6 artistes phares du collage des années 20 à aujourd’hui

Collage, Hannah Höch
S. Little Sun, 1969, Hannah Höch

Jouant avec la fine frontière entre copie et montage, l’art du collage remet en question la notion traditionnelle de création artistique originale. Pourtant, cette pratique qui voit le jour au début du 20ème siècle est très novatrice dans la mesure où elle permet une pluralité d’assemblages. Nature Morte à la chaise cannée de Pablo Picasso est considéré comme le premier collage de l’histoire de l’art. Dans ce tableau où la toile cirée de la chaise n’est pas représenté mais un échantillon est collé sur l’oeuvre, c’est la première fois qu’un artiste intègre un produit manufacturé à plat dans son oeuvre. Le collage est né ! Depuis, le medium a bien évolué… Voici 6 de ses défenseurs les plus remarquables.

Kurt Schwitters

Collage, Kurt Schwitters
Kurt Schwitters – Merzbild – Rossfett, 1919

Proche du mouvement Dada, l’artiste peintre, sculpteur et poète allemand Kurt Schwitters est un des précurseurs de ce courant qui vise à intégrer les objets du réel dans l’art. Lorsqu’il se fait exclure du Club Dada de Berlin, Schwitters crée en 1919 son propre mouvement, qui consiste à substituer la peinture par les détritus de la société urbaine et industrielle. Il lui donne le nom de « Merz », d’après sa série de tableaux intitulée Merzbilder, terme construit sans raison apparente (à l’instar de « Dada ») à partir de « Kommerzbank ». Par la suite, Scwhitters étendra sa démarche au delà de sa toile pour créer tout un espace « Merz » dans sa maison de Hanovre qui devient ainsi peu à  peu le « Merzbau ».

Hannah Höch

Hannah Höch - Da-Dandy, 1919
Hannah Höch, Da-Dandy, 1919

Artiste plasticienne Dada elle aussi, Hannah Höch se tourne elle vers le recyclage d' »ouvrages de dame » tels des chutes, des patrons de couture et autres pour élaborer des compositions abstraites et empreintes d’humour. S’inspirant du travail de collage de Picasso et Schwitters, Höch met cette forme d’art au service de la critique de la République de Weimar. Pionnière du féminisme, ses oeuvres d’art sont aussi un moyen de dénoncer le machisme rampant de son époque. Elle s’amuse alors à habiller les représentants du gouvernement en place de cols de dentelle et à détourner les idéaux de beauté qui émergeaient déjà dans la publicité.

Barbara Kruger

barbara kruger, Untitled (I shop therefore I am), 1989
Barbara Kruger, Untitled (I shop therefore I am), 1989

Artiste post-moderne incontournable, Barbara Kruger fait irruption sur la scène artistique avec son oeuvre désormais iconique : Untitled : Your Body Is a Battleground (Sans titre : ton corps est un champ de bataille) en … . Diplômée de la prestigieuse Parsons School of Design, elle commence sa carrière de graphiste en tant que responsable de la ligne du magazine Mademoiselle à New York. De 1960 à 1970, en parallèle de ce poste, elle s’intéresse à la poésie, à la peinture mais aussi à la photographie. Ainsi, elle développe peu à peu un procédé originale qui consiste à juxtaposer des images tirées de la presse américaine des années 50 avec des messages provocateurs. Ses oeuvres constituent alors un véritable commentaire de la société de consommation.

Richard Hamilton

Richard Hamilton - Pin-up, 1961
Richard Hamilton, Pin-up, 1961

L’oeuvre mythique de Richard Hamilton, Just What Is it that Makes Today’s Homes So Different, So Appealing? (1956) met en scène un couple à moitié nu dans un séjour où on retrouve tout l’attirail du ménage moyen américain des années 50.  Grand précurseur du Pop Art, Hamilton fut un des premiers à interroger la notion de beaux arts au profit de la mise en avant d’un iconographie populaire. Ainsi, il s’intéressa à réaliser des représentations modernes de thèmes traditionnels. Par exemple, dans Pin-up ci-contre, le sujet du nu revêt de nouveaux habits : les cheveux ont un aspect « dessin animé », les seins sont dessinés et rendus en 3 dimensions et le soutien-gorge est un collage d’une photographie.

Peter Beard

 Peter Beard - Lion Pride from The End of the Game, 1976
Peter Beard, Lion Pride from The End of the Game, 1976

Un « tarzan moderne » selon son ami Andy Warhol, l’artiste américain Peter Beard a développé une forme de collage très personnelle : des crins de cheval, des morceaux de peaux d’alligator, son propre sang… Se cotoient dans une esthétique diaries des éléments issus non pas de la culture populaire mais du vécu de Beard. Photographe de mode et grand amoureux du continent africain, il a su créer un style de photo-collage où ses écrits à l’encre de chine viennent orner des photos de mannequins nus en compagnie de giraffes, d’animaux sauvages venus du Kenya. Un habitué du studio 54, Beard s’amusait aussi à capture les folles soirées du New-York des années 70 et 80, nous livrant une oeuvre globale pleine d’émotions et de ressentis personnels.

Jacques Villeglé - La rue de Gravilliers, 2013
Jacques Villeglé, La Rue de Gravilliers, 2013

Se définissant comme « affichiste », l’artiste français Jacques Villeglé tient « le journal du monde de la rue ». Comme le nom de son mouvement l’indique, Villeglé collecte, classe et assemble des lambeaux d’affiches qu’il décolle dans la ville. Le but est de révéler la culture dominante et de donner leur place dans l’art à toutes ces images du quotidien. De cette manière, Villeglé se rattache aux Nouveaux Réalistes des années 50 qui eux aussi cherchaient à élaborer une oeuvre populaire, qui reflète la vie de l’époque. Ses compositions abstraites colorées sont un condensé de « réalités collectives » qui invitent le spectateur à redécouvrir la beauté de l’environnement visuel de l’espace urbain.

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