Comment les artistes contemporains remettent-ils la nature morte au goût du jour ?

La nature morte contemporaine : Amy Nelder
Amy Nelder, Not a Fragile Flower, 2021

Qu’est-ce que la nature morte et d’où vient ce désir de représenter les objets du quotidien ? Si l’avantage de l’immobilité était évident il y a plusieurs siècles, l’art de la nature morte contemporaine est un choix revendiqué. Héritage de la peinture hollandaise des XVIème et XVIIème siècle, la nature morte contemporaine se caractérise par sa focalisation sur un réalisme concret. Glorification de la banalité, jeu entre réalité et artificialité, ou critique frontale de la surconsommation… Artsper vous propose aujourd’hui de découvrir les nombreux visages de l’art de la nature morte contemporaine.

La nature morte, une glorification de la banalité

L’art de la nature morte est avant tout défini par la représentation d’objets ayant une double caractéristique. D’un côté, ils sont inanimés et de l’autre, ils font partie de la vie quotidienne. De nombreux artistes vont pousser à son paroxysme cette caractéristique, de façon à en faire un parti pris. Ainsi, l’ultra modernisme des sujets représentés est une réappropriation radicale du style de la nature morte. Il dépoussière ce genre artistique d’un coup de pinceau contemporain, tantôt humoristique, tantôt revendicatif.

La peintre Amy Nelder utilise cette démarche dans ses œuvres contemporaines de « pop trompe l’œil ». À l’aide d’une imagerie propre à notre société – rouge à lèvres, boîte de céréales industrielle, produits ménagers ou figurines de superwoman – elle détourne, ridiculise, glorifie le quotidien. Explorant un tout autre style, le collectif PUTPUT associe l’organique et le synthétique pour dénaturer des objets triviaux. Dans la série Inflorescence, les deux artistes contemporains s’amusent à réaliser des compositions florales mêlant de véritables plantes et des accessoires ménagers. Nature poussée à une mort artificielle ou artifice devenu vivant ? Un jeu sur les formes, les symboles et les significations prend forme. Et par son regard poétique, il dialogue étrangement avec la complexité – et parfois l’absurdité – de notre monde moderne.

La nature morte : le collectif PUTPUT
PUTPUT, Inflorescence, 2012

L’hyperréalisme dans l’art de la nature morte, créateur d’artifice

À l’instar des grands maîtres de la peinture flamande, la nature morte s’amuse toujours d’un antagonisme qui lui est propre. Car c’est par l’acte de représentation d’un sujet périssable que les artistes figent ledit objet dans l’immortalité. Ils jouent ainsi sur une tension entre abstraction, réalisme et hyperréalisme. Cela permet à certains artistes de franchir les frontières du réel, pour artificialiser les objets du quotidien.

Cette intention artistique est brillamment illustrée par Felix Dobbert dans sa série Still Under Construction. Il y photographie des objets périssables, dénués de la moindre imperfection. Lisses et entourés d’emballages industriels, les fruits immortalisés semblent aussi calibrés que le gobelet qui trône à leurs côtés. 

L'art de la nature morte, Felix Dobbert
Felix Dobbert, Still Under Construction, 2004

Encore plus exagérées, les natures mortes d’Ania Wawrzkowicz mettent en avant une perfection des textures qui semble trop merveilleuse pour être vraie. L’artiste met en œuvre l’absence de défaut et la preuve photographique de cette matérialisation parfaite. Et par cet assemblage, les objets pourtant réels se couvrent d’artifices, parfois chimériques.

Une dénonciation de comportements excessifs

Entre les sculptures céramiques gargantuesques de Bachelot & Caron, les « tableaux-pièges » de Daniel Spoerri et les œuvres de de Till Rabus… Si la nature morte contemporaine devait se résumer en quelques mots, elle serait un cri d’alarme. Par l’amoncellement ou le détournement d’objets de consommation modernes, ces artistes dénoncent les dérives des excès humains et de la surconsommation.

Daniel Spoerri, Restaurant, 2014

Avec ses photographies ou peintures représentant des objets organiques et périssables, l’art de la nature morte parle avant tout des effets du temps qui passe. Peut-être est-ce en cela que la nature morte contemporaine dialogue tant avec celle du passé : malgré les évolutions sociales et économiques, le rejet de l’éphémère reste. Car qu’importe l’époque, l’usage d’objets périssables – artificialisés ou détournés – ne traduit-il pas la difficulté à accepter notre propre finitude ?

Vous devriez aimer…