Le trompe l’oeil en street art

Baby Hands, Dan Witz
Baby Hands, Dan Witz

De tous temps, les artistes se sont intéressés aux jeux d’optique et de perception visuelle. Des visages d’Arcimboldo composés de fruits et de légumes, aux images doubles de Salvador Dalí en passant par la célèbre anamorphose d’Holbein, le trompe l’oeil a fasciné à toutes les époques.

Le trompe-l’œil est un genre pictural jouant sur la confusion visuelle du spectateur. Celui-ci a beau savoir qu’il se trouve devant une surface plane, il perçoit pourtant une image en trois dimensions. À la fois tromperie et séduction optique, l’art du trompe-l’œil ne se limite pas à la toile. En effet, il se déploie également sur les murs, permettant des illusions architecturales souvent époustouflantes jouant sur la contre-plongée. L’effet classique du trompe l’œil est l’illusion qu’un objet plat est en volume, ou l’impression que l’objet sort littéralement de son cadre. Cela dénonce par là-même l’artefact de l’œuvre. Au-delà du jeu visuel, le trompe-l’œil et les illusions d’optique en art interrogent notre perception de la réalité, et ainsi, notre appréhension du monde en général.

Aujourd’hui, un certain nombre de street artistes utilisent cette technique multiséculaire pour jouer sur la perception que nous avons de notre environnement et intégrer leur œuvre dans le paysage urbain de manière saisissante. Artsper a sélectionné huit œuvres et artistes qui ont recours au trompe-l’œil et qui bousculent nos repères visuels urbains pour créer un dialogue complexe avec l’environnement qui nous entoure.

1. Ernest Pignon Ernest

Portrait de Pier Paolo Pasolini, Ernest Pignon Ernest, Naples
Portrait de Pier Paolo Pasolini, Ernest Pignon Ernest, Naples

Originaire de Nice, Ernest Pignon (né en 1942), alias Ernest Pignon Ernest, est un des précurseurs de l’art urbain français. Depuis 1966, il parcourt les villes de France et du monde pour imprimer sur les murs ses images éphémères en papier déchiré. Ses œuvres font remonter à la surface l’histoire souvent oubliée des villes.

Pour chacune de ses grandes séries, cet artiste puise dans le passé des lieux et choisit un épisode ou une période marquante qu’il réinterprète à sa manière et fait resurgir dans les rues.

De 1988 à 1995, il a notamment investi la ville de Naples, où les couches d’histoire – grecque, romaine, chrétienne – se superposent : une ville des origines que l’artiste revisite sous l’angle du Caravage.

Ernest Pignon Ernest, Naples
Ernest Pignon Ernest, Naples

2. Dan Witz

Van Wyck Expressway, Dan Witz, New-York
Van Wyck Expressway, Dan Witz, New-York

Originaire de Chicago, Dan Witz a débuté sur la scène du street art new yorkais au début des années 1980. Il est donc un des pionniers du mouvement aujourd’hui mondialement connu, surtout pour ses détournements humoristiques de panneaux de signalisation.

Son approche est classique et moderne à la fois : pour lui, l’art figuratif est un point de départ et un tremplin vers des approches artistiques plus expressives et moins littérales. La lumière occupe une place essentielle dans son travail. Dan Witz combine nouvelles technologies et techniques des maîtres classiques pour atteindre toujours plus de réalisme dans ses œuvres.

Depuis 2008, il a débuté  une série d’œuvres en trompe-l’œil représentant des personnes derrière des barreaux, qu’il installe un peu partout dans New York et d’autres villes américaines. Saisissantes de réalisme, ces œuvres posent la question de l’emprisonnement de manière littérale et métaphorique.

3. Anders Gjennestad, alias STRØK

Porsgrunn, Anders Gjennestad, Norvège
Porsgrunn, Anders Gjennestad, Norvège

Anders Gjennestad, alias STRØK, est un artiste norvégien récemment débarqué sur la scène du street art qui s’inscrit dans la longue lignée des pochoiristes. Il utilise ses propres photos comme point de départ de ses œuvres et crée ensuite des pochoirs complexes à plusieurs niveaux lui permettant d’atteindre un effet photo-réaliste.

Son travail joue sur la perception de l’espace grâce à la perspective et aux ombres portées : les œuvres de STRØK nous font perdre nos repères spatiaux et déplacent notre centre de gravité. Le spectateur se retrouve tout d’un coup dans un décor mouvant où le haut et le bas peuvent s’intervertir.

Chute libre, Anders Gjennestad, Paris
Chute libre, Anders Gjennestad, Paris

4. Mike Hewson

Christchurch, Mike Hewson, Nouvelle-Zélande
Christchurch, Mike Hewson, Nouvelle-Zélande

Mike Hewson est un artiste néo-zélandais qui, dans le cadre du projet intitulé « Homage to the Lost Spaces », a créé une série de muraux monumentaux dans la ville de Christchurch, dont il est originaire, partiellement détruite par un tremblement de terre en 2011.

Disposées sur différents édifices de la ville, les œuvres hyperréalistes, et temporaires, de Mike Hewson redonnent vie aux édifices en ruines, comme un dernier hommage à leur histoire. Ses muraux montrent ces lieux dans leur état fonctionnel d’avant la catastrophe. Eminemment éphémère, l’artiste n’a choisi pour ces œuvres que des bâtiments en attente d’être démolis, comme pour un dernier au revoir.

5. Eduardo Relero

Personnages, Eduardo Relero, Madrid
Personnages, Eduardo Relero, Madrid

Eduardo Relero est un artiste d’origine argentine spécialisé dans le trompe-l’œil surréaliste réalisé sur le sol et à la craie. Faites pour interagir avec le public, les œuvres d’Eduardo Relero ont parcouru le monde, de New York à Rome en passant par Mexico ou encore Tokyo.

Alors qu’il commence à réaliser ses oeuvres crayonnées dans la rue, il ne connait rien à la culture street art. Son procédé artistique fétiche est l’anamorphose, la déformation réversible d’une image à l’aide d’un système optique, comme un miroir courbe par exemple, qui n’est lisible et compréhensible que d’un certain point de vue. Le spectateur est ainsi placé devant une image qu’il est forcé de déchiffrer.

Eduardo Relero, Espagne
Eduardo Relero, Espagne

6. Juandres Vera

Juandres Vera, Mexico

Street artiste mexicain, Juandres Vera est connu pour ses œuvres hyperréalistes qui ont essaimé aux quatre coins de la planète : Italie, Angleterre, Pays-Bas, Thaïlande, Etats-Unis…

Après avoir travaillé plusieurs années comme peintre décoratif, il se tourne finalement vers les Beaux-Arts, et commence à créer des installations urbaines éphémères à partir de 2007. Son œuvre révèle une forte influence de la peinture baroque et du style surréaliste.

The Mind is the Beast was made for Magic City, Juandres Vera, Allemagne
The Mind is the Beast was made for Magic City, Juandres Vera, Allemagne

7. Zilda

Zilda, Paris
Zilda, Paris

Originaire de Rennes, Zilda est un artiste autodidacte français qui travaille ses œuvres sur papier en atelier avant de les placer dans les rues de Naples, Paris et Lorient. Son travail rappelle fortement celui d’Ernest Pignon Ernest, qu’il n’hésite pas à déclarer comme son maître à penser, dans la technique et dans les thèmes : comme son aîné, Zilda revisite des figures de l’imaginaire collectif, des personnages mythologiques et littéraires avec théâtralité et souvent humour.

Tout est dans le dialogue de l’œuvre avec son environnement : celles-ci, loin d’être égrainées au hasard, sont déposées dans des lieux choisis, propres à révéler toute la poésie de l’image.

Zilda, Paris
Zilda, Paris

8. Cayetano Ferrer

Cayetano Ferrer
Cayetano Ferrer

Cet artiste américain est un photographe, vidéaste et sculpteur dont les œuvres créent des effets d’illusion d’optiques basées sur la transparence. Depuis 2004, dans ses séries intitulées « City of Chicago » et « Western Imports », Cayetano Ferrer fait littéralement disparaître des objets dans leur décor, des boites en carton ou des panneaux.

L’artiste commence par prendre une photo de l’endroit choisi et applique ensuite le décor ainsi délimité sous forme d’autocollant hyperréaliste sur l’objet en question, en prenant en compte son volume. L’objet devient alors littéralement invisible et se fond dans le décor, mais pas assez pour qu’on ne perçoive pas le volume.

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