Le mobile art : une création contemporaine hors-les-murs

Le mobile art, une nouvelle approche de l'art
Beckibecko, série polyptyques

Approche inédite des arts graphiques, le mobile art redéfinit les outils, les sujets et les espaces artistiques. Grâce au smartphone, chacun détient son petit atelier portatif, continuité de sa propre main, si petit qu’il se glisse dans une poche. Un élément qui vient chambouler et démocratiser le monde de l’art contemporain. Alors, prêt.e à découvrir l’histoire du mobile art, ce qu’il exprime et dénonce à travers un regard novateur ?

Le mobile art, par essence protéiforme

Mouvement artistique propre aux années 2000, le mobile art est défini par son médium : le smartphone. En effet, il consiste d’abord à produire des œuvres d’art contemporaines – photographies, vidéos ou illustrations – grâce à un appareil mobile. Mais la particularité du mobile art est surtout son aspect protéiforme. Le smartphone est à la fois un outil de création artistique et une thématique à part entière. À cela s’ajoutent ses canaux de diffusion, qui par le biais d’Internet, et notamment de réseaux sociaux comme Instagram, donnent une nouvelle place au public. Le spectateur, par ses diverses réactions, devient aussi acteur des œuvres produites. Ainsi, le smartphone est devenu un sujet de réflexion, un outil de création artistique contemporaine et un espace d’expérimentation.

Ce mouvement d’art contemporain a vu le jour sur la côte ouest des États-Unis. D’abord appelé « Iphoneographie », il apparaît suite à la sortie du premier iPhone en 2007. Il se répand ensuite comme une traînée de poudre sur toute la côte est, puis en Europe et dans le monde entier. S’inscrivant dans la continuité de courants artistiques comme le surréalisme, le dadaïsme et l’art brut, le mobile art compte bien faire tomber les verrous de l’art en tant qu’objet élitiste. Ainsi, il envahit le monde numérique, pour dépasser à la fois les frontières physiques, politiques et sociales. Sans oublier de conquérir les musées et galeries d’art, en devant le sujet de nombreuses expositions.

Sven, Extrasystole I, 2013
Sven, Extrasystole I, 2013

Un art par tou.te.s et pour tou.te.s

Le téléphone mobile est une continuité de nous-mêmes. Pouvant être sorti en quelques secondes, il permet de photographier, de filmer et d’enregistrer à une vitesse vertigineuse. Il donne ainsi aux artistes la possibilité de réaliser des œuvres contemporaines avec une instantanéité jamais égalée. Il offre un rapport plus intuitif et spontané à toutes les pratiques artistiques.

La diffusion est elle aussi simplifiée : en trois clics, les visuels peuvent être transmis au monde entier. À la fois outil de partage de sa propre subjectivité et manière de créer des œuvres collectives, le mobile art redéfinit l’éducation artistique et culturelle à grande échelle. N’importe qui peut désormais prendre part ou bénéficier d’une exposition permanente virtuelle.

Rafael Lozano-Hemmer, Solar Equation, Relational Architecture 16, 2010
Rafael Lozano-Hemmer, Solar Equation, Relational Architecture 16, 2010

Le mobile art comme dénonciation de dérives sociétales

Il est certainement l’un des objets les plus démocratisés… Le smartphone est devenu un « fait social total », essentiel à notre quotidien. Un moyen de jouer entre le fond et la forme pour de nombreux artistes contemporains. Car au-delà de sa position omniprésente, le smartphone soulève une foule de débats, dont le mobile art se saisit. D’un côté, la critique d’une société toujours plus consumériste, de l’autre la dénonciation d’une population nombriliste ou de l’utilisation de nos données personnelles… Ce mouvement artistique interroge toutes les dérives sociales et personnelles d’aujourd’hui.

Amalia Ulman, Excellences & Perfections, 2014-2015
Amalia Ulman, Excellences & Perfections, 2014-2015

Les paradoxes du mobile art, reflet de notre monde actuel ?

Si le mobile art laisse fleurir un nouveau champ des possibles, il reste bien plus présent sur les réseaux sociaux qu’au sein des grandes institutions artistiques. Ces mêmes réseaux sociaux dont le système et l’usage sont remis en question par les artistes de ce mouvement. Et c’est tout le paradoxe soulevé par cette boucle virtuelle : devoir utiliser des plateformes afin d’en critiquer le fonctionnement. Une contradiction qui dialogue avec notre rapport aux nouvelles technologies et au monde… Car si le smartphone s’est imposé comme l’outil d’information le plus démocratique, n’est-il pas autant celui de notre extrême assujettissement ? Voilà une réflexion qui est loin d’avoir encore trouvé sa conclusion… Et vous, êtes-vous déjà un.e adepte du mobile art ?

Le mobile art : œuvre d'Isabelle Gagné
Isabelle Gagné, I didn’t see your message – série Ghosting, 2021

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