Quels sont les principaux courants de l’art japonais ?

street art japonais
La Grande Vague au large de Kanagawa de Hokusai, street art sur porte roulante au Japon

Cette semaine, Artsper vous parle de l’art japonais et vous emmène au pays du Soleil Levant. Ici, nous n’allons ni parler des cerisiers en fleur de Kyoto, ni du raffinement des geishas et encore moins de la meilleure façon de placer la feuille d’algue pour la confection de vos makis. Faisons plutôt un voyage à travers le temps, à la découverte des grands courants artistiques japonais. 

Les plus anciens courants de l’art japonais

La production métallique et céramique de la période Yayoi (env. 300 av. J-C – env. 300 ap. J-C). 

ancien art japonais
Dōtaku, Période Yayoi

L’ère Yayoi, que l’on date approximativement entre 300 av. Jésus-Christ et 300, est une très riche période de production dans l’histoire du Japon. Tout d’abord, elle correspond à l’Âge d’or du bronze et du fer (découverts simultanément ! ). Ensuite, elle coïncide avec les débuts de la riziculture. Les habitants se regroupent alors sous la forme de véritables villages, faisant de la métallurgie et de la céramique des techniques essentielles de la vie à la campagne. Ainsi sont produits de nombreuses épées et autres moyens de défense, mais aussi les Dōtaku, ces objets en forme de cloche, fondus dans du bronze fin. Décorés avec des scènes de chasse ou des formes géométriques pour la plupart, les Dōtaku sont associés à des rites agraires.

De son côté, la céramique voit naître notamment les Kamekan, des jarres-cercueils disposées dans des champs funéraires et destinées à accueillir les corps de défunts. Les plus chanceux, et donc les plus hauts placés dans la hiérarchie sociale, sont parfois accompagnés dans l’au-delà avec des petits objets en bronze. 

L’art funéraire Kofun (300-710) 

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Figurine Haniwa, Période Kofun

La période Kofun (300-710), aussi appelée « époque des grandes sépultures », suit l’ère Yayoi. L’art de cette époque s’articule autour de deux grands types de production. Tout d’abord, les Kofun, qui portent le même nom que l’époque dans laquelle ils sont apparus. Architectures funéraires monumentales, elles sont destinées à accueillir et célébrer des personnalités importantes, tels que des empereurs ou des chefs de village. Le Kofun le plus connu est celui de l’Empereur Nintoku, ayant vécu selon la légende pas moins de 109 ans (290-399). Ces grands tertres sont généralement de forme circulaire, ou plus rarement de serrure ou de coquille Saint-Jacques. Au début du sixième siècle, des peintures funéraires apparaissent à l’intérieur de ces derniers, et deviennent au fil du temps, de plus en plus réalistes. Selon certains historiens de l’art, cela marquerait notamment les origines de la peinture japonaise. 

Le deuxième grand type de production de la période Kofun est intimement lié à ces tombeaux monumentaux, puisqu’il s’agit de statues funéraires. Ces statuettes en terre cuite, appelées Haniwa prennent des formes variées, allant de la représentation de l’homme (danseur, serviteur…) à celle de l’animal (chien, sanglier…). Elles servent notamment à accompagner le mort dans son passage entre les deux mondes. Pour voir des Haniwa en chair et en os, n’hésitez pas à vous rendre au Musée Guimet à Paris ! 

Les plus classiques

Le bouddhisme à Nara (710-793)

art japonais
Représentation de Kichijoten, 8ème siècle ap. J-C

La période Nara (710-793) tire son nom de la ville de Nara, ancienne capitale du Japon. Ville d’art et d’histoire, elle dispose d’une multitude de monuments placés au patrimoine mondial de l’UNESCO.

L’ère Nara est une véritable période de transition pour le pays, qui a appliqué de manière totale le Ritsuryo (littéralement, le « système chinois ») tant dans son organisation politique que dans sa production artistique. Tous les arts sont irrigués par l’influence des Tang, et plus particulièrement l’architecture, qui connaît un véritable essor. C’est notamment à cette époque que l’on note une prolifération importante de temples et monastères bouddhiques tels le Kofuku-ji, bâti en 710. 

La sculpture expérimente elle aussi un développement notable, avec l’apparition de deux nouvelles techniques : la laque sèche creuse, technique complexe et coûteuse, et la terre séchée, qui se définit par une recherche évidente de réalisme. 

Dans le domaine de la peinture, l’impact de la culture chinoise s’illustre à travers l’aspect physique des personnages peints. La figure de Kichijoten est particulièrement représentative de cette influence : divinité japonaise, elle est pourtant dépeinte avec un visage poupon, parée de sourcils arqués et d’une délicate bouche rouge, qui, comme les motifs de ses vêtements, renvoient à l’art chinois. 

Le raffinement de l’époque Heian (794-1185)

Scènes du conte de Genji
Scènes du conte de Genji (1615-1868)

La production artistique de l’époque Heian (794-1185), contrairement à celle apparue pendant la période Nara, se caractérise par son identité purement japonaise. Cette indépendance par rapport à l’art chinois se remarque tout d’abord par l’émergence d’un syllabaire japonais. Appelé Kana, il permet le développement de nouvelles formes littéraires, tels que les romans de cour ou les Monogatari (des contes poétiques). 

Elle se remarque également par  la naissance d’un style de peinture caractéristique : le Yamato-e (« peinture à la Japonaise »). Aux antipodes de la peinture chinoise, le Yamato-e  refuse la représentation de scènes grandioses pour privilégier les scènes rurales, mettant en avant le paysage et le quotidien des paysans. Cette peinture profane, riche en couleurs, a comme principaux médiums les portes coulissantes et les longs rouleaux de papier. Certains motifs sont récurrents, notamment la bande de nuages au-dessus de l’action des personnages.

Le plus célèbre 

Les estampes érotiques Edo (1618-1694)

Hokusa, La Grande Vague de Kanagawa
Katsushika Hokusa, La Grande Vague de Kanagawa, 1830

La période Edo est sûrement la période la plus célèbre dans nos contrées occidentales, puisque c’est à cette époque que se développe le mouvement pictural de l’Ukiyo-e (« images du monde flottant »), connu pour ses estampes. L’art de l’estampe se répand largement plus tard en Europe notamment grâce à l’œuvre de Katsushika Hokusai (1760-1849), qui a peint, par exemple, les 36 vues du Mont Fuji, dont la plus célèbre est La Grande vague de Kanagawa. Technique exigeante, elle suppose à l’époque la présence de plusieurs artistes qui, tout à la fois, dessinent, gravent, décalquent, impriment et publient l’œuvre. 

Les thèmes que l’on retrouve dans les productions de l’époque Édo correspondent notamment à un changement dans l’organisation de la société japonaise, devenue majoritairement urbaine. Parallèlement, ce sont de multiples maisons closes qui ouvrent, et la notion de plaisir occupe une place primordiale pour la nouvelle classe sociale bourgeoise. L’Ukiyo-e, parce qu’il offre parfois une vision hédoniste de la vie, devient rapidement un art considéré comme pornographique (on considère d’ailleurs qu’il a jeté les bases du… Hentai ! ). 

Les plus modernes

Le dynamisme de l’ère Meiji (1868-1912)

Léonard Foujita
Léonard Foujita, Nu couché à la toile de Joy, 1922

Le domaine culturel du Japon connaît un essor exceptionnel lors de l’ère Meiji (1868-1912) grâce à une modernisation et une internationalisation de sa production et de ses techniques artistiques. En laissant entrer d’autres cultures à l’intérieur de ses terres, le Japon voit d’un côté le déclin de certaines de ses traditions (notamment le port du Kimono), mais aussi le succès sans précédent de certaines de ses techniques, comme les céramiques ou les laques. Deux tendances s’affirment pendant cette période. D’un côté, la défense de la modernité avec l’enseignement dans les académies du Yō-ga, la peinture japonaise de style occidental. De l’autre, la perpétuation des techniques traditionnelles de la péninsule, avec l’enseignement du Nihonga (« peinture japonaise »), une synthèse des différentes traditions artistiques ancestrales. À cette période, l’art japonais se promeut notamment à travers l’organisation des premières expositions universelles, véritables vitrines de sa puissance. 

L’ultra modernité du Japon artistique d’aujourd’hui 

Takashi Murakami, Flowerball Blood
Takashi Murakami, Flowerball Blood (3D), 2016

Aujourd’hui, nombreux sont les artistes qui perpétuent les traditions artistiques du Japon, ou s’en détachent pour proposer quelque chose d’innovant. Et parfois… les deux à la fois. 

Depuis les années 90, année de crise pour le pays, l’Occident a tendance à réduire l’art contemporain japonais au prisme du superflat. Le terme est popularisé par l’une des figures majeures de la scène artistique du pays, Takashi Murakami connu pour ses toiles colorées et fleuries, inspirées par la pop-culture japonaise ; et de manière dérivée par Yayoi Kusama, connue pour ses œuvres psychédéliques à pois. 

Pourtant, la scène artistique nipponne ne doit aujourd’hui pas seulement se résumer à cela, ni aux mangas ou aux animés. Avez-vous par exemple déjà entendu parler de l’art Gutaï (« art concret »), mouvement fondateur de l’art contemporain japonais ? Les artistes, à l’image de Shozo Shimamoto, ont proposé un travail de la matière où le hasard occupe une place importante, et ont par exemple largement inspiré le maître de l’outrenoir, Pierre Soulages. Vous connaissez aussi peut-être le mouvement métaboliste ? Si ce n’est pas le cas, allez jeter un coup d’œil à l’architecture aux formes organiques de Kurokawa Kishô (1934 – 2007). 

De toute évidence, l’art contemporain japonais est syncrétique et profondément riche. Aujourd’hui et plus que jamais, les artistes de ce pays perpétuent les questionnements identitaires de leurs ancêtres. Ils continuent, à travers la peinture, la sculpture, l’installation ou encore la vidéo, de s’inspirer de l’état du monde actuel. 

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