8 choses à savoir sur… Joan Miró

Photo: This Is the Color of My Dreams, Joan Miró (1925)
Photo: This Is the Color of My Dreams, Joan Miró (1925)

Joan Miró est peintre, poète, sculpteur, céramiste et encore tant d’autres choses encore. Né à Barcelone en 1893 d’une famille d’artisans, Joan Miró commence à peindre dès l’âge de 8 ans. Il rejoint l’École des Beaux-Arts de Llotja, puis celle de Barcelone où il découvre les merveilleuses créations des artistes du passé et s’en nourrit. Très attaché à sa terre natale, la Catalogne, c’est pourtant son départ à Paris en 1920 qui marque le début de sa carrière artistique. Dès lors, sa production ne s’arrête plus ! Il réalise plus de 2 000 peintures, 5 000 dessins et collages, ainsi que 500 sculptures et céramiques. Des statistiques un peu folles, qui illustrent bien la nature du peintre, libre et inspiré.

Car Joan Miró ne s’est pas arrêté un seul instant de sa vie. Il est passé de supports en supports, de mouvements en mouvements, de pays en pays. Jamais il ne s’est cantonné à une seule chose, comme il l’explique avec ses propres mots « ce qui est important, ce n’est pas de finir une œuvre, mais d’entrevoir qu’elle permette un jour de commencer quelque chose ». L’évolution de ses œuvres en est le témoin, passant d’un minimalisme figuratif poussé à un expressionnisme abstrait. Elles fourmillent d’étoiles, de femmes, de comètes, d’oiseaux, et sont dotées d’un lyrisme à ne plus en savoir où en donner de la tête. Bienvenue dans l’univers fascinant et mystérieux d’un peintre qui a voulu toute sa vie contenir ses rêves dans ses œuvres !

La Catalogne et le monde hispanique, une source d’inspiration perpétuelle

La région natale de Joan Miró influence fortement sa production artistique. Adolescent, il tombe gravement malade du typhus. Totalement alité, il retourne en Catalogne dans sa maison familiale. Cette épreuve lui permet de prendre conscience de son attachement à cette terre espagnole dont ses œuvres se nourrissent constamment.

À l’École des Beaux-Arts de Barcelone, il peint avec un lyrisme fervent et des couleurs exacerbées. De ses toiles, empreintes du fauvisme, se dégage une énergie vive. Miró y rencontre également Pablo Picasso, avec lequel il se lie d’amitié. Dès lors, ses coups de pinceaux se rapprochent du cubisme et le peintre joue avec les perspectives et les multiples points de vue. Son inspiration est cependant plus proche de Cézanne. Un jour, il s’exclame « Je briserai leur guitare » faisant référence à la peinture de son ami Picasso. 

Il fuira l’Espagne pendant la guerre civile, horrifié. De cette rupture, en découlent de nombreux collages, peintures, et dessins violents, aux grands traits rouges et noirs éclatants sur le papier.

Joan Miró, Escargot, femme, fleur, étoile, 1934

L’Espagne est aussi la source de son célèbre tableau La Ferme (1920-1922). Avec cette toile, Miró peint une synthèse des expériences cubistes et de la minutie réaliste. Le tout est plongé dans l’univers catalan, qu’il aime tant. Après cette toile, l’artiste se dirige vers la figuration abstraite, dont on aperçoit déjà les prémices. 

Joan Miró, La Ferme, 1921-1922

Le tableau est offert par Mary Hemingway à son mari, le célèbre écrivain. Ce dernier, admirateur du talent de Miró, résume l’œuvre en une seule phrase : « Il avait dans ce tableau tout ce qu’on peut ressentir de l’Espagne quand on s’y trouve, et, tout ce qu’on peut ressentir de l’Espagne quand on s’y trouve pas ».

À Paris, le surréalisme mais pas seulement !

Dans les années 1919-1920, le peintre catalan pose ses valises à Paris. La capitale française foisonne d’artistes. Cubistes, fauvistes, surréalistes, nabis, dadaïstes, futuristes ;  ils sont tous à Paris ! C’est dans ce grand bain de nouveaux mouvements et d’idées artistiques qu’entre Joan Miró. Dans cette vague parisienne, il rencontre Tristan Tzara, Jean Dubuffet, André Masson ainsi que toute l’avant-garde parisienne. Il participe avec eux aux expériences artistiques et cherche son propre langage.

Il découvre aussi les expériences de l’écriture automatique avec André Breton et Robert Desnos, qui le fascine. Ce procédé lui permet de découvrir une nouvelle manière de concevoir l’inconscient et, surtout de le libérer. L’étrange, l’humour décalé, l’onirisme, et l’imaginaire l’attirent et forgent son art.

En 1924, il signe le manifeste des surréalistes aux côtés de Max Ernst, André Breton, Paul Eluard, André Masson, René Magritte, Giorgio di Chirico, Guillaume Apollinaire… C’est finalement le surréalisme qui gagne le coeur du peintre, y trouvant plus de liberté. Ce mouvement marquera profondément sa production artistique tout au long de sa carrière.

     Revue, La Révolution Surréaliste, n°1, 1924, Gallica

Le surréalisme selon Miró, ou comment contenir ses rêves

Avec le mouvement surréaliste, Joan Miró côtoie de nombreux poètes. Le lyrisme poétique est quasiment omniprésent dans ses œuvres. Les échanges avec Paul Eluard, Jacques Prévert, Jacques Dupin, Max Jacob, Aragon, André Breton nourrissent de poésie son univers.

   Joan Miró, Il était une fois une petite pie, 1927-1928

Sur une palette restreinte de bleu, de blanc, de jaune, de noir et de rouge apparaissent des oiseaux, des femmes, des étoiles, des comètes, des fleurs, des escargots qui dansent ensemble sur la toile. Le surréalisme permet à Miró de laisser libre cours à son imagination. Il nous dévoile ses rêves, son inconscient. L’artiste tente, avec rigueur et ferveur, de capturer sur le papier ce qui est par essence immatériel. 

À partir de 1928 Miró se lance dans une série de « peintures-poèmes » qui lie onirisme et  lyrisme. Dès lors naît tout un panel d’œuvres, mettant en scène dans un bleu omniprésent et flamboyant, le subconscient de l’artiste espagnol. Des formes étranges évoluent en dansant sur un aplat mystérieux et envoûtant. La 2D nous ôte tout repère, laissant choir nos pensées dans un bleu infini, rappelant la mer et le ciel.

Joan Miró, Oiseaux et insects, 1938

Après s’être dirigé vers un autre chemin artistique, Miró replonge en 1961 dans ses peintures oniriques. Durant plus de dix mois, il travaille, médite et étudie pour exécuter sa série célèbre de Bleu I, II , III. C’est la synthèse accomplie de toute cette série surréaliste portant sur le subconscient. Pour Miró, ce triptyque est un aboutissement dans lequel il a essayé de parfaire son monde, sa réalité, ses rêves.

Joan Miró, Bleu I, Bleu II, Bleu III, 1961, Exposition au Grand Palais

Joan Miró, l’artiste des métamorphoses

L’artiste espagnol est un véritable observateur de la nature. À partir des années 30, Joan Miró quitte le réalisme pour ne plus représenter que « le fantôme de la forme ». Enclin à l’innovation et à la révolution, le mouvement permet à Miró de se libérer des formes traditionnelles de représentations. 

Dans la suite de la lutte des artistes du 19ème, il veut dépasser la représentation purement physique de la nature. L’attirance des surréalistes pour la science métaphysique pousse Miró à chercher un nouveau langage artistique. La notion « d’au-delà » est très intéressante chez le peintre. Ses œuvres sont ainsi des véritables métamorphoses. Meta– qui veut dire au-delà de, et morphé-, la forme. Par un dépouillement, quasi radical à la fin de sa vie, de la figuration, Miró va au-delà de la forme, au delà de ce qu’il voit. Il peint donc ce qu’il y a « après », c’est-à-dire l’essence. C’est cette tension entre l’étirement extrême de la figuration et l’abstraction complète qui rend ces œuvres si intenses. 

Les aplats de formes géométriques et de symboles étranges sur ses œuvres ne viennent pas de nulle part. C’est une autre figuration de la réalité. D’ailleurs, les titres des œuvres de Miró sont tous explicites. Les surréalistes expriment bien dans leurs différents écrits que la réalité est la base de tout art. Mais ils ne s’attardent plus sur la réalité physique des choses pour aller au-delà.

Joan Miró, Femme et oiseaux au lever du soleil, 1946
Joan Miró, Femme et oiseaux au lever du soleil, 1946

Sa passion pour la céramique et la rencontre avec Artigas

En 1917 à Barcelone, l’artiste espagnol rencontre un céramiste : Joan Llrorens i Artigas, avec lequel il se lie d’amitié. Dans les années 1940, Artigas prend sous son aile l’artiste catalan et lui apprend à travailler, modeler et façonner la terre, pour obtenir l’objet de sa pensée. C’est un vrai plaisir pour le peintre dont la fantaisie n’a pas de limite. Au début de sa pratique, Miró ne peint que des vases en terre cuite. Au fur et à mesure, l’artiste s’approprie la technique et la terre cuite devient sa nouvelle toile plane où il jette ses couleurs en ajoutant des tessels.

En 1957, Miró est sélectionné pour décorer l’UNESCO au siège de Paris. Il élabore deux murs parallèles à l’extérieur du bâtiment : Le mur du Soleil  et son pendant Le mur de la Lune. Avec une rigueur implacable, Miró a surveillé la construction des murs sur le chantier même. Sur 3 mètres de haut, l’artiste propose tout un programme avec les deux œuvres qui se répondent. La complexité de la technique acquise par Miró assure au dessin en céramique une grande fluidité et un effet de mouvement impressionnant. 

Miró ne plane plus dans le bleu azur, de la mer et des rêves, mais prend racine dans la matière du feu et de la terre. Un changement sûrement influencé par la guerre civile espagnole.

 Joan Miró, Mur de la Lune, Unesco, 1957
 Joan Miró, Mur de la Lune, Unesco, 1957

Une de ses plus grandes œuvres en céramique date de la dernière année de sa vie. En 1983, il réalise Femme et oiseau à Barcelone, dans un parc qui porte son nom. Pour une dernière fois Miró collabore avec Artigas pour cette œuvre colossale (22 mètres). Commande de la ville de Barcelone, elle est dédiée à accueillir les visiteurs qui arrivent en terre catalane.

 Joan Miró, Femme et oiseau, 1983
 Joan Miró, Femme et oiseau, 1983

La sculpture, une façon de mettre en matière son univers

Dans les années 60, Miró recherche d’autres supports sur lesquels appliquer son art. Il délaisse la céramique pour un temps et se concentre sur la sculpture. Mais il ne s’agit pas de la sculpture traditionnelle provenant d’un bloc de pierre, mais d’assemblages d’objets divers. Dans son atelier, Miró choisit des objets souvent communs et inutiles, mais qui ont la capacité de satisfaire sa fantaisie.

  Miró, Femme et oiseau, 1967

Les assemblages, les choix et transformations ne sont pas les fruits du hasard. Ces sculptures sont les actes d’une production artistique réfléchie. Les formes surgissent de façon imprévue mais jamais sans réflexion. Il bouleverse l’identité des objets pour donner vie à des petites métamorphoses. 

Grâce à la 3D et l’incorporation de ces objets dans un environnement spécifique, Miro matérialise les figures abstraites de ses peintures. Toutes les formes qui sortent de sa tête sont maintenant « animées ». Le tout est réalisé avec humour, et tourne en dérision l’art traditionnel qu’est la sculpture. 

Miró, destructeur et pyromane

Dans les dernières années de sa vie, Miró souhaite une nouvelle fois se réinventer. Alors que l’artiste est dans son atelier, à côté d’une toile fraîchement peinte, il se demande « et si on la brûlait ? ». Sans attendre de réponse, il part chercher de l’essence, arrose son tableau et craque une allumette. L’œuvre flamme complètement, Miró est ravi.

D’ailleurs, ses expériences ne s’arrêtent pas là. Miró brûle, découpe, sectionne, déchire, lacère ses toiles.

Joan Miró, Toile brûlée, 1973

Pour l’artiste, cette destruction n’est pas synonyme d’un ravage mais d’un retour aux sources. Les toiles sont mises à nues avec leur châssis découvert, où la toile éventrée laisse transparaître ce qui fait d’une toile une toile. Avec le feu, il y a aussi l’idée de brûler ce qui a été fait avant. Par cet acte, le peintre fait table rase des toiles passées. C’est une volonté de détruire ce qui l’a fait connaître pour retourner à la source de ses premières œuvres.

Pendant toute sa carrière et toute sa vie, Miró sera animé par le même feu intérieur.

Quelques années après avoir réalisé ces toiles, l’artiste s’éteint. La beauté de cette série tient aussi de leur symbolique, accentuée par la date de décès si proche de leur réalisation.

La fondation Joan Miró

La fondation Joan Miró ouvre ses portes au public le 10 juin 1975. C’est un projet qui est instauré par l’artiste lui-même dans le but de créer un centre d’art total : recherche, école, collections, expositions… Le bâtiment est conçu par Josep Lluis Sert, ami de l’artiste. Il réussit à mettre totalement en avant l’univers de Miró, grâce à un dialogue complice entre le bâtiment et les œuvres de l’artiste. 

La fondation assure la transmission du savoir et savoir-faire de l’artiste catalan, avec une importante collection de ses œuvres. Elle promeut aujourd’hui de nombreux artistes contemporains espagnols les soutenant dans leur travail d’innovation et de révolution artistique. Avec eux, la fondation assure l’héritage de Joan Miró. 

La fondation Joan Miró

Joan Miró est donc un artiste qui ne cesse de se réinventer, toujours en quête de quelque chose de nouveau. Le mouvement définit autant sa personne que ses œuvres. L’artiste catalan, connu pour son esprit libre, offre tout un panel d’émotions et d’idées. Ses œuvres sont empreintes de mystère, d’insouciance, de douceur, de peur et de noirceur. Le tout sans perdre une parcelle de poésie, si intimement liée à chacune de ses créations.


Joan Miró est peintre, poète, sculpteur, céramiste et encore tant d’autres choses. Mais il est surtout celui qui a réussi à donner vie à sa propre réalité !

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