Rencontre avec Vincent Olinet

Sculptures de glaces, salades de fruits ou encore lits flottants… Non, il ne s’agit pas de la carte des desserts mais de l’univers fascinant de l’artiste Vincent Olinet, sucré et acide à la fois, où les rouges à lèvres comme les pastèques sont taillés à la tronçonneuse… Artsper a voulu en savoir plus, présentations !

On entend partout que le temps s’accélère et que “nous ne prenons plus le temps” de lire, de regarder, d’échanger… Ton univers laisse une grande place au temps de l’enfance et à son imaginaire et certaines de tes installations, comme celles récemment présentées à la Galerie Laurent Godin, sont éphémères, le temps semble donc être au centre de ton travail, à la fois comme acteur et sujet. Quel est ton rapport au temps ? Est-ce un choix de questionner notre rapport au temps ?

Pour moi le temps est un matériau comme un autre dans une oeuvre d’art. C’est aussi une dimension qui permet de poursuivre la sculpture en la laissant se modifier et en intégrant cette modification d’état dans son existence. Par exemple, le lit à baldaquin flottant « Pas encore mon histoire » a été pensé pour se patiner avec ses mois d’expositions en pleine nature. Sa fraîcheur n’est pas une fin en soi, plutôt un état. Il en va de même avec « Nature morte », où la vaisselle en glace fond devant son audience, menant là une brève existence mais riche en modifications. C’est paradoxalement un processus à la fois très lent, surtout pour notre époque, qui privilégie la vitesse (on accélère jusqu’aux vidéos Youtube pour ne pas ennuyer le spectateur) et en même temps très fugace, juste quelques heures. L’histoire de l’Art, au travers des Vanitas entre autres, interroge ce rapport de l’être humain au Temps, et c’est cette même question qui habite mes oeuvres. Mais sans les valeurs parfois jugées de façon négative que l’Occident y accole (la nostalgie…), en y intégrant d’autres concepts culturels comme le Wabi-sabi au Japon qui accepte l’impermanence des choses, leur décrépitude.

Le lit à baldaquin flottant « Pas encore mon histoire » a été pensé pour se patiner avec ses mois d’expositions en pleine nature. Sa fraîcheur n’est pas une fin en soi, plutôt un état. Il en va de même avec « Nature morte », où la vaisselle en glace fond devant son audience, menant là une brève existence mais riche en modifications.

Tu crées toi-même tes sculptures, de manière assez spectaculaire parfois puisque certaines sont monumentales et en bois taillé à la tronçonneuse, comment en es-tu venu à travailler le bois de cette façon ?

Je suis toujours en train de rechercher de nouvelles façons d’appréhender la matière et la création par la technique. J’expérimente des techniques nouvelles avec un amateurisme éclairé, pour garder une certaine fraîcheur dans la fabrication. C’est le cas de la marqueterie dans « Chute d’un Empire, suite et fin », une maquette/meuble/Arc de Triomphe ou la pâtisserie dans la série des gâteaux. Pour la tronçonneuse, c’est le changement d’échelle des Rouges à lèvres qui m’a donné envie de travailler des troncs d’arbre directement et donc d’utiliser la tronçonneuse. J’ai gardé l’outil et créé « Salade de frais », une salade de tranches de pastèques, de citrons, en morceaux de chêne. C’est vraiment physique mais le rapport à la sculpture est le même qu’avec un cutter et un bout de bois, juste un peu plus dangereux!

As-tu des lieux culturels préférés et si oui, pour quelles raisons ?

J’adore aller au Louvre. J’y vais parfois plusieurs fois par semaines tellement c’est foisonnant et riche en oeuvre. Leurs collections sont tellement vastes et couvrent plusieurs millénaires de création humaine. Avec quelques pépites que j’adore retourner voir, comme le portrait en pied de Louis XIV par Hyacinthe Rigaud, la sainte Anne de Léonard de Vinci ou les époux Soolmans-Coppit de Rembrandt (partagés avec le Rijksmuseum). C’est une vraie bouffée d’oxygène de voir ce que d’autres êtres humains ont créé, ont porté pendant plusieurs mois voire plusieurs années, de l’intégrer dans un Tout, une suite de perceptions du monde.

J’expérimente des techniques nouvelles avec un amateurisme éclairé, pour garder une certaine fraîcheur dans la fabrication.

Quelles sont tes influences artistiques ?

Je puise mes inspirations de partout, et c’est aussi vrai pour la création. Cela va de l’art mérovingien aux dessins animés de Makoto Shinkai. Paul Mc Carthy, Urs Fischer sont des maîtres pour moi, et je suis très fan du travail d’autres artistes moins connus mais tout aussi talentueux comme Sara Gassmann, Octave Rimbert-Rivière et Sookoon Ang entre autres…

Quelles sont tes prochaines actualités ?

Je continue mes expérimentations sur ma vaisselle en glace, avec la question de la documentation de l’oeuvre, et d’autres explorations sur mes projets de papiers peints en vraies fleurs.

Retrouvez ses oeuvres sur Artsper…