Quelles inspirations se cachent derrière 5 célèbres œuvres d’art sur la danse ?

Les dessins analytiques de Wassily Kandinsky
Les dessins analytiques de Wassily Kandinsky

Par son dynamisme, la danse se retrouve souvent à l’opposé d’autres formes artistiques, comme la photographie ou la peinture. Ces derniers obtiennent un moment fixe et éphémère, alors que la danse est centrée autour de la fluctuation et de l’instabilité. Il n’est donc pas surprenant que l’union de ces deux formes d’art trouve une convergence. Afin de décrypter 5 chefs-d’œuvre qui célèbrent la danse, Artsper vous dévoile ce qui les a inspirés… Alors, prêt.e. à plonger dans l’art de la danse ?

1. Henri Matisse, La Danse

Henri Matisse, La danse, 1909-10

La danse, l’un des exemples les plus célèbres de la période fauve de Matisse, n’utilise que trois couleurs : le vert, le rouge et le bleu. Évoquant les teintes de la Méditerranée, cette palette s’inspire du vert des pins et du bleu infini du ciel. Néanmoins, l’œil se dirige immédiatement vers la danse-tourbillon. Les corps des danseurs tournent en rond, suivant la même chorégraphie que « la Sardana », une danse traditionnelle catalane. Ce chef-d’œuvre de l’art contemporain aurait été inspiré par un groupe de pêcheurs, suivant cette danse cyclique sur une plage de Catalogne.

Groupe qui danse la "Sardana"
Groupe qui danse la « Sardana »

Cette danse s’effectue traditionnellement en entrelaçant les mains, pour former un cercle tourné vers l’intérieur. À partir de là, les danseurs effectuent une variété de pas en fonction du tempo. Lorsque plusieurs cercles se forment, la danse peut se faire à des rythmes et des vitesses différents. C’est précisément ce que Matisse met en scène dans son tableau : le mouvement, le dynamisme et la circularité.

D’ailleurs, de nombreux artistes se sont inspirés de cette approche. Jérôme Mesnager en est un exemple notable avec sa fresque rue Ménilmontant à Paris, reprenant la même danse circulaire. 

Peinture murale de Jérôme Mesnager, rue Ménilmontant à Paris
Peinture murale de Jérôme Mesnager, rue Ménilmontant à Paris

2. Agnès Godard, My Favorite Dance

Célèbre directrice de la photographie dans le cinéma, Agnès Godard apporte une vision unique à sa pratique photographique. S’appuyant sur des années d’expérience dans le 7ème art, son approche est à la fois technique et fluide, pleine de mouvement et pourtant figée dans le temps. Pour sa dernière série « My Favorite Dance », Godard est partie d’une danse. Elle a d’abord écrit quelques lignes, puis choisi des acteurs, leur présentant les dessins et aquarelles de Rodin. Le reste s’est fait par improvisation, par intuition. 

Agnès Godard, My Favorite Dance - Série 4 #2, 2015
Agnès Godard, My Favorite Dance – Série 4 #2, 2015

En regardant ces œuvres l’une à côté de l’autre, l’influence de Rodin n’est pas difficile à percevoir. Les figures délicates créées par des lignes douces se reflètent comme dans un miroir.

Auguste Rodin, Femme nue debout, de face (aquarelle et crayon sur papier)
Auguste Rodin, Femme nue debout, de face (aquarelle et crayon sur papier)

Pourtant, l’approche de Godard envers la photographie reste très autoréflexive, remettant en question le processus lui-même. C’est par l’expérimentation que l’artiste obtient l’effet éphémère et flou de cette série. Avec une carrière cinématographique, ce n’est pas un hasard si la superposition et le recadrage font naturellement partie de sa méthode. Elle sublime ses œuvres de danse, jusqu’à ce que l’on ne sache plus s’il s’agit de tableaux ou de photographies…


3. JR, New York City Ballet

JR au Lincoln Center de New York
JR au Lincoln Center de New York

En 2014, le street art rencontre le New York City Ballet. Grâce à son fameux mélange de photographie et de collage, JR met en place une installation pour le célèbre Lincoln Center. En travaillant avec les danseurs du New York City Ballet, son objectif était de créer un œil à grande échelle, entièrement fait de papier et des danseurs eux-mêmes. Une fois qu’il a obtenu ces images, il les a installées sur le sol de l’atrium du Lincoln Center. 

oeuvre d'art JR danse New york city ballet
L’incroyable œuvre d’art de JR au Lincoln Center

Couvrant la totalité du sol, JR voulait que cette installation prenne des proportions monumentales. Ce projet à grande échelle devait inciter le public à quitter les sièges qui leurs étaient réservés pour se déplacer vers le haut, vers les sièges moins chers. Comme pour la plupart de ses œuvres, JR a voulu défier les normes en déconstruisant la hiérarchie du public des ballets. Sa collaboration avec le New York City Ballet a poussé les spectateurs à quitter leur place, leur point de vue, et à explorer une manière plus démocratique de vivre la danse.

4. Wassily Kandinsky, Graphical scheme of the jump

Gret Palucca par Charlotte Rudolph
Gret Palucca par Charlotte Rudolph

Sans appareil photo ni coups de pinceau, Wassily Kandinsky a pourtant réussi à figer la danse par l’éternité. Comment ? À travers des croquis épurés et minimalistes ! Avec Graphical scheme of the jump, il traduit la complexité du mouvement par une forme linéaire, donnant à son œuvre une dimension technique. Intrigué par l’esthétique de la danse, il étudie Gret Palucca, une danseuse expressionniste allemande, muse des artistes du mouvement Bauhaus. Le dynamisme de Palucca fascine Kandinsky, qui retrace sa méthode de son mouvement dans ses « dessins analytiques ».

Graphical scheme of a jump, Wassily Kadinsky danse
Graphical scheme of a jump, Wassily Kadinsky

Les dessins inspirés de Palucca s’appuient à l’origine sur des photographies de Charlotte Rudolph, montrant la danseuse en plein vol. Son style de danse était souvent assimilé au Bauhaus, convenant parfaitement à l’esthétique du mouvement et à son approche vis-à-vis des formes. Par son style géométrique, Kandinsky décompose la figure en un ensemble de lignes, réduisant l’exubérance de Palucca à son essence. Il suffit de regarder le bout des doigts énergiques de la danseuse, traduits par cinq simples points…

5. Alex Katz, Red Dancers

Reconnu pour ses portraits, l’artiste américain s’est aussi inspiré de la danse tout au long de sa carrière. Pour Alex Katz, sa collaboration avec le danseur et chorégraphe moderne Paul Taylor a joué un rôle essentiel. Katz ne s’est pas limité à la simple peinture des danseurs. Il s’est intéressé aussi aux costumes et aux décors. Tout au long de leur relation, les deux artistes ont appris l’un de l’autre, appréciant la convergence de leurs deux genres distincts.

Portrait de Paul Taylor par Alex Katz danse
Portrait de Paul Taylor par Alex Katz

Avec sa série « Red Dancers » de 2018, Alex Katz explore à nouveau ce sujet, en s’intéressant cette fois à la fragmentation et au geste. Grâce à sa méthode de recadrage, l’artiste obtient un effet particulier, typiquement du paysage médiatique moderne. Le fait de figer ces figures dans le temps et de les isoler sur plusieurs toiles est censé refléter la fragmentation de nos jours par le biais de la technologie. Plus précisément, c’est une manière de percevoir comment les images corporelles sont projetées et déformées à travers différents médias.

Alex Katz, Red Dancers, 2018
Alex Katz, Red Dancers, 2018

Bien que cette série date de 2018, on voit bien comment cette critique résonne aujourd’hui, avec le succès récent de TikTok et ses célèbres routines de danse courtes et fracturées.

Quand les danseurs se tournent vers l’art…

Il y a bien sûr des cas exceptionnels où les danseurs eux-mêmes se tournent vers d’autres médiums afin de véhiculer leurs messages autrement. On en trouve un exemple parfait dans les œuvres d’Enfant Précoce, un artiste français qui prend une approche interdisciplinaire à travers plusieurs formes.

L’artiste n’a jamais choisi entre sa caquette de peintre et de danseur, exprimant son premier amour, le mouvement, à chaque coup de pinceau. Par la couleur et son style autoproclamé enfantin, Enfant Précoce mêle ses inspirations : la danse, la peinture, la mode, etc. Ses influences se manifestent dans ses collaborations, notamment avec la compagnie de danse « La Marche Bleue » par exemple et sa marque de vêtements partenaire  « Walk in Paris ».

danse Enfant Précoce La Marche Bleue
Enfant Précoce avec La Marche Bleue

Une dernière danse

En art comme en danse, le mouvement se retrouve au centre de tout. Pour Enfant Précoce, c’est ce qui contribue à ses contes et à la fantaisie de son univers, comme une sorte d’invitation infinie pour explorer l’enfant caché en nous. Chez les photographes, la danse défie les aspects les plus techniques du processus, obligeant l’imposition d’un cadre aux mouvements les plus fluides… Chez les peintres, elle est un sujet de choix, qui a inspiré les plus grands noms comme les artistes contemporains.

Si votre passion pour la danse n’est toujours pas assouvie, pas d’inquiétude ! Artsper vous propose une brève histoire de la danse dans l’art, de Degas aux expressions contemporaines…