination. Plus tard, il usa de la photographie pour représenter chaque élément (objet, paysage que personnage ou expression du visage) de façon la plus réaliste possible. 

Il puisait dans tout ce matériel pour réaliser, dans un premier temps, un dessin très précis au fusain. Cette esquisse initiale était ensuite projetée sur un papier d’architecte disposé à la verticale sur un chevalet, à l’aide d’un Balopticon, sorte de projecteur. Après l’avoir reportée sur le papier en dessinant les contours, les photographies étaient elles-mêmes projetées. Il remplaçait alors les premières figures esquissées par le tracé des éléments photographiques. Une fois cette première composition terminée, il recommençait du début, en dessinant de façon plus détaillée, perfectionnant les tonalités, l’éclairage.

Pour transférer l’esquisse finale sur la toile, soit Rockwell utilisait un papier calque, soit il projetait sa photographie. Pour la pose de la peinture, il se référait à une étude, souvent réalisée au début du processus de création, en couleur et à la taille de la reproduction prévue, mais beaucoup moins précise. 

Extrêmement exigeant, il pouvait passer plusieurs longues journées sur une seule illustration, retravaillant plusieurs fois une même section d’une composition. Il lui arrivait même parfois de mettre une toile achevée au rebut. En outre, il demandait régulièrement à son entourage de critiquer son travail, notamment pour s’assurer de la clarté de son récit. Par son style, plus précis que les peintres naturalistes, il préfigure le photoréalisme. Ce mouvement consiste en effet à reproduire une photographie de la manière la plus réaliste possible. 

4. Patriote, il a participé à l’effort de guerre en mettant son art au service de la propagande américaine

Norman Rockwell, Willie Gillis Food Package, 1941
Norman Rockwell, Le colis alimentaire de Willie Gillis , 1941 

Ce n’est pas sans peine que Norman Rockwell s’engage dans la Navy dès la Première Guerre mondiale. En effet, après un premier refus à cause de son trop faible poids, il est finalement recruté. Servant l’armée en tant qu’artiste militaire, il est responsable du journal de sa base. 

Au début des années 1940, il se remet au service de sa nation, crayons et pinceaux en mains ! Conscient du pouvoir de la presse sur la population, il consigne dans ses couvertures pour le Saturday Evening Post la vie de la société américaine pendant la Seconde Guerre mondiale. Toutefois, ces dernières font toujours preuve d’optimisme et d’hédonisme. En effet, Rockwell souhaitait, à travers ses images, maintenir le moral de la population et l’encourager à participer à l’effort de guerre, notamment par l’achat d’obligations de guerre ou l’enrôlement dans l’armée.

Son personnage Willie Gillis, particulièrement populaire, y a largement contribué. Il s’agit d’un jeune soldat américain typique auquel les jeunes garçons pouvaient facilement s’identifier. Rockwell en fait un personnage inoffensif et candide, mais grandement volontaire et motivé. Il ne le représente jamais au combat ou en danger. En 1946, il lui offre son « happy end ». Willie Gillis est dépeint de retour dans sa patrie, en train de se détendre sur le campus de son université. 

Cependant, au-delà de son activité d’illustrateur de presse, Norman Rockwell a directement collaboré avec l’Etat. En 1942, à la demande du Corps de l’Ordonnance de l’armée américaine, il réalise une affiche représentant un artilleur ayant besoin de munitions. Destinée à être distribuée aux usines de munitions, elle avait pour but d’encourager la production.

5. Son œuvre iconique, Les Quatre Libertés, a failli ne pas voir le jour

Norman Rockwell, Les Quatre Libertés, 1943
Norman Rockwell, Les Quatre Libertés (de gauche à droit : La Liberté d’expression ; La Liberté de culte ; À l’abri de la peur ; À l’abri du besoin), 1943

En 1941, le président Franklin Roosevelt adresse au Congrès un célèbre discours. Il énonce sa vision du monde de l’après-guerre basée sur 4 libertés : la liberté d’expression, la liberté de culte et les libertés de vivre à l’abri du besoin et de la peur. Souhaitant s’investir davantage dans l’effort de guerre et inspiré par l’allocution, Rockwell veut illustrer ces quatre libertés afin de les rendre compréhensibles par tous. Il propose son idée d’affiches au Corps de l’Ordonnance de l’armée américaine. Cependant, cette dernière, en l’absence de ressources suffisantes, décline l’offre. Selon certains, l’administration américaine souhaitait, en réalité, faire appel à des artistes reconnus pour alimenter sa propagande plutôt qu’à un illustrateur… 

Quoi qu’il en soit, Rockwell n’est pas prêt à abandonner son projet et il décide de le soumettre à l’éditeur du Saturday Evening Post. Ce dernier accepte et, en 1943, il les publient en couverture du magazine. Leur succès est phénoménal ! Le gouvernement fait alors marche arrière et, passant par le Trésor public, propose un partenariat avec le Post pour monter une exposition dans tout le pays. Celle-ci a pour finalité de favoriser la vente d’obligations et de timbres de guerre. En effet, pour chaque obligation achetée, un tirage des quatre tableaux était offert. Elle constitue la campagne de vente d’obligations de guerre la plus fructueuse durant la guerre. En outre, le Bureau américain d’information de la Guerre décide d’imprimer quatre millions de séries d’affiches des tableaux. Associées au slogan « Achetez des obligations de guerre », elles sont répandues dans les institutions publiques. 

Par son chef-d’œuvre, Rockwell est parvenu à consacrer la place de l’illustration de presse au rang des beaux-arts ! 

6. Il a créé l’une des plus célèbres icônes du féminisme

Norman Rockwell, Rosie The Riveter, 1943
Norman Rockwell, Rosie la Riveteuse, 1943

Patriote, Rockwell n’est pas pour autant conservateur ! Au contraire, il s’adapte aux évolutions de la société et de ses mentalités modernes.

Durant la Seconde Guerre mondiale, il est conscient que la guerre n’est pas qu’une affaire d’hommes. Il crée alors pour le Saturday Evening Post le personnage de « Rosie the Riveter ». Très musclée, la jeune ouvrière en salopette piétine Mein Kampf. Un imposant pistolet à riveter repose sur ses genoux. Pour créer cette image forte, Rockwell a, en réalité, trouvé sa source d’inspiration auprès de la figure du prophète Isaïe peint par Michel-Ange, dans la Chapelle Sixtine. Surtout, Rosie évoque la figure de la Vierge Marie ! Auréolé, son visage se détache d’un fond d’étoiles, sans oublier son bleu de travail qui fait écho à la robe bleue de la Sainte Vierge. Ainsi, Rockwell illustre que toutes les femmes, même mères au foyer, avaient leur place au sein de la mobilisation à l’effort de guerre. 

D’icône patriote à icône féministe, elle est devenue un symbole d’indépendance, de nombreuses fois reprise par les mouvements de lutte pour les droits des femmes.

7. Le monde de l’art l’a longtemps rejeté

Norman Rockwell, The Connoisseur, 1962
Norman Rockwell, Le Connoisseur, 1962

De son vivant, Norman Rockwell n’a pas été reconnu comme un artiste à part entière, mais uniquement comme un illustrateur. Son style fut désigné de « Rockwellesque », souvent dans un sens dépréciatif. Dépeignant un « American way of life » idéalisé et sentimental, voire romantique, son regard particulièrement bienveillant sur ses compatriotes lui a été reproché. Certaines critiques le qualifiaient de peintre « bourgeois », « kitsch » pour relever la superficialité de ses créations. 

Pourtant, le talent de Rockwell à toucher et susciter l’émotion du spectateur est indéniable. Aussi, en y prêtant plus d’attention, ses images paraissent porter en elles un second niveau de lecture. Il parvient, en effet, par l’intelligence de sa narration, à aborder implicitement des problématiques plus sérieuses. Ainsi, il évoque tant les mutations de la société, que les pressions sociales pesant sur la jeunesse, les difficultés quotidiennes de la classe ouvrière et finalement la ségrégation raciale. Plus particulièrement à la fin de sa carrière, il aborde des thèmes plus profonds, notamment concernant le Civil Right Movement. Ce n’est d’ailleurs qu’à partir de cette période que sa peinture commence à recevoir davantage de considération.

8. Il a participé à la lutte pour les droits civiques des Noirs-Américains

Norman Rocckwell, The Problem We All Live With, 1964
Norman Rocckwell, The Problem We All Live With (Notre problème à tous), 1964

Dans les années 1960, Norman Rockwell intègre la revue Look. Il dispose alors d’une plus grande liberté que dans le Saturday Evening Post pour exprimer ses convictions politiques. Sa première contribution est significative de la nouvelle tournure, plus engagée, que prennent ses illustrations. Il s’agit de l’œuvre The Problem We All Live With (1964). Elle représente la petite Afro-Américaine, Ruby Bridges, se rendant dans son école récemment déracialisée. La présence de quatre policiers l’escortant et d’une tomate jetée au mur révèlent la menace qui pèse sur l’enfant. L’image est profondément audacieuse pour l’époque. En effet, les États-Unis étaient alors divisés entre, d’une part, une mentalité ségrégationniste persistante et, d’autre part, la montée des revendications de la communauté Afro-Américaine. 

Le magazine va recevoir autant d’éloges que de critiques, parfois violentes, de ses lecteurs. Ces dernières n’empêchent pas Rockwell de continuer à soutenir le mouvement des droits civiques des Noirs-Américains. En 1965, l’illustration Souther Justice aborde le meurtre de 3 militants du Civil Right Movement par le Ku Klux Klan. Puis, en 1967, dans New Kids in the Neighborhood, il aborde à nouveau la déségrégation des États-Unis à travers le monde de l’enfance et esquisse l’espoir d’une meilleure tolérance et mixité sociale au sein des générations futures.

9. Il a également été un grand publicitaire

Norman Rockwell, Barefoot Boy, 1931
Norman Rockwell, Le garçon aux pieds nus, 1931

Les publicités de Norman Rockwell sont beaucoup moins connues. Pourtant, de nombreuses marques ont fait appel à Rockwell pour booster leur image ou leurs ventes. Campbell’s Tomato Juice, Kellogg’s Corn Flakes, Ford, General Motors ou encore Pepsi, pour ne citer que les plus célèbres, lui ont ainsi passé des commandes. Par ailleurs, il a collaboré à pas moins de 6 reprises avec Coca-Cola. Après sa mort, son influence dans la culture populaire américaine est telle qu’en 2015, le groupe Butterball, producteur de volailles, a réutilisé sur ses emballages de dindes pour Thanksgiving le tableau Freedom From Want, de la série des Quatre Libertés.

En outre, il a également réalisé des affiches de promotion de films et des couvertures de romans et d’albums de musique. Prolifique et varié, son héritage artistique ne se résume donc pas à ses seuls travaux pour la presse écrite.

10. La mosaïque La règle d’or des Nations-Unies est la reprise d’une de ses œuvres

Norman Rockwell, Golden Rule, 1961
Norman Rockwell, La Règle d’Or, 1961

En 1985, la première Dame Nancy Reagan, a offert, au nom des États-Unis, une mosaïque à l’organisation des Nations-Unis à l’occasion de son 40ème anniversaire. Une multitude de personnages d’origines ethniques, religieuses et culturelles différentes y est représentée, incarnant le monde dans son universalité. Or, cette mosaïque est, en réalité, directement inspirée d’une des toiles de Norman Rockwell, intitulée La règle d’Or datant de 1961. Le titre fait référence à la règle morale fondamentale, dite d’éthique et de réciprocité, énoncée dans toutes les grandes religions. Ainsi, en inscrivant en lettres dorées « Traite les autres comme tu voudrais qu’ils te traitent », Rockwell souhaitait faire passer un message de paix entre les hommes, en ces temps de Guerre Froide, Guerre du Vietnam et d’indépendance des colonies.  

Toutefois, dès 1952, l’illustrateur avait eu pour projet de réaliser un tableau en l’honneur des Nations-Unies, nommé We the People. Trouvant le sujet finalement trop prétentieux, son esquisse n’a jamais été transférée sur la toile. Finalement, sans le savoir, l’artiste aura tout de même contribuer à rendre hommage à cette grande institution ! 

Norman Rockwell est donc la figure emblématique de l’âge d’or de la presse illustrée. Malgré un style qualifié d’hyperréaliste, l’essor de la photographie, dans les années 1960, précipita néanmoins la fin de sa carrière. Parvenant à représenter avec pertinence les forces et les faiblesses des Américains et ayant à cœur la défense de grandes causes, il se voit décerner la Médaille présidentielle de la Liberté, un an avant sa mort, en 1977. Par la plus haute décoration civile des États-Unis, le Président Gerald Ford souhaitait le récompenser pour ses « portraits vivants et affectueux de notre pays ». 

Sa trop grande empathie dans la manière de traiter ses sujets a retardé sa reconnaissance par le monde artistique et ce n’est qu’en 2001 que le musée Guggenheim lui dédie finalement une rétrospective. Depuis, la vente de ses œuvres atteint des millions d’euros. Sa toile The Problem We All Live With a, quant à elle, été exposée à la Maison Blanche, en 2011, lorsque Barack Obama reçut Ruby Bridges. Aujourd’hui, le public et ses pairs ne le reconnaissent plus seulement comme un illustrateur, mais bien comme l’un des plus grands peintres américains.

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