Le Kintsugi, ou l’art japonais de réparer les céramiques avec de l’or

L’art japonais de réparer des céramiques avec de l’or
L’art japonais de réparer des céramiques avec de l’or

L’art japonais de réparer les céramiques avec de l’or est une vieille tradition qui s’appelle le Kintsugi. Elle remonte au XVe siècle et consiste à mettre en valeur les fêlures et les cassures des céramiques. Avec de la laque et de l’or, les cicatrices de l’objet prennent vie. Elles deviennent une ode au temps qui passe, à l’imperfection. Avec Artsper, plongez dans l’art et la pensée japonaise du Kintsugi…

Les origines de l’art japonais de réparer les céramiques avec de l’or

Selon la légende, au XVe siècle, le shogun Ashikaga Yoshimasa brisa un jour un bol de thé chinois. Il le fit alors renvoyer en Chine pour le faire réparer. Mais on le lui renvoya suturé avec de vilaines agrafes, comme il était coutume de faire au Japon, mais aussi ailleurs, et ainsi depuis la Grèce Antique. Il demanda alors à ses artisans d’inventer l’art japonais de réparer les céramiques avec de l’or.

Au XVe siècle, le Japon était encore sous tutelle chinoise. Mais le raffinement de la culture nippone ne cessait de croître… Sous l’influence du Shogun Ashikaga Yoshimasa et de ses successeurs, le pays inventait un nouveau cadre de vie : la culture Higashiyama. Héritière d’un courant de pensée bouddhiste zen, elle favorisa l’essor de la cérémonie du thé, l’art de l’arrangement floral (ikebana), le théâtre nô, ou encore la peinture à l’encre de Chine.

Dans cette culture zen, l’art de réparer les céramiques avec de l’or connut un rapide essor. À tel point que certains collectionneurs peu scrupuleux, attirés par la beauté et la philosophie du Kintsugi, se mirent à briser intentionnellement certaines céramiques anciennes de l’art japonais pour pouvoir les faire réparer avec de l’or.

L’art japonais de réparer les céramiques avec de l’or assiette Nabeshima, XVIIIe siècle, Période Edo
Petite réparation (sur le dessus) sur une assiette Nabeshima, XVIIIe siècle, Période Edo

L’état d’esprit de l’art japonais de réparer les céramiques avec de l’or

Mais le Kintsugi est loin d’être une simple technique de réparation, c’est un mode de pensée, un mode de vie, une esthétique. Les Japonais l’appellent le wabi-sabi. Cette vision du monde repose sur l’acceptation de l’imperfection. Plus encore que de l’accepter, il s’agit de la sublimer, d’y voir de la beauté. Une beauté qui repose sur trois piliers : toute chose est imparfaite, impermanente, et incomplète…

Le terme de wabi-sabi ne saurait se traduire littéralement en français. Wabi désigne à l’origine la solitude de la vie dans la nature, et par extension les choses rustiques et simples. Tandis que Sabi désigne la tranquillité, la nostalgie, la beauté du temps et de la vieillesse…

Cette philosophie est à l’origine de l’art japonais de réparer les céramiques avec de l’or. Le wabi-san est d’une importance capitale dans la culture nippone. Aussi important que ce que peut être, pour l’Occident, la pensée grecque de beauté et de perfection. Le wabi-san, et de fait le kintsugi, deviennent une forme d’idéal, de chemin vers l’illumination. Encore aujourd’hui, la culture japonaise est empreinte de cette sagesse. Celle d’accepter les fatalités du destin, et de les magnifier.

Exemple de Kintsugi, l'art japonais de réparer la céramique avec de l'or
Exemple de Kintsugi

L’importance de la cérémonie du thé

L’esthétique wabi-san trouve sans doute l’une de ses meilleures illustrations dans la cérémonie du thé et l’art de la céramique. C’est de là qu’est né l’art japonais de réparer les céramiques avec de l’or.

Le service du thé au Japon suit en effet tout un ensemble de règles et de codes. Seul un praticien expérimenté est en mesure de réaliser cette cérémonie correctement. Elle requiert de la patience, des gestes méticuleux, un calme et un silence à toute épreuve.

Chaque objet prend une valeur symbolique et rituelle. Et les céramiques servant à cette cérémonie sont les plus importantes. Elles doivent être simples et sans prétention, humbles. Mais les connaisseurs savent repérer dans cette simplicité les traces d’un grand savoir-faire. Et si un jour l’objet se brise, alors il n’est pas question de le jeter. Non, on le confie à un artisan japonais qui saura le réparer avec de l’or, et ainsi mettre en valeur ses fêlures et son histoire.

Goryeo théière avec réparation à la laque dorée
Goryeo théière avec réparation à la laque dorée, réalisée par un collectionneur au début du XXe siècle

La technique du Kintsugi

Dans l’art japonais, la technique de réparation de céramique avec de l’or est relativement simple. Elle vient de la technique du maki-e, c’est-à-dire la décoration à la laque dorée.

Une fois la céramique brisée, on la réassemble avec de la laque ou de la résine. Ainsi, les pièces cassées sont rattachées ensemble, avec un chevauchement minimal. On applique ensuite une poussière d’or qui se fixe à la laque, et donne ainsi à la cassure sa teinte dorée.

Il arrive qu’une partie entière de la céramique soit manquante ou totalement brisée. Alors l’intégralité de l’ajout est réalisé avec de l’or, ou avec un mélange de laque et d’or.

Mais l’art japonais de réparer les céramiques avec de l’or peut même aller plus loin. Il n’est pas exclu que l’artisan prenne une pièce issue d’une autre céramique, non assortie mais de forme similaire. Cette pièce est ensuite assemblée avec la céramique d’origine, créant un effet de patchwork. L’objet se dote alors d’une richesse et d’une histoire plus vaste encore…

Un exemple de kintsugi, l'art japonais de réparer la céramique avec de l'or, sur un bol
Un exemple de kintsugi sur un bol

Le Kintsugi aujourd’hui

Aujourd’hui l’art japonais de réparer les céramiques avec de l’or est célébré à travers le monde. Il a dépassé les frontières du Japon. Des musées tel le Metropolitan Museum de New York, ou encore le Smithsonian, lui ont déjà consacré des expositions.

Des artistes et des designers contemporains se sont également penchés sur cette technique. L’artiste britannique Karen Lamonte par exemple. Dans ses créations de mode, elle n’hésite pas à utiliser le Kintsugi pour raccommoder des pièces de tissus ensemble, créant ainsi un effet saisissant de raffinement, fortement inspiré de la culture nipponne. Une technique que Charlotte Bailey applique aussi dans certains vases qu’elle sublime avec le Kintsugi.

On peut penser également au designer new-yorkais George Inaki Root, qui a créé une ligne de bijoux intitulée Kintsugi, et qui fait intervenir plusieurs techniques issues de cette tradition. Ou à Victor Solomon qui s’est inspiré des pratiques du Kintsugi pour réparer un terrain de basket fracturé au sud de Los Angeles en 2020. C’est une façon d’évoquer les fractures sociales de ces quartiers et de célébrer le redémarrage de la saison de NBA, interrompue par la pandémie de Covid-19.

Le Kintsugi connaît aussi un grand succès auprès du public amateur. Il devient une métaphore pour la reconstruction après des événements difficiles. La perte d’un proche, la solitude due aux confinements successifs, ou le simple désir de faire une introspection de ses propres failles, deviennent autant d’occasions pour trouver dans l’art japonais de réparer les céramiques avec de l’or une forme de réconfort et de sérénité.

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