Instagram, impact du réseau social sur l’art

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John Yuyi, Seen, 2017

A l’heure où l’art du selfie semble davantage préoccuper les utilisateurs des réseaux sociaux que la peinture à l’huile, Instagram est en réalité devenue une plateforme de lancement importante dans la carrière des artistes et un observatoire international et essentiel des tendances et nouveautés de l’art. Artsper vous propose de revenir sur le rôle de ce réseau social dans le domaine de l’art.

Créée en 2010 par Kevin Systrom, Instagram n’était pas destinée à s’imposer dans le monde de l’art. Mais désormais, les artistes l’utilisent comment leur propre galerie d’art virtuelle et les utilisateurs s’improvisent tour à tour critiques et collectionneurs. Ils suivent leurs artistes préférés et la création d’œuvres parfois destinées à un autre public, avec le sentiment d’y participer et de partager avec l’artiste un lien un peu plus intime que celui parfois un peu froid et déshumanisé des galeries.

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Oli Epp, Multiple Choice, 2017

Alors que YouTube a pu servir de tremplin à certains chanteurs ou comédiens, Instagram s’est transformée – peut-être malgré elle – en incubateur d’artistes. Ils n’ont parfois pas encore de galerie mais déjà des followers par milliers. Des followers souvent jeunes, un public peu attiré aujourd’hui par les galeries. Et le réseau social leur permet aussi d’atteindre justement les galeries qui les accompagneront pour une première exposition de leurs œuvres. C’est de cette manière que la galerie Semiose a découvert l’artiste Oli Epp. Le jeune artiste qui se servait d’Instagram pour exposer ses œuvres critiques de notre monde sur connecté.

John Yuyi, lui, colle des décalcomanies à l’effigie d’interfaces de réseaux sociaux sur le visage de modèles qu’il photographie et expose, évidemment, sur lesdits réseaux. Une sorte de mise en abime qui interroge la culture de masse et l’addiction aux réseaux.

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Antoine Geiger, Sur-fake

Antoine Geiger questionne également cette addiction dans sa série « Sur-Fake » dont les images sont pour certaines en forme carrée, selon les normes d’Instagram. Il considère l’écran comme un objet de culture de masse, aliénant la relation à notre propre corps, et plus généralement au monde physique. Ses photographies montrent des visages aspirés par les téléphones de ces personnes anonymes, aspirées par le fossé numérique qui brise la relation réelle. Des images parfois dérangeantes, comme l’est peut-être notre relation aux réseaux sociaux.

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Amalia Ulman, Excellences & Perfections, 2014

Cette relation dérangeante, Amalia Ulman l’a explorée en 2014. Pendant plusieurs mois, elle inonde ses followers de clichés de sa vie. Un savant mélange de jus détox, de cours de yoga et de chute sociale qui a captivé ses followers. Jusqu’à ce qu’elle révèle que tout cela n’était qu’un projet artistique destiné à questionner les injonctions sociales à l’œuvre dans la représentation de la féminité sur les réseaux sociaux. Cette performance la conduira à être considérée comme la première artiste à faire entrer Instagram à la prestigieuse Tate Modern.

Elle ouvre la voie aux expositions de productions pensées pour les réseaux sociaux. La galerie Saatchi a depuis organisé « From Selfie to Self-Expression » où se cotoyaient des autoportraits de Frida Kahlo, Van Gogh et Kim Kardashian. La dernière partie de l’exposition était participative et proposait au public de poster son propre cliché avec la possibilité de se retrouver exposé.

Instagram Cindy Sherman
Cindy Sherman

Mais le réseau ne sert pas que les intérêts des artistes en quête de célébrité. Récemment, l’iconique Cindy Sherman, déjà connue pour ses autoportraits grimés en grands archétypes féminins, a dévoilé de nouveaux clichés sur Instagram. Elle y apparaît, retouchée avec des applications telles que FaceTune, accompagnée de légendes quelque peu cyniques. Un choc pour ses inconditionnels et ses galeristes.

Le controversé Richard Prince a, quant à lui, imaginé une exposition entièrement composée de captures d’écran de comptes anonymes. Des appropriations qui se sont vendues jusqu’à 100’000 dollars pièce.

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Richard Prince, Instagram, 2014

De son côté, l’artiste française, Laurence de Valmy interroge la relation entre l’art et les technologies modernes et plus précisément sur l’utilisation des médias sociaux par les artistes. Sa série POST partage les histoires d’artistes célèbres à travers des Instagram peints du passé.

Et les collectionneurs se prêtent également au jeu. C’est, en effet, par le biais d’Instagram que le collectionneur japonais Yusaku Maezawa a annoncé avoir acquis le tableau « Sans titre » (1982) de Jean-Michel Basquiat adjugé à € 94 millions chez Sotheby’s. Ce jour-là le hashtag « Basquiat » connaissait une augmentation de +500 %, rivalisant avec celui de Picasso. Le #Art est, en 2018, le 5e hashtag le plus populaire sur Instagram. Selon le Hiscox Online Art Trade Report 2018, l’usage de mobiles pour acheter l’art a augmenté de manière notable à 20% en 2018 contre 4% en 2015.

Sur un ton plus léger, nombreux sont les comptes qui parodient la relation entre l’art et le réseau social, attribuant parfois à des grands maîtres un post Instagram. Ce qui nous conduit à nous demander… à quoi ressemblerait les selfies de vacances des peintres de la Renaissance ?

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