Rencontre avec Richard Heeps

J’utilise encore des pellicules, ce qui peut représenter un process assez long, mais les pellicules permettent de mener une réflexion avant de prendre une photo.

Rouges étrusques brûlés, bleus saturés et scènes bucoliques, les représentations de l’Amérique  de l’artiste britannique Richard Heeps prouvent la magie de la photographie non modifiée, capturée directement depuis l’objectif. L’appareil photo de Heeps n’est pas seulement un passeport d’exploration, mais un véritable ticket d’entrée vers son sanctuaire intérieur, nous rappelant que la photographie n’a pas pour unique vocation la documentation. Même parmi la cacophonie des selfies et des posts instagram, le travail de Heeps parvient à inspirer, séduire et nous transporter dans des recoins inexplorés des Etats-Unis.

Y-a-t-il eu un moment charnière dans votre vie qui vous a poussé à suivre votre parcours en tant que photographe ?

Il n’y en a pas vraiment eu. Dans mes années adolescentes j’avais besoin d’exprimer mes idées et je me suis souvent tourné vers l’art et la musique pour le faire. J’explorais différents mediums mais la photographie me semblait la plus efficace et la meilleure réussite. Mes oeuvres ont été sélectionnées pour des expositions, ce qui m’a encouragé à travailler encore plus dur. J’ai créé ma propre chambre noire et mon propre studio et il est devenu clair pour moi que la photographie était une véritable passion, que j’avais envie de poursuivre.

J’adore regarder des programmes d’histoire et des documentaires, comme ça, dès que je planifie un shooting à l’étranger, je les utilise pour savoir où aller et construire une idée de concept

Pourriez vous nous parler de votre processus créatif ?

J’utilise encore des pellicules, ce qui peut représenter un process assez long, mais les pellicules permettent de mener une réflexion avant de prendre une photo. Il faut ensuite attendre que celles-ci soient développées. Le laboratoire de traitement de photo le plus proche est au jour d’aujourd’hui à 80 km de moi. J’ai l’habitude de laisser un peu mes pellicules de côté puis de regarder le résultat plus tard, avec un regard neuf. Récemment, j’ai réalisé quelques travaux qui ont été shootés autour des années 2000. J’ai ma propre chambre noire qui contrairement à une chambre blanche et noire éclairée par une lumière rouge, est une pièce complètement obscure. En passant des jours, pendant des heures, à imprimer dans l’obscurité, mon esprit se retrouve dans une étrange dimension. J’imprime sur une largeur de 76cm, de longueur variable.

J’ai passé des années à rechercher matériaux, outils, et fournisseurs pour créer une pièce d’exception. J’ai toujours voulu créer un produit fini abordable. Mes travaux sont des éditions limitées, et j’ai été chanceux pendant de nombreuses années que des personnes interagissent avec mon travail et souhaitent l’acheter. J’aime regarder des programmes d’histoires et des documentaires, comme ça, dès que je planifie un shooting à l’étranger, je les utilise pour savoir où aller et construire une idée de concept. Sur Youtube, il est possible de trouver des guides de petites productions à propos de différentes villes, qui sont parfaits pour développer le sens et la compréhension d’un lieu. Je regarde toujours mes dossiers de négatifs et je trouve que mon regard sur un projet est influencé par les motifs qui se dégagent de mon travail, je sais déjà que cela impacte mes oeuvres futures.

Vous avez grandi à East Anglia, mais beaucoup de vos photographies explorent les teintes saturées et les recoins cachés des Etats-Unis. Qu’est ce qui vous inspire dans l’Amérique ?

J’ai été très influencé par les paysages autour de moi depuis mes voyages d’enfance avec mes parents. Mes premiers travaux ont exporé les teintes saturées et les recoins cachés d’East Anglia ! Quand je suis allé en Amérique, j’ai été saisi par des parallèles frappants, et l’aventure de mon travail s’est poursuivie.

East Anglia, où j’ai grandi, semble être une partie de l’Amérique. L’influence des Etats-Unis était partout. Bases de l’armée de l’air américaine, voitures américaines, élevage industriel américain, accents américains : l’Amérique était à nos portes.

Mes premiers travaux ont exploré les teintes saturées et les recoins cachés d’East Anglia !


Avez vous une photographie ou un photographe que vous affectionnez particulièrement  ?

Mes artistes favoris sont les réalisateurs Wim Wender et David Lynch. J’ai obtenu un diplôme en cinéma, photographie et animation : j’estime que cette approche artistique a le plus influencé ma vision d’artiste.

Quand je suis allé en Amérique, j’ai été saisi par des parallèles frappants, et l’aventure de mon travail s’est poursuivie.

En passant des jours pendant des heures à imprimer dans l’obscurité, mon esprit se retrouve dans une étrange dimension

Qu’avez vous de prévu pour les mois à venir ?

Je travail sur le concept “ A Short history of…” . Que ce soit à Hong Kong, à New York, à Londres ou à Milan, je construis des collections qui transmettent un sentiment d’appartenance à un lieu. Je suis en train de prendre beaucoup de photographies pour la réalisation de ce projet, capturant de façon répétée le même sujet/lieu/objet à différentes heures de la journée. Ce n’est pas une image définitive que je réalise mais une séquence complète qui représente l’essence d’un lieu. C’est un projet évolutif, et mon travail est exposé au fur et à mesure de son déroulement. En janvier, “A Short history of Milan” a été lancé et en juillet les images de “A Short History of London” seront présentées pour la première fois.