10 choses à savoir sur Baselitz

Georg Baselitz, Arrivare con cenere, 2019

Georg Baselitz est né Hans-Georg Kern le 23 Janvier 1938 dans une Allemagne divisée. En 1961, il abandonne son nom de naissance pour son pseudonyme de peintre. En souvenir de sa ville natale, Deutschbaselitz (Saxe), il commence à signer ses toiles Baselitz. Voici 10 choses à savoir sur Baselitz, ce peintre au caractère hors du commun.

1. Il habitait dans une école

Peter Knaup, Portrait de Georg Baselitz dans son atelier, 2014

Le pire cauchemar de bien des enfants, Baselitz l’a vécu. Parce que son père était instituteur il habitait avec sa famille dans les locaux de l’école. C’est aussi grâce à la bibliothèque de celle-ci qu’il découvre l’art pour le première fois, dans un albums de dessins du XIXème siècle. Quittant un établissement pour un autre, il entre en 1956 à l’Ecole des Arts plastiques et des Arts appliqués de Berlin-Est (la Hochschule für bildende und angewandte Kunst). Il sera expulsé peu après pour “immaturité socio-politique” et intégrera alors l’École des Beaux-Arts de Charlottenburg. 

2. Il peint des tableaux haut-en-bas

Georg Baselitz, Wir besuchen den Rhein I, 1996

A la suite d’une période d’expérimentation où Baselitz divise ses toiles en bandes, il découvre ce qui deviendra plus tard, sa signature. En effet, en 1969, il s’inspire du tableau Wermsdorfer Wald de Louis-Ferdinand von Rayski qu’il retourne, le haut devient ainsi le bas du tableau. Ce retournement sera un signe distinctif de sa peinture, de son identité. Parce qu’intriguant, Baselitz explique ce geste comme le moyen de tester les limites entre la Figuration et l’Abstraction. Il lui tenait à coeur de ne pas réaliser de tableaux anecdotiques, descriptifs, comme peuvent l’être certaines des peintures appartenant au mouvement figuratif. Par ailleurs, il n’aimait pas la peinture non figurative, dont il trouvait la critique trop subjective. Le renversement de ses tableaux semblait être le parfait compromis. 

3. C’est un artiste à scandale

Georg Baselitz, Volk Ding Zero / Peuple Chose Zéro, 2009

Si Baselitz est bien connu pour une chose, ce sont les scandales. Il semble aussi bien cultiver l’image que le monde a pu lui donner que s’en amuser. Lors de sa première exposition personnelle en 1963, il crée une esclandre pour atteinte à l’ordre public et deux de ses oeuvres les plus osées à l’époque, Die große Nacht im Eimer (La grande nuit dans le seau), et Der nackte Mann (L’Homme nu) sont saisies par un huissier. Un long procès s’ensuit. Il aboutira par la restitution de ses oeuvres au peintre et d’une notoriété nouvelle. 

4. Il a décroché ses oeuvres en signe de protestation

Georg Baselitz, Fingermalerei – Adler, 1972

Parmi les 10 choses à savoir sur Baselitz, en voici une croustillante. Baselitz est un franc-parleur et semble être aussi un homme téméraire. En 1977, lors de la documenta 6 (à Cassel), à laquelle il participait avec Markus Lüpertz, ils décrochent leurs oeuvres en signe de protestation contre la présence de peintres de la RDA (République Démocratique Allemande). A cette époque, la démarche fait scandale et propulse les deux artistes sur le devant de la scène internationale. 

5. Il a secoué la Biennale de Venise

Georg Baselitz, Modell für eine Skulptur, 1979 – 1980

Baselitz élargit son spectre de création dans les années 1980 et commence à réaliser d’immenses sculptures en bois. Celles-ci sont réalisées directement à la tronçonneuse, un outil froid et mécanique qui leur donne cet aspect de brutalité. Lors de la Biennales de Venise en 1980, il expose Model for a Sculpture, une oeuvre très controversée représentant un personnage assis effectuant ce qui ressemble à un salut nazi. Sa réputation d’artiste provocateur n’est qu’amplifiée et les critiques se déchainent. Cependant, il se défend, attestant qu’il n’a jamais été son intention de mettre en avant les horreurs du régime Nazi, mais qu’il s’agit d’un malentendu. Les avis restent partagés. 

6. Il admire Eugène Leroy

Eugène Leroy, Vent d’hiver, 1968

Lors d’un voyage à Paris en 1960,  Georg Baselitz découvre par hasard le travail d’Eugène Leroy. Alors qu’il est encore étudiant, cette rencontre le marque profondément. Il aime à raconter que, découvrant les tableaux de Leroy exposés à la galerie Claude Bernard, il n’ose pas pousser la porte de celle-ci pensant devoir acheter quelque chose. Il se contente alors de regarder longtemps les oeuvres à travers la vitrine. Possible déformation de la mémoire, ce souvenir est pourtant une preuve touchante de son admiration pour le peintre français. 

7. Il peint la vieillesse

Georg Baselitz, Surdororeal, 2019

Ces dernières années, les corps représentés par Georg Baselitz sont à l’antithèse des silhouettes lisses et tonique associées à la jeunesse. Il peint des rides, une peau tombante, des os saillants, des traits anguleux et des cheveux blancs. La fragilité, voir la mort, émanent de ses tableaux. Baselitz révèle qu’il n’a pas peur de la fin inévitable, il vieillit et ses modèles avec lui. Néanmoins, là où certains voient dégénérescence, tristesse, maladie et mort, il nous propose de découvrir amour, tendresse, admiration et beauté. Car en vérité, derrière cette série picturale se cache son unique et fidèle modèle, sa femme, Elke Kretzschmar. 

8. Il a dit : «les femmes ne font pas de bons peintres. C’est un fait»

Daniel Blau, Georg Baselitz dans son atelier, 1983

Boutade de mauvais goût ou machisme ? Le franc-parler de Baselitz à encore frappé et le monde de l’art s’est affolé. En 2013, le peintre allemand a déclaré à des journalistes que “les femmes ne font pas de bon peintres”. Et l’explication est simple d’après lui, une peinture de qualité nécessite une part de brutalité, qualité qui est propre au genre masculin. En outre il a ajouté après cela, qu’il y avait tout de même quelques femmes appréciables dans l’histoire de la peinture telles que Agnès Martin, Cecily Brown ou Helen Frankenthaler. 

9. Il a peint la série “Heroes”

Georg Baselitz, The Great Friends is a good picture!, 1966

Admettant qu’il n’a jamais pu échapper à l’Allemagne et au fait d’être allemand, Baselitz a peint, dans les années 1960, la série d’oeuvres “Heroes”. Il décrit cette réalisation comme un moyen de s’engager dans l’identité de son pays. Cette série de compositions grands formats représente des soldats en uniforme, musclés, armés, imposants. Malgré leur force, ils paraissent faibles, démunis et désolés. A mi-chemin entre le début de l’Expressionnisme et la peinture Romantique, ces peintures de Baselitz sont comme morcelées, recollées et assemblées en désordre, à l’image des ex-soldats allemand pendant l’après guerre, période durant laquelle a vécu le peintre. 

10. C’est un Néo-Expressionniste 

Georg Baselitz, Dinner in Dresden, 1983

Georg Baselitz est considéré, avec Markus Lüpertz, comme un précurseur du mouvement Néo-Expressionnisme allemand. Ce courant artistique est né en réaction aux nouvelles formes d’expression telles que l’Arte Povera, l’art conceptuel, la performance, le Land Art, et en faveur d’un “retour à la peinture”. Dès 1980, Baselitz se concentre sur son médium. Le modèle est  relayé au second plan, placé en simple motif et non en sujet de la toile. En collaboration avec le peintre Eugen Schönebeck, il rédige deux manifestes : Pandemonium (1962) et The Great Friends is a good picture! (1966). Il y expose sa volonté de résister à la prégnance de l’école de Paris et de la peinture américaine.

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