Les femmes oubliées de l’art moderne

Combien d’artistes femmes de l’art moderne pouvez-vous citer ? Elles ont participé à l’histoire de l’art de la même façon que leurs homologues du sexe opposé. Et pourtant les femmes artistes n’ont pas toujours eu la reconnaissance qu’elles méritaient. Elles ont longtemps été exclues des écoles d’art et sans doute encore plus des galeries et des musées. Pour ainsi dire, elle n’avaient aucune plateforme pour diffuser leur travail avant la montée du féminisme dans les années 70. Pourtant, de l’Impressionnisme à l’Expressionnisme abstrait en passant par le Surréalisme, de grandes dames ont contribué à tous les mouvements artistiques bien avant l’époque d’émancipation de la femme. Ces femmes restées dans l’ombre de leurs contemporains hommes restent aujourd’hui peu ou mal connues. Arstper vous propose de découvrir 6 d’entre elles ! 

1. Berthe Morisot

Femme art moderne Berthe Morisot
Berthe Morisot, Femme en toilette (1875)

Peintre française, elle fait partie des membres fondateurs de l’Impressionnisme. Elle est une figure de proue du mouvement et expose à tous les Salons impressionnistes entre 1874 et 1885. D’abord élève particulière de Corot avec sa soeur Edma, c’est sous l’impulsion de ce dernier qu’elle commence à peindre à l’extérieur. Elle rencontre Edouard Manet en 1868. C’est le début d’une longue amitié, et les deux peintres s’influencent énormément dans leurs styles respectifs. Ses oeuvres sont caractérisées par une grande légèreté picturale et une fine maitrise des techniques artistiques liées à la couleur. Cela lui vaut d’ailleurs d’être reconnue par Edgar Degas comme artiste à part entière. Seule femme à être exposée parmi la sélection de 29 artistes présentés à la première exposition du groupe impressionniste, Berte Morisot faisait preuve d’un engagement sans faille pour son mouvement.

2. Mary Cassatt

Mary Cassat little girl
Mary Cassatt, Little Girl in a Blue Armchair, (1878)

Malgré la réticence de ses parents à la laisser poursuivre une carrière de peintre, l’artiste américaine Mary Cassatt commence la peinture dès ses 15 ans. Elle étudie à la prestigieuse Pennsylvania Academy of the Fine Arts, la plus vieille école d’art de Etats-Unis. Déçue par la lenteur des cours et l’attitude condescendante de ses pairs et professeurs hommes, Cassatt décide de partir en France.  Elle y suit des cours particuliers. Après un retour difficile aux Etats-Unis où son père refuse toujours la voie qu’elle a choisi, elle retourne en France et y fait la rencontre des Impressionnistes. Elle était fascinée par le travail de Degas qui eut une grande influence sur son oeuvre. Prête à s’engager aux côtés des membres du mouvement, elle réalise des toiles pour l’exposition de 1879, celle qui connait le plus grand succès. A partir de la fin des années 1880, elle se sépare de l’Avant-garde française et retrouve peu à peu un style plus conservateur. On retient sa volonté jusqu’à sa mort de vivre de façon indépendante et en tant qu’« artiste » et non pas « femme artiste ».

3. Dorothea Tanning

Dorothea Tanning Abstract
Dorothea Tanning, Heartless (1980)

Muse de Max Ernst avec qui elle partage sa vie pendant 34 ans, Dorothea Tanning est dotée d’un grand talent artistique, trop souvent éclipsé par son époux. Elle n’a jamais reçu de réelle formation artistique et a pourtant développé un style remarquable, qui fait d’elle une figure incontournable du surréalisme. Ses premières oeuvres, telles que Birthday, étaient des représentations figuratives de situations issues du rêve. Elle s’apparente au mouvement surréaliste dont elle côtoyait les représentants régulièrement. C’est d’ailleurs cet autoportrait, où Tanning apparait seins nus, vêtue d’une longe jupe et accompagnée d’une petit bête étrange, qui fait tomber Max Ernst amoureux d’elle. Mais Tanning se livre à d’autres recherches créatives. Ainsi, petit à petit, elle s’aventure davantage vers l’abstraction. Ses oeuvres sont de moins en moins suggestives tout en continuant de traiter du corps féminin, thème récurrent dans son travail. Artiste aux multiples talents, elle fait également de la sculpture et écrit de la poésie.

4. Leonor Fini

Leonor Fini Colloque Minerale
Leonor Fini, Colloque Minerale (1960)

Comme la plupart des femmes artistes de son temps, l’artiste argentino-italienne Leonor Fini est autodidacte. Elle expose pour la première fois à 17 ans dans la ville où elle a grandi, Trieste. 4 ans plus tard, ayant quitté l’Italie pour rejoindre Paris, elle réalise sa première exposition personnelle. Dans la capitale française, Fini se lie d’amitié avec plusieurs membres du groupe surréaliste. Elle refuse pourtant de s’affilier à tout mouvement ou manifeste. En effet, elle décrit son travail de la façon suivante : « Je peins ce qui n’existe pas et ce que je voudrais voir « . Elle préfère les estampes aux peintures, dans lesquelles elle traite de thèmes mystiques et érotiques. Passionnée de littérature, elle s’amuse également à illustrer les ouvrages d’auteurs qu’elle admire tels que Gérard de Nerval ou Charles Baudelaire. Elle fut aussi l’objet de nombreux textes d’écrivains comme Paul Eluard et Giorgio de Chirico. Le talent de Leonor Fini s’étend même jusqu’à la création de décors et costumes pour le théâtre et l’opéra. Artiste singulière et esprit libre, Leonor Fini a su dépasser le rôle de « muse exotique » auquel les membres fondateurs du surréalisme reléguaient bien souvent la femme.

5. Kay Sage

Kay Sage sky
Kay Sage, the Upper limit of the sky (1944)

Peintre et poète d’origine américaine, elle était mariée à Yves Tanguy, une des stars du surréalisme. Elle aussi a été « victime » du talent de son époux, et oeuvrait dans l’ombre de ce dernier. Kay Sage est élevée par sa mère, une femme divorcée et mondaine, en Europe. Son éducation peu conventionnelle pour l’époque a sans doute contribué à sa volonté de devenir une artiste accomplie et indépendante. En tout cas, elle parvient à se créer un vocabulaire pictural propre, qui se distingue nettement des autres peintres surréalistes. Ses peintures nous transportent dans des paysage architecturaux empreints de futurisme et d’abstraction, où lignes droites et couleurs sourdes dominent . Comme ses compères surréalistes, elle était préoccupée par la juxtaposition d’objets irrationnels. L’aspect le plus notable de ses 200 toiles et dessins réside dans l’aspect inquiétant voire aliénant de ses horizons flous. L’absence de figure humaine amplifie le sentiment de désespoir que dégagent les oeuvres de Sage. On retrouve cette même vision pessimiste dans ses écrits.

6. Perle Fine

Perle Fine abstraction
Perle Fine, Summer I, (1958)

Artiste déterminée, Perle Fine a consacré 50 ans de sa vie à l’abstraction. Elle commence à exposer ses travaux dans les années 40 et se retrouve très vite au centre de l’Expressionnisme abstrait. Fille d’émigrés russes, elle grandit à Boston où elle suit des cours d’arts plastiques. Elle quitte Boston pour New York à l’âge de 24 ans. Elle y rencontre de nombreux artistes dont Lee Krasner, qui restera une amie chère toute sa vie. Habituée du Metropolitan Museum of Art et du Modern Art Museum, elle s’entraine à copier les chefs d’oeuvre. Elle veut comprendre ce qui fait d’un tableau une oeuvre d’art plutôt que « beaucoup de couleurs ». C’est lorsqu’elle devient élève de Hans Hofman, dans les années 30, qu’elle a un déclic. Elle se livre alors à l’abstraction bien que la tendance soit au Réalisme Social. Il lui faudra attendre l’après-guerre pour qu’on reconnaisse la valeur de son travail précurseur. Ainsi, en 1945, elle rejoint les « American Abstract Artists ». Puis, en 1949, soutenue par Willem de Kooning, elle rentre à la galerie The stable, lieu de rendez-vous de l’Expressionnisme abstrait de New York. Elle est l’une des rares femmes à faire partie du Club et réalisera de nombreux show personnels et collectifs jusqu’à sa mort en 1988.