10 choses à savoir sur Yves Klein

yves klein photographie main bleue
Photographie d’Yves Klein prise par Charles Paul Wilp

Né le 28 avril 1928 et originaire de Nice, l’artiste Yves Klein peut-être considéré comme un pionnier de l’art contemporain. A la fois peintre, artisan, sculpteur, photographe, vidéaste et performeur, sa technique et sa vision du monde en font un artiste à part. Aujourd’hui, ses oeuvres bleues hypnotiques sont dans tous les grands musées du monde, et témoignent de la façon dont cet artiste avant gardiste a révolutionné la sphère artistique du 20 ème siècle. Artsper vous propose de découvrir 10 faits remarquables pour mieux comprendre Yves Klein et l’ensemble de son oeuvre exceptionnelle.

1. Il a créé sa propre couleur

monochrome bleu klein
Yves Klein, Monochrome bleu sans titre (IKB 75) (1960)

Yves Klein était convaincu que dans l’art du futur, les artistes ne peindraient plus que des monochromes. Pour lui, l’essence même de l’art résidait dans la pureté de la couleur, qui devait imprégner celui qui la regardait. Il a alors décidé de se concentrer sur une teinte, celle qui fit son succès. « Ce sera du bleu, rien que du bleu, je vais y consacrer ma vie ! » Pendant plusieurs mois, le pigment bleu outremer devient le centre de ses recherches. C’est finalement grâce à un nouveau solvant, une nouvelle résine de synthèse que Klein parvient à mettre au point son célèbre International Klein Blue (IKB), poudreux et magnétique. Obsédé par sa découverte, Klein dépose la formule de son bleu à l’institut national de la propriété industrielle. Cet IKB, dont la formule exacte, bien qu’elle ait été imitée, n’a jamais été révélée ni commercialisée, Klein, et lui seul, a pu l’utiliser.

2. Il utilisait des pinceaux vivants

pinceaux vivants klein
Yves Klein et l’un de ses modèles lors de la réalisation d’une Anthropométrie (1960)

En 1960, Yves Klein bouleverse le monde de l’art avec ses Anthropométries. Les oeuvres de cette série sont réalisées d’une façon tout à fait inédite et originale. Le peintre choisit de se libérer du pinceau et de se placer en chef d’orchestre pour réaliser ses oeuvres. Il appelle ses modèles à plonger leurs corps nus dans sa fameuse peinture bleue, l’IKB, puis à les appliquer sur de grandes toiles. De cette façon, l’artiste se met à distance de la peinture et utilise les corps d’autres personnes pour laisser son empreinte artistique. A l’époque, dans un climat encore loin de la libération sexuelle, les pinceaux vivants de Klein sont considérés comme une véritable provocation et ont l’effet d’un coup de point dans le monde de l’art. Avec cette pratique, Yves Klein s’impose en précurseur de la performance artistique.

3. Il s’était approprié le ciel

Yves Klein photographie
Yves Klein sur le pont de « La Marseillaise »

On raconte qu’à Nice, Klein et ses amis d’enfance, le poète Claude Pascal et l’artiste Arman Fernandez, ont divisé métaphoriquement l’univers entre eux. Arman était le roi de la terre , Pascal l’empereur des mots , et Klein, âgé de 19 ans, avait choisi le ciel, cet espace au dessus de la Terre, ce vide immense, libre de tout choses matérielles. Yves Klein se met alors à considérer le ciel comme son espace, sa propriété : il aurait même tiré sur les oiseaux qui y volaient : « alors que j’étais allongé sur la plage de Nice, je me mis à éprouver de la haine pour les oiseaux qui volaient de-ci de-là dans mon beau ciel bleu sans nuage, parce qu’ils essayaient de faire des traces dans la plus belle et la plus grande de mes œuvres ». Yves Klein place le ciel au centre de tout son travail artistique : « Le ciel bleu est ma première oeuvre », remarquera l’artiste, plus tard dans sa carrière.

4. Il était champion d’art martiaux

Judo yves klein
Yves Klein et le Maître Sampei Asami

Fils des artistes Marie Raymond et Fred Klein, Yves Klein semblait prédestiné à l’art. Et pourtant, ce n’est pas vers ce domaine qu’il s’oriente en premier lieu. Il ne suit aucune formation artistique formelle. Il étudie à l’École Nationale de la Marine Marchande et à l’École Nationale des Langues Orientales. Il s’intéresse au jazz, à la littérature, aux religions, et surtout, aux arts martiaux, en particulier le judo. Cette discipline tient tout au long de sa vie personnelle et artistique une place très importante. Lors d’un séjour au Japon dans les années 50, il perfectionne sa technique et devient ceinture noire 4ème dan, grade extrêmement élevé qu’aucun Français n’avait encore atteint à cette époque. Dès son retour à Paris au milieu des années 50, il ouvre une école de judo et publie Les Fondements du Judo, un livre illustrant les mouvements fondamentaux de l’art martial. Yves Klein, à la fois peintre et judoka s’est créé avec les arts martiaux, qui ont impacté de façon très significative son oeuvre.

5. Il a exploré l’air et le vide

Sculpture aérostatique Yves Klein
Yves Klein, Sculpture aérostatique (1957)

Eternel provocateur de l’art, Klein réalise l’exposition du vide à la galerie Iris Clert, rue des Beaux-Arts à Paris. Alors que l’artiste ne laisse que 10 visiteurs à la fois découvrir son exposition, ceux ci ont l’immense surprise de découvrir, derrière un rideau de velours bleu, une suite de salles vides aux murs peints en blanc. Malgré l’affluence, Klein crée le scandale auprès des 2500 invités, venus pour admirer son travail. Mais la fascination de l’artiste pour le vide ne se manifeste pas seulement lors de ce coup de maître. Il orchestre aussi un lâcher de 1001 ballons bleus place Saint-Germain-des-Prés, geste qu’il nomme Sculpture aérostatique, et réalise un photomontage appelé « Saut dans le vide » le représentant lui même en train de plonger du haut du toit d’une petite chapelle. Klein a également vendu des Zones de sensibilité picturale immatérielle à partir d’un chéquier, contre paiement en petits lingots d’or jetés ensuite dans la Seine. Avec ces diverses explorations artistiques, Yves Klein, très en avance sur son temps, a franchit les limites vers l’art conceptuel.

6. Il a aussi peint en or et en rose

Ex photo rose or bleu yves klein
Yves Klein, Ex-voto dédié à Sainte Rita de Cascia (1961)

Non, Klein n’a pas seulement peint des oeuvres exclusivement bleues ! De confession catholique, l’artiste était très croyant et passionné par le mystique, d’où son obsession pour le ciel et son bleu transcendant. Mais c’est pour cette raison également que le rose et l’or étaient eux aussi des symboles puissants dans l’iconographie artistique d’Yves Klein. Avec l’IKB, ces couleurs représentaient pour lui la Sainte Trinité: or pour le Père, bleu pour le Fils et rose pour le Saint-Esprit. Il a réalisé ainsi différents triptyques utilisant ces trois couleurs primaires, notamment son œuvre Ex-voto, qu’il a réalisée pour le sanctuaire de Rita de Cascia, en italie, en témoignage de sa dévotion totale envers cette Sainte.

7. Il a joué avec le feu

Peinture de feu yves klein

Yves Klein réalisant une Peinture de Feu (F 25) (1961)

La fièvre créatrice d’Yves Klein est sans limite, et il ne se contente pas d’explorer la couleur ou le vide. Profondément marqué par des photographies d’Hiroshima, sur lesquelles on devine les empreintes des corps des victimes, Yves Klein initie sa série Peinture de feu au début de l’année 1961 : il y cherche à imprimer les traces du feu sur divers supports. C’est au Centre d’essais de Gaz de France de la Plaine Saint-Denis, où on met à sa disposition un équipement industriel, qu’il apprend à maîtriser le feu et à effectuer des réglages précis pour en utiliser les différents degrés de puissance. Il réalise ainsi, encadré par des pompiers, des tableaux « peints » au lance-flamme. Après le corps féminin, c’est le feu qui lui sert de pinceau dans sa quête vers l’exploration de l’immatérialité.

8. Sa carrière a été très courte

Yves Klein Anthropométrie
Yves Klein, Anthropométrie de l’Époque Bleue (ANT 82) (1960)

Le destin d’Yves Klein fut aussi riche que fulgurant. L’artiste est décédé à l’âge de 34 ans seulement, après trois crises cardiaques consécutives. La première a eu lieu en mai 1962 lors de la projection du film Mondo cane au festival de Cannes : l’une de ses performance publiques pour anthropométrie de l’époque bleue, y était ridiculisée et dénaturée. Une autre crise cardiaque a suivi quelques jours plus tard, puis une troisième le 6 juin, qui lui a été fatale. Certains affirment que Klein aurait manipulé trop de produits chimiques pendant qu’il travaillait sur ses oeuvres, et que c’est ce qui aurait fragilisé sa santé et causé sa perte.

9. Il a inspiré beaucoup d’artistes

PINK stuart semple
Stuart Semple, PINK (2016)

Initiateur de la performance artistique et pionnier de l’art conceptuel, le génie Yves Klein a inévitablement influencé la création artistique de la seconde moitié du 20ème siècle, et continue aujourd’hui d’inspirer les artistes contemporains. L’artiste Anish Kapoor s’est ainsi octroyé en 2016 l’exclusivité de l’usage du noir Vantablack dans le domaine artistique. L’artiste Stuart Semple, pour lui répondre, a créé le PINK, le rose réputé le plus rose du monde, et en a interdit l’utilisation à Kapoor : tout acheteur de la couleur imaginée par Semple doit signer une déclaration légale attestant : « vous n’êtes pas Anish Kapoor ni un associé, en aucun cas affilié à Anish Kapoor ou en train de se procurer cet article au nom d’Anish Kapoor ». Mais les artistes ont aussi su honorer la mémoire d’Yves Klein sans pour autant s’engager dans une bataille de couleurs ou un questionnement quant au rôle de celle ci. En 2004, par exemple, dans le cadre du documentaire Suivez l’artiste réalisé au Centre Pompidou, la regrettée Agnès Varda avait choisi de présenter l’une des fameuses Anthropométries de l’époque bleue de Klein. Elle y avait décrypté l’oeuvre et confié son admiration pour l’artiste niçois : un magnifique hommage rendu par une grande artiste à un grand artiste.

10. L’une de ses oeuvres a été piétinée

oeuvre piétinée Yves Klein
Yves Klein, le Bac à Sable, après avoir été piétiné par un visiteur

En avril 2017, un homme a malencontreusement marché sur une œuvre d’ Yves Klein, lors d’une exposition au Mamac, le musée d’art moderne et d’art contemporain de la ville de Nice. L’homme a laissé l’empreinte de ses mocassins dans le Bac à sable d’Yves Klein, un immense lit de pigments bleus purs IKB, posé à même le sol. Une bêtise à plusieurs millions d’euros, dont les dégâts ont heureusement pu être colmatés. Ironie du sort : un autre visiteur a commis la même bourde quelques mois plus tard, en août de la même année, au musée Bozar de Bruxelles.

Yves Klein
Yves Klein devant l’œuvre « Grande Anthropophagie bleue – Hommage à Tennessee Williams » (ANT 76)

Si ses choix artistiques avant-gardistes, excentriques, et osés lui ont valu à son époque un bon nombre de détracteurs qui le traitaient de fumiste et l’accusaient de vendre du vent, Yves Klein a su apporter au monde une façon inédite d’appréhender la création artistique. Aussi bien par ses performances que par sa couleur iconique, ses pinceaux vivants ou ses monochromes, Klein a bousculé l’univers de l’art et laissé une oeuvre de légende.

Vous devriez aimer :