Azzedine Alaïa : l’histoire d’un couturier sculpteur

Azzedine Alaïa photographié par Patrick Demarchelier

Azzedine Alaïa, styliste franco-tunisien de renommée mondiale et couturier de mode légendaire, marque l’histoire de la mode dès les années 1980. Artiste autodidacte et grand amoureux du corps féminin, son art s’applique à jouer avec les formes et les courbes, les volumes et les matières. Sculptant les robes à même la peau de ses mannequins, ses créations construites, taillées et comme façonnées dans la chair, épousent les formes féminines avec une grâce jamais vue auparavant dans le monde de la mode. Là où l’art rencontre la mode, découvrez un pari audacieux et ambitieux qui rend hommage à la beauté universelle du corps féminin. 

Azzedine Alaïa : créateur autodidacte et amoureux des femmes

Le créateur dans son atelier de couture à Paris

Guidé dès son enfance par cette nécessité de s’exprimer à travers la création artistique, Azzedine Alaïa commence par étudier la sculpture à l’école des beaux-arts de Tunis. Mais il façonne parallèlement ses débuts dans l’univers de la mode en répliquant avec une exactitude effarante des modèles de robes Dior ou Balmain, pour ses voisines et des grandes familles de Tunis. Il réalisera même des années plus tard une création semblable à la Robe Mondrian d’Yves Saint Laurent. Son talent au potentiel grandissant séduit, dès son arrivée à Paris, la gente féminine du grand monde de la capitale. En effet, il se constitue peu à peu une clientèle privée qui ne cessera de prendre de l’ampleur.

Son métier il l’apprend par le corps des femmes, de ses propres mains depuis les années 1950. Par ailleurs, la peinture, la sculpture et l’architecture sont les trois disciplines qui nourrissent son insatiable passion de créer. Alliant la virtuosité de la peinture à la dextérité de l’architecture, le doigté de la sculpture, sans oublier la technicité de la couture, la forme et le corps s’unissent pour ne faire qu’un dans son esprit. Son seul but ? Embellir et révéler la beauté du corps féminin. Finalement, Azzedine incarne cette nouvelle génération de stylistes qui marquent les esprits au travers de créations qui exhibent le corps avec singularité et poésie. Il vient bousculer les codes de la mode jusqu’alors principalement orchestrés par les grandes maisons de haute couture comme Givenchy ou Saint Laurent.

Un maître couturier innovateur et anticonformiste

Couverture du magazine Elle rendant hommage à Azzedine Alaïa

Véritable chef d’orchestre, il assimile avec une extrême harmonie et continuité toutes sortes de tissus plus étonnants et extravagants les uns que les autres. 1979 est une année emblématique, en effet elle enfantera sa toute première collection. Cette dernière le propulsera par la suite au devant d’une nouvelle conception et appréhension de la mode. En matérialisant à travers ses créations artistiques, sa volonté de repenser la définition de la matière, il déconstruit les limites que confèrent les diktats de la mode. Le cuir, le jersey et le stretch, des matières peu utilisées en haute couture, deviennent dès lors des étoffes délicates et sensuelles. Ces tissus drapent la peau des femmes avec une justesse telle, qu’ils semblent s’inscrire dans la continuité de leurs corps.

Alaïa modèle le corps des femmes tel un sculpteur. Il ne l’habille ni ne le recouvre, au contraire, la femme est comme taillée dans le tissu : « Quand je travaille le vêtement, il faut que ça tourne autour du corps, de profil et de dos ». Une cambrure se dessine tandis qu’un jupon de mousseline se construit grâce à l’échafaudage savant d’une architecture en maille ceinturé d’œillets. Son approche curieuse de la mode et son univers singulier le distingue de ses contemporains. Un univers de formes qu’il construit autour des matières, travaillées à même le corps. Précurseur ou à contretemps, une chose est sûre : Alaïa est un artiste, un artiste qui aime les femmes.