Daniel Arsham, cet artiste qui bouscule les codes de l’art contemporain

Paris 3020, Daniel Arsham à la Galerie Perrotin Paris
Paris 3020, Daniel Arsham à la Galerie Perrotin, 2020

« Daniel Arsham » il semble que le monde de l’art n’a plus que son nom à la bouche depuis sa dernière exposition Paris 3020 et ses performances sur le catwalk de Dior. Et ce n’est pas un hasard, car son travail des textures et ses recherches conceptuelles bousculent les codes de l’art contemporain. Vous voilà intrigué ? Aujourd’hui, Artsper vous dit tout sur la façon dont cet artiste a façonné un sens de l’esthétisme qui lui est propre. Que vous soyez un adepte de la première heure ou que vous veniez de le découvrir, il est temps d’en apprendre plus sur cet artiste qui semble avoir réussi le pari fou de s’adresser aux experts comme aux néophytes !

Sur les pas de Daniel Arsham dans le monde de l’art 

Né à la fin des années 80, le jeune Daniel Arsham grandit en partie à Miami. C’est dans son enfance qu’il se familiarise avec l’art, non seulement en commençant la photographie mais aussi grâce à la collection d’œuvres de son grand-père. Rapidement, il se tourne vers des études artistiques et choisit d’étudier à la Cooper Union à New York. Une éducation qui contribuera sans aucun doute à trouver l’inspiration de ses œuvres à venir.
La tête déjà pleine de projets, Arsham enchaîne les expositions expérimentales comme à The House à Miami en 2004. C’est d’ailleurs à cette occasion qu’il rencontre Emmanuel Perrotin, rencontre décisive car la prestigieuse galerie Perrotin le suivra tout au cours de sa carrière.

David Arsham figure de l’art contemporain
David Arsham, figure de l’art contemporain

En 2007, il se familiarise avec la scénographie et les décors avec le chorégraphe Merce Cunningham. Cette collaboration très artistique va laisser une empreinte poétique sur le travail du jeune Arsham. 

En 2008, Daniel Arsham s’associe avec le designer Alex Mustonen pour fonder Snarkitecture. Ce studio va bouleverser les frontières entre le design, l’art et l’architecture en exploitant la matière et l’espace de façon tout à fait novatrice. Grâce à Snarkitecture, il réalise des projets de grande ampleur comme les boutiques KITH de New York et LA ou le projet DIG. 

En 2011, Daniel Arsham se rend sur l’île de Pâques où il découvre les Moais, ces gigantesques statues à l’histoire mystérieuse. L’artiste est subjugué par leur beauté et le relief de l’érosion. Ce voyage influencera fortement l’artiste qui essaiera de reproduire cette marque du temps énigmatique dans ses œuvres.

David Arsham  Moco
David Arsham au Moco, Amsterdam

Quel est l’univers hors du commun de Daniel Arsham ?

Dans l’atelier d’Arsham, des objets du quotidiens, vêtements et emblèmes de la street culture côtoient des statues antiques. Le tout d’une blancheur immaculée, laissant apercevoir des accrocs et des petits cristaux. Voilà ce que l’on découvre en jetant un œil dans son studio créatif. Des petits indices, qui sont pourtant de précieux indicateurs de son travail.

L’artiste est en effet reconnu pour sa faculté à interpréter des références partagées de tous. Surnommé par certains « l’architecte du futur », il donne un aspect antique à ses œuvres – comme si elles venaient tout juste d’être découvertes ou sorties de terre – tout en gardant une douceur poétique. Intentionnellement, la marque du temps est visible sur les angles ou les extrémités.

Toutefois, il remplace les cassures par de jolis cristaux. Cette technique originale et reconnaissable est la marque de fabrique de l’artiste. Une érosion futuriste, qui plonge le spectateur dans un monde à la fois ancien, mystérieux et avant gardiste. En réinventant à sa guise le vocabulaire de l’archéologie – à travers les matériaux utilisés ou la corrosion – il rend intemporel son art.

Future Relic David Arsham
Future Relic, David Arsham, 2016

La série Future Relic de Daniel Arsham est le manifeste le plus évident de son travail et symbolise à elle seule l’essence de son art. Ces objets modernes et familiers de tous semblent comme retrouvés 200 ans plus tôt et s’entourent ainsi de mystère… Entre anachronisme et singularité, ces sculptures aux camaïeux doux perturbent, étonnent et marquent le spectateur.

Une technique originale et longuement travaillée

Malgré son apparente simplicité, ce résultat est le fruit d’un travail de longue haleine. En effet,  plus d’un an peut s’écouler entre le premier dessin de Arsham et l’œuvre d’art finale.

Dans un premier temps, un long travail de recherche et développement a été nécessaire pour obtenir la bonne technique de cristallisation et une matière à sculpter adéquate. Presque toutes ses œuvres sont faites à partir de roches géologiques comme la pierre volcanique ou le quartz.

De plus, dans l’exposition Paris 3020, l’artiste va plus loin encore dans le processus de création. Afin d’obtenir la reproduction de statues iconiques, telles la Vénus de Milo ou le Moïse assis de Michel Ange en grandeur nature, il a collaboré étroitement avec l’atelier de moulage de la Réunion des Musées Nationaux (RMN). Quartz, ciment de gypse et bleu calcite, Arsham reprend les mêmes matériaux que pour la sculpture classique, tout en apportant sa touche personnelle avec la cristallisation. 

Rose quartz eroded Hamadryade, Daniel Arsham, 2019
Rose quartz eroded Hamadryade, Daniel Arsham, 2019

Résultat ? Il parvient à donner une seconde vie à l’ancien et projeter le nouveau dans l’avenir, effaçant toutes les limites entre passé, présent et futur.

Abolir les frontières de l’art

Enfin, Daniel Arsham joue avec les matières et abolit les barrières entre l’art et l’architecture. Par exemple, il a plusieurs fois travaillé « à même le mur ». Dans ce cas, l’œuvre finale n’est quasiment pas visible… Si on en distingue les formes et contours, on la voit comme une partie intégrante de la pièce, presque une mise en scène. Dans ces exemples, le lien avec les premières expériences de Arsham autour du décor et de l’architecture est évident. En déformant les textures et défiant les frontières entre les arts, Daniel Arsham bouleverse la perception même que nous avons d’un objet d’art. 

Ainsi, sa réinterprétation infinie des objets du quotidien ou héros antiques peut être perçue comme une façon de nous communiquer sa vision d’artiste. Parmi ses plus grandes forces, on doit citer avant tout sa faculté à rendre limpide son travail. Ce qui explique d’ailleurs pourquoi il préconise l’utilisation de références internationales. Au Brésil, au Japon ou en France, tout le monde connaît le polaroid, le Mac ou la Vénus de Milo ! Grâce à la compréhension immédiate de cette première référence, le spectateur pénètre sans mal dans le monde de Daniel Arsham et de l’art contemporain. Chacun est libre ensuite de l’interpréter comme il l’entend, ce qui permet à son travail de vivre de multiples façons.

Daniel Arsham
Moco, Daniel Arsham

Par ailleurs la combinaison d’œuvres monochromes, souvent de teinte pastel, avec des formats assez impressionnants rassurent et envoûtent. La couleur n’est pas neutre dans son travail : il n’utilise presque que des monochromes allant du blanc au noir. En effet, une déficience visuelle l’empêche notamment de voir d’autres couleurs.

Collaborations prestigieuses et projets futurs

Daniel Arsham a réussi une jonction entre l’art et la mode, il est notamment le premier artiste à avoir collaboré avec Adidas. Monochrome et élégante, la paire de sneakers issue de cette collaboration est à l’image de son travail. En septembre 2019, Daniel Arsham et Dior ont collaboré pour la Fashion Week Eté Homme 2020. L’artiste a créé la scénographie du défilé et les sculptures des lettres « DIOR ». D’ailleurs, les couleurs et l’essence de la collection étaient en accord avec l’esthétisme de l’artiste. 

Défilé Dior, Collaboration avec Daniel Arsham 2019
Défilé Dior, Collaboration avec Daniel Arsham 2019

Dans le domaine artistique, les artistes Daniel Arsham et Hajime Sorayama ont travaillé sur des œuvres à quatre mains à deux reprises. Les robots argentés du Japonais ont fusionné avec les reliques futuristes de l’Américain pour donner deux œuvres emblématiques. 

À l’avenir, Daniel Arsham aurait exprimé le souhait de se tourner vers la vidéo. Avec ce médium, il souhaite toucher un public encore plus grand et pouvoir exposer ses œuvres dans des mises en situation étonnantes. Chez Artsper, on a déjà hâte de découvrir le résultat  ! En attendant, vous pouvez découvrir son travail sur Artsper.

Fieg Gallery, Daniel Arsham
Fieg Gallery, Daniel Arsham

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