Sculpture ou peinture, l’histoire d’un débat

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« De la sculpture ou de la peinture, quel est l’art le plus noble ? ». Cette comparaison des mérites respectifs de la peinture et de la sculpture baptisée le Paragone – est formulée en 1547 par l’homme de lettres florentin Benedetto Varchi. Elle peut paraître désuète de nos jours mais elle a largement occupé les artistes de la Renaissance. 

Dans son Traité de peinture, Léonard De Vinci revendique – sans grande surprise – pour le peintre un statut supérieur à celui des autres plasticiens, musiciens et autres écrivains. Il analyse successivement les questions d’intellectualité et difficulté du travail, de durabilité de l’œuvre, d’universalité et de vérité de la représentation.

La sculpture rabaissée au niveau des arts mécaniques, les plus vils, irrite Michelangelo.

Le David et Goliath , peint recto/verso sur un support d’ardoise par Daniele da Volterra, est exécuté dans le but exclusif – si on en croit Vasari – de clore le débat. Cette oeuvre est particulière. Elle est constituée de deux variantes, l’une au recto et l’autre au verso d’une ardoise. D’autre part, au delà de l’épisode biblique, elle illustre la lutte entre peinture et sculpture. Et comme David l’emporte sur Goliath la peinture gagne son combat sur la sculpture.

Plus tard encore, Diderot évoque le Paragone dans son Salon de 1765. Il y compare peinture et sculpture et, en particulier, leur imitation du naturel. Il questionne la capacité même du matériau (pierre ou pigment) employé par l’artiste à évoquer la sensualité et la vie du réel.

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Daniele Da Voltera, David et Goliath, env. 1555

De nos jours, le débat n’est plus aussi vif. Il n’est pas rare qu’un artiste soit à la fois sculpteur et peintre.

Artsper revient sur quelques artistes qui maîtrisent les deux arts à la perfection.

Edgar Degas

Fidèle à sa tradition picturale, Degas se pose la question d’une sculpture « impressionniste ». Fasciné par le mouvement, il aborde la sculpture en choisissant un cheval pour premier modèle. L’artiste expérimente, invente, sculpte avec de la cire. Ses sculptures frappent ses contemporains par le réalisme de leur mouvement. Un seul de ses modèles a été présenté de son vivant: La Petite Danseuse de quatorze ans. Cette sculpture, à l’origine en cire peinte, était agrémentée de cheveux, chaussons et robe de danse. En réalité, les sculptures de Degas n’étaient pas destinées à être montrées. Elles permettaient à l’artiste de fixer le mouvement pour ensuite servir de modèles à ses peintures. Les thèmes traités en sculpture sont donc très proches des œuvres peintes.

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Edgar Degas, La classe de danse, 1874

Picasso

Pablo Picasso était reconnu de son vivant comme l’un des plus grands maîtres de la peinture du XXe siècle. Ses sculptures, elles, sont restées quasi ignorées du grand public jusqu’à sa mort. Or, en 1912, quelques années après avoir inventé le cubisme avec Georges Braque, Pablo Picasso fait passer ses théories cubistes de la toile à la « trois dimensions ». Il adapte les règles du cubisme pour la sculpture, et confectionne en carton une guitare. Il rompt avec la tradition sculpturale en utilisant la technique de l’assemblage et la construction, en choisissant des matériaux pauvres et en assemblant au sein d’une même sculpture des éléments hétérogènes. En 1914, il réitère son invention, en utilisant au lieu de carton une feuille de métal.

sculpture guitare picasso
Pablo Picasso, Guitare, 1912

Miró

Passionné depuis tout petit par le dessin, Joan Miró est un touche à tout. De ses mains ne naissent pas que des chefs d’œuvre picturaux mais aussi des sculptures. Miró est intéressé par la recherche des volumes et des espaces. Il explique vouloir rompre avec les méthodes traditionnelles de la peinture, rompre avec l’esthétisme et tous les canons artistiques pour les tuer, les assassiner ou les violer. C’est à partir de 1944, que l’oeuvre sculptée de l’artiste catalan prend véritablement une autre dimension avec l’utilisation du bronze et de ses différentes patines ou le recours aux acides qui lui rendent sa palette de peintre. 

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Joan Miro, Personnage, 1970

Alberto Giacometti

Mieux connu pour ses sculptures longilignes, Alberto Giacometti est initié au dessin d’après nature et à la copie des maîtres par son père, lui-même peintre. Pendant ses études, la stylisation par facettes géométrique des ses dessins de nus est propre au dessin de sculpteur. Par la suite, il réalise de nombreux portraits, dont les sujet les plus connus sont son frère Diego et sa femme Annette. Ils sont caractérisés par l’absence de décor. Giacometti démultiplie à l’infini les versions de ses images qu’il grave sur des plaques de cuivre, dessine sur des pages de carnets, des livres ou des journaux. 

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Alberto Giacometti, Diego, 1953

Dali

Dans La Vie secrète, l’un de ses récits autobiographiques, Dali raconte qu’enfant il a reproduit en modelage la Vénus de Milo qui figurait sur sa boîte de crayons. Il s’agissait de sa première sculpture. Dès les années 1930, Dalí s’essaye à la troisième dimension. En tant qu’artiste surréaliste tentant de traduire en volume et en matière solide son inconscient, et dans la lignée de Marcel Duchamp avec ses ready-made, il s’intéresse à l’art de « l’objet », utilisant des matériaux et des matières inattendues. Grâce à la sculpture, Dalí restitue les grands thèmes de son œuvre picturale, réalisant des sculptures en bronze à partir de ses plus célèbres tableaux.

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Salvador Dali, Elephant spatial, 1980

Louise Bourgeois

La sculpture Maman suscite parfois quelques réticences chez les arachnophobes mais elle est pour beaucoup emblématique du travail de Louise Bourgeois. Or le dessin est la première approche créatrice de l’artiste, la source de ses sculptures. Travaillant dès l’origine sur une très grande diversité de matières : bois, métal, latex, marbre ou bronze, elle n’accède à la notoriété comme sculpteur qu’au milieu des années ’70. Sculpteur, Louise Bourgeois garde néanmoins son attachement à l’image, peinte, gravée, dessinée, par laquelle elle a commencé. Le dessin sera pour elle une pratique constante, une sorte de carnet intime où elle note ses « pensées plumes » comme elle les appelle, idées visuelles qu’elle attrape au vol en les fixant sur les supports les plus variés. Ces idées visuelles peuvent donner ou non naissance à des sculptures.

louise bourgeois maman sculpture
Louise Bourgeois, Maman, 1999

Robert Rauschenberg

Robert Rauschenberg n’a eu de cesse de questionner et de dépasser les limites entre les arts. Ses célèbres oeuvres hybrides Combines associent à la pratique de la peinture celle du collage et de l’assemblage d’éléments les plus divers prélevés au réel quotidien. Robert Rauschenberg abolit la frontière entre la peinture et la sculpture. Ses oeuvres ne sont en définitive ni l’une ni l’autre. Intéressé aussi par le son, dans ses dernières Combines, il développe des analogies entre musique et arts plastiques.

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Robert Rauschenberg, Canyon, 1959

Fernando Botero

Peintre et sculpteur colombien, les personnages et objets bouffis de Fernando Botero sont facilement reconnaissables. Artiste extrêmement prolifique, il est autant peintre que sculpteur. Pour Botero, la sculpture est le prolongement naturel de son univers pictural. Ses personnages prennent leur pleine mesure grâce à l’espace en trois dimensions. Leurs formes voluptueuses deviennent palpables.

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Fernando Botero, Oiseau, à Singapour

Evidemment, pour pouvoir mettre une sculpture de Botero ou de Louise Bourgeois chez soi, il vaut mieux avoir un très grand jardin. Mais comme tous les deux excellent tant en peinture qu’en sculpture, on peut aussi opter pour une oeuvre en plus petit format dans son salon. Et vous, vous préférez quoi?

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