Comprendre l’expressionnisme allemand

Ernst Ludwig Kirchner, Vallée de Sertig en Automne, 1926
Ernst Ludwig Kirchner, Vallée de Sertig en Automne, 1926

Du 6 mars au 17 juin 2019, le Musée de l’Orangerie rend hommage à deux figures majeurs de l’expressionnisme allemand, Franz Marc et August Macke, tous deux morts au front en 1914. A cette occasion, Artsper vous dispense d’un aperçu de l’expressionnisme allemand. 

Généralement divisé en deux groupes distincts mais souvent méconnus donc confondus : Die Brücke et Der Blaue Reiter. Malgré leurs pensées fondamentalement opposées, ces deux courants sont très souvent amalgamés et englobés trop simplement dans un unique mouvement expressionniste allemand. 

Die Brücke 

Die Brücke (Le Pont) est un mouvement formé en 1905 à Dresde qui se revendique d’une sensibilité émotionnelle, éloignée de toute essence intellectuelle. Fonctionnant par instinct, les artistes expriment leur mal être face à la société germanique qui sombre dans une déchéance latente. Considérés comme des artistes « dégénérés » par les acteurs du national-socialisme qui gagnent en autorité, ils assisteront impuissants à la montée de ce groupuscule extrémiste. Les artistes figures de proue de ce mouvement sont Emil Nolde, Ernst Ludwig Kirchner et Erich Heckel.

Ernst Ludwig Kirchner, Potsdamer Platz, 1912
Ernst Ludwig Kirchner, Potsdamer Platz, 1912

Ernst Ludwig Kirchner est probablement la figure la plus importante du mouvement Die Brücke. A travers une hypersensibilité exaltée par l’utilisation de formes peu ordinaires et de couleurs acerbes, il évoque une urbanité dévorante de la ville de Berlin.

emilnolde
Emil Nolde, Danse autour du veau d’or, 1910

Emil Nolde est également un peintre représentatif de ce courant. Fortement influencé par Vincent van Gogh, il tire son inspiration du primitivisme ainsi que du mythe du sauvage. Ses œuvres baignent dans une atmosphère psychologique très marquée, ainsi que dans une nature omniprésente et romantique.

Der Blaue Reiter

Der Blaue Reiter, qui apparaît après Die Brücke, est un courant artistique né d’une pensée intellectuelle portée par des penseurs et des philosophes. Ces intellectuels interrogent les limites de l’œuvre et son autorité même. Ce mouvement plutôt théorique tient ses origines de la culture romantique germanique du Gesamtkunstwerk mais également du mouvement Die Brücke. Cette bulle expressionniste sera courte, de 1912 à 1914. Elle comptera comme artistes principaux Wassily Kandinsky, Gabriele Munter, Franz Marc, August Macke et Alexej von Jawensky.

Wassily Kandinsky, Paysage avec cheminée d’usine, 1910
Wassily Kandinsky, Paysage avec cheminée d’usine, 1910

Wassily Kandinsky décrit le mouvement Der Blaue Reiter ainsi: « Le bleu est la couleur de la spiritualité : Dans sa recherche pour y arriver à travers l’abstraction de formes et l’utilisation symbolique de la couleur, nous voyons l’influence des doctrines théosophiques visant à comprendre l’essence divine dans le monde, résultat de l’union du divin avec la matière. Dans cette œuvre qui anticipe la couverture de l’almanach on aperçoit la figure mythique du chevalier, qui contient aussi des éléments de la culture et traditions russes. Le chevalier est une figure mythique dans l’imagerie médiévale, récupérée par le Romanticisme, dans le contexte de la réévaluation des traditions, des mythes et légendes populaires. »  

Franz Marc Chevaux Bleus 1911 peinture expressionnisme
Franz Marc, Les grands chevaux bleus, 1911

Différences et Similitudes

Il y a une différence géographique nette entre les deux courants. Die Brücke est plutôt affilié à Dresde et Berlin, tandis que Der Blaue Reiter était plus concentré à Munich.

Cependant, ils ont des points communs picturaux très forts. Tout d’abord, ils partagent la reprise de l’esthétique du bestiaire, l’utilisation des couleurs franches, presque criardes. Cet esthétique rappelle le fauvisme, avec un style figurative employant une distorsion exagérée. Paradoxalement, les peintures du Blaue Reiter utilisent une gamme de couleur plus forte et expressive, ce qui lui confère une sensibilité plus exacerbée que les œuvres de Die Brücke. Les artistes du courant Die Brücke sont d’une rationalité relative à leurs œuvres, où formes et figures sont plus distordues.

Malheureusement, le fléau qu’est la Première Guerre Mondiale emporte Franz Marc et August Mack, tandis que Kandinsky et Jawlensky sont forcés de rentrer en Russie. Cela met définitivement fin aux activités de ces mouvements artistiques d’avant-garde du début du XXème siècle.  

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