Analyse d’un chef-d’œuvre : Nighthawks de Edward Hopper

Edward Hopper, Nighthawks, 1942
Edward Hopper, Nighthawks, 1942

Le grand art est l’expression d’une vie intérieure de l’artiste et cette vie intérieure se traduira par sa vision personnelle du monde. – Edward Hopper

Nighthawks de Edward Hopper a été achevé en 1942 et illustre le paradoxe de la solitude dans la vie urbaine. Le chef-d’œuvre de Hopper est une crise existentielle en soi; où un groupe d’individus tombe dans l’isolement et la solitude de New York City. Elle reste non seulement un chef-d’oeuvre des plus connus, mais aussi l’un des plus représentatifs de l’art américain du 20ème siècle. Artsper explore les profondeurs nostalgiques de ce chef-d’œuvre moderne.

La réalité solitaire de l’Amérique

Edward Hopper, Gros plan sur Nighthawks, 1942
Edward Hopper, Gros plan sur Nighthawks, 1942

De dures lumières fluorescentes s’abattant sur les rues sombres de New York, tandis que quatre supposés étrangers se retrouvent autour du comptoir d’un restaurant en fin de soirée. Tous physiquement proches mais psychologiquement à des kilomètres l’un de l’autre. L’essence même de la vulnérabilité humaine palpite comme une veine exposée dans le chef-d’œuvre de Hopper, capturant la solitude consommatrice de la vie moderne. Avant même que les smartphones ne prennent le contrôle de toutes interactions humaines réelles, la peinture emblématique de Hopper révèle de notre incapacité à nous connecter au début des années 1940.

Malgré l’absence de reflet due à l’éclat lumineux de l’écran d’un téléphone, les regards des clients restent vides, flous et frustrés. Nighthawks dépeint non seulement l’aliénation amère de vivre dans une grande ville, mais aussi la paranoïa qui s’est emparée des États-Unis après l’attaque du Pearl Harbor en 1941. L’anxiété suscitée par une deuxième attaque enveloppait la ville, accompagnée de fréquentes pannes d’électricité auxquelles New York et ses habitants ont été soumis. Nous, en tant que spectateurs, devenons des voyeurs silencieux, regardant à travers la fenêtre les expressions obscures des sujets injoignables d’Hopper. Sans porte pour se joindre au dîner, nous restons en dehors de cette scène.

L’importance de la composition

Première ébauche de Nighthawks d'Edward Hopper
Première ébauche de Nighthawks d’Edward Hopper

La composition unique d’Hopper permet au spectateur de voir les sujets à la fois de face et de profil, mettant en évidence la mélancolie qui consume les solitaires nocturnes. Le caractère angulaire de ce chef-d’oeuvre moderne évoque dramatiquement les interactions trop peu significatives entre les sujets, sûrement constamment interrompus ou même ignorés. Leurs mains se touchent presque, leur regards se croisent quasiment et ils se parlent à peu de choses près. Ainsi, le cadre intime d’Hopper résume parfaitement la réalité aliénante de la vie dans la « Grosse Pomme ».

La vérité derrière la femme rousse

Jo et Edward Hopper, 1927
Jo et Edward Hopper, 1927

Jo Hopper, femme d’Edward Hopper, est l’énigmatique femme rousse assise au comptoir. Elle a non seulement servi de modèle pour le tableau, mais elle tenait aussi un journal détaillé de chacune des œuvres d’Hopper. Son rôle en tant qu’historienne personnelle de l’art d’Hopper a alors sûrement inspiré le nom du tableau. Elle a décrit l’un des hommes sur la peinture de : “faucon nocturne (au long « bec ») dans un costume foncé, au chapeau gris acier, mains sombres et chemise bleue (propre) tenant une cigarette.”

Le lieu du dîner

Croisement de Greenwich Avenue et Seventh Avenue South, 1926
Croisement de Greenwich Avenue et Seventh Avenue South, 1926

Le dîner dans la peinture d’Hopper était apparement inspiré d’un lieu réel dans Greenwich Village. Cependant, les désaccords sur sa légitimité continuent de donner lieu à de vifs débats. Bien qu’il soit maintenant un site vacant, le restaurant aurait été situé entre ces deux rues; Greenwich Avenue et Seventh Avenue South.

Une coïncidence ou bien un geste intentionnel d’Hopper : représenter un croisement reflète sûrement le vide entre la proximité physique et l’incapacité émotionnelle à se connecter dans les milieux urbains.

“Inconsciemment, sûrement” comme l’a expliqué Hopper un jour, “Je peignais la solitude d’une grande ville.”

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