10 choses à savoir sur Irving Penn

Irving Penn Self-Portrait
Irving Penn, Autoportrait

La profondeur intemporelle des oeuvres d’Irving Penn se caractérise par la simplicité de celles ci, qui se focalisent uniquement sur le sujet à traiter. Les photographies d’Irving Penn on réécrit les années 50, faites de gants du soir en satin et de tailles fuselées, transformant des photographies commerciales en un vocabulaire visuel puissant. Les modèles délicats aux parures Balenciaga ont ainsi été métamorphosés en statues de marbre romaines à travers son objectif. Décrivant ses photographies comme des “béatitudes”, Irving Penn a “béni” non seulement l’industrie de la mode mais aussi la photographie d’art. Il est parvenu dans ses clichés à transformer des mégots de cigarettes et des fleurs fanées en images sophistiquées et puissantes. Artsper vous invite à découvrir 10 faits sur cet artiste américain qui a réussi à faire de la photographie de mode une forme artistique à part entière.

1. À l’origine, il voulait être peintre

Irving Penn, Vogue 1st April Cover, (1950)
Irving Penn, couverture de Vogue, 1er avril (1950)

De 1934 à 1938, Irving Penn a étudié la peinture, le dessin et le design à la Philadelphia Museum School of Industrial Art. Il s’est ensuite rendu à Mexico, en 1941 pour y être peintre mais a été si déçu de ses oeuvres qu’il les a toutes détruites et est retourné à New York. Malgré son manque de formation dans ce domaine, il a, en 1943, rempli une mission en tant que photographe auprès du nouveau directeur artistique de Vogue de l’époque, Alexander Liberman. A travers son appareil photo, il a expérimenté ses idées en réalisant les couvertures du magazine avant de s’établir comme photographe de mode professionnel. Les shootings de l’artiste était très progressistes pour l’époque, puisqu’ils privilégiaient le raffinement de la composition plutôt qu’un fond complexe : l’artiste photographiait souvent ses modèles contre un simple mur neutre.

2. Les premières photographies d’Irving Penn pour Vogue étaient des natures mortes

Irving Penn, Vogue Still Life
Irving Penn, Vogue Still Life Cover, (1943)

Irving Penn était intimement convaincu que ce qui était exclu du cadre de la photographie pouvait être aussi important que ce qui y était inclus. Il a donc réalisé une première tentative de photographie de mode sans mannequins. Il s’agissait d’une couverture du magazine Vogue peu orthodoxe, composée d’une écharpe, de gants, de citrons, d’oranges, d’un sac en cuir et d’un topaze. Des oeuvres comme Still Life with Ace of Hearts (Nature morte à l’As de coeur) ont révolutionné la façon dont les photos de mode et les magazines étaient considérés. En éliminant le contenu auquel le public s’attendait de la part d’une institution de la mode, Penn a modernisé et changé l’image des magazines périodiques dédiés à la mode. Il a fait de Vogue un puissant portfolio de photographie d’art.  

3. Il a littéralement mis ses modèles au coin

Irving Penn, Truman Capote
Irving Penn, Truman Capote, corner portaits series, (1948)

Les corner portraits d’Irving Penn consistaient à placer des célébrités dans des coins étroits pour les photographier dans des positions inconfortables. Parmi les écrivains, artistes, et acteurs qu’il a photographié, on compte Martha Graham, Marcel Duchamp, Pablo Picasso, Georgia O’Keeffe, W.H Auden et Igor Stravinsky. Ce procédé peu commun a permis a Irving Penn de rompre la “perfection” de ses sujets célèbres et idéalisés pour les montrer sous un jour moins flatteur. De cette façon, des facettes inconnues de la personnalités de ceux ci ont pu être immortalisés grâce à  l’appareil photo d’Irving Penn et à ses coins ingénieux.

4. Bien que photographe de mode, Irving Penn a prôné les courbes des modèles féminins

Irving Penn, Nude No. 1, (1947)
Irving Penn, Nude No. 1, (1947)

Le choix qu’a fait Irving Penn d’échanger ses modèles sveltes pour des modèles plus voluptueux a fait de lui un anti conformiste. Disparues, les silhouettes d’oiseaux vêtues de haute couture : ses photographies étaient plutôt remplies de ventres pulpeux et de seins charnus. La rondeur de ces corps rappellent les représentations classiques de femmes, dans lesquelles les corpulences fortes, signes de fertilité, étaient privilégiées. Cette avancée radicale dans le nu photographique a permis au monde de reconsidérer ses archétypes de la féminité et leur idéalisation, que nous essayons de redéfinir aujourd’hui encore.

5. La photographie normale l’ennuyait, il a donc réintroduit une technique d’impression d’avant guerre

Irving Penn, Cuzco Children, (1976)
Irving Penn, Cuzco Children, (1976)

Au début des années 60, Irving Penn fit de ses photographies des oeuvres d’art en expérimentant le tirage platine, l’une des techniques photographiques les plus difficiles. Les tirages sont réalisés en plaçant le négatif en contact direct avec un papier trempé dans une émulsion pour lui conférer des teintes chaudes. Irving Penn a ensuite appliqué certains produits chimiques directement sur ses images, au pinceau, pour créer des oeuvres aux riches tonalités. Fasciné par ce procédé, il a même fermé son studio au début des années 70 pour ouvrir un laboratoire de tirage platine dans sa ferme familiale, à Long Island.

6. Il a épousé la première top modèle de l’histoire de la photographie de mode

Irving Penn, Lisa Fonssagrives
Irving Penn, Photo de Lisa Fonssagrives au Bahia Palace à Marrakech. (1951)

Irving Penn a rencontré la supermodèle suédoise Lisa Fonssagrives lors d’un shooting en 1947, et l’a épousé en 1950. L’artiste a fréquemment photographié celle qui était à la fois sa femme et sa muse. En 2004,  l’une des nombreuses photographies de Fonssagrives, réalisée par Irving Penn, a été vendue pour 57360 $, aux enchères de la collection de photographie d’Elton John, organisées par Christie’s.

7. Il a inventé des shooting de mode exotiques

Irving Penn, Dahomey Girls, (1967)
Irving Penn, Dahomey Girls, (1967)

Grâce à son travail pour Vogue, Penn a voyagé à travers le monde, photographiant des modèles au Japon, en Crête, en Espagne, au Népal, au Cameroun, en Nouvelle Guinée, et au Maroc. C’est là qu’il a commencé à photographier ses sujets à la lumière naturelle, enveloppés de tissus révélateurs du pays dont ils provenaient. Cela a donné naissance à ses exotic fashion shoot, un concept dont Penn avait rêvé depuis le bureau sans fenêtre dans lequel il travaillait, plus tôt dans sa vie. Il est important de noter néanmoins que ses clichés ne sont pas exacts d’un point de vue ethnographique. Irving Penn utilisait des éléments stéréotypés pour séduire son public occidental.

8. Malgré sa renommé il était très secret et peu sûr de lui

Irving Penn, Vogue December, (1968)
Irving Penn, Vogue, Décembre (1968)

Avec une carrière longue de près de 70 ans, il est l’un des plus grands photographes du 20ème siècle, et ses oeuvres sont parues dans les pages des plus grands magazines de mode du monde. Mais s’il était l’un des plus célèbres photographes de Vogue, Irving Penn a toujours évité le feu des projecteurs et s’est consacré corps et âme à son travail, en toute intimité. Si son manque de confiance ne s’est jamais faite ressentir dans ses oeuvres, Irving Penn a révélé au New York Times “Dans mon studio aussi, je ne veut rien de grandiose. Je ne me sens pas grandiose, parce que je suis rempli de doutes à propos de mon habilité à prendre la photographie que je suis sur le point de prendre. “

9. Il a repoussé des frontières dans ses oeuvres

Irving Penn, Head in Ice
Irving Penn, Head in Ice, (2002)

Irving Penn a constamment été à la  recherche d’innovation dans son travail, et c’est même à l’âge de 85 ans, il a créé l’une des oeuvres les plus osées et techniquement difficiles de sa carrière. Vogue a chargé Irving Penn de réaliser une photographie pour un article qui décrivait les méfaits que l’eau froide peut avoir sur la peau. Penn a créé Head in ice, oeuvre peut-être révélatrice de son cynisme face à ce projet. Il a utilisé un mannequin en plastique aux lèvres rouges, l’a décapité, a congelé sa tête dans de la glace et a brisé certains morceaux de ce bloc avec un pic à glaçons. Le résultat fut à la fois macabre et élégant, faisant de cette banale illustration éditoriale une véritable oeuvre d’art.

10. Malgré sa renommée auprès de Vogue, les rédacteurs ont trouvé son travail trop excentrique et cru

Irving Penn, Vogue October 15, (1949)
Irving Penn, Vogue October 15, (1949)

Au début  des années 50, les rédacteurs de Vogue dénigrèrent le travail d’Irving Penn. L’artiste se tourna ainsi vers la publicité, qui lui permis d’explorer des projets photographiques plus variés et créatifs.

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