Décryptage de 3 visions d’artistes en plein confinement

Visions d'artistes en plein confinement artsper

Le confinement est-il propice à la créativité ? Sacrée question… Pour tenter d’y répondre, Artsper vous confie trois visions d’artistes. Plongez dans les coulisses de trois œuvres, réalisées pendant cette période et décryptées par leurs auteurs eux-mêmes. C’est parti pour une immersion dans les œuvres de Dano Masala, Jone Hopper et Peter Mammes, à la fois témoignages intimes et reflets de questions universelles.

Une œuvre émotionnelle et introspective : Self Confinement de Dano Masala 

Dano Masala Self Confinement 2020
Dano Masala, Self Confinement, 2020

Si l’idée de cette peinture est antérieure à la crise, elle n’en est pas moins nourrie par la situation, nous explique l’artiste Dano Masala : « Suite à un voyage à l’île de la Réunion et à l’île Maurice, de premiers flashs m’apparaissent pour cette peinture : compositions, couleurs, formes et motifs. Je commence à peindre au tout début de la crise Covid-19, la tension est alors palpable dans les médias, Wuhan est mise en confinement suite à la propagation d’un virus. Face à ma toile, j’ai déjà une idée globale de la peinture et de son sujet. L’expérience d’un confinement strict de toute une population m’inspire le titre de cette toile : Self confinment, Le confinement de soi ».

Cette œuvre attire irrésistiblement notre regard grâce à l’attitude du personnage central et la grande place laissée à la couleur rouge. Une volonté de la part de l’artiste, qui souhaite ainsi encourager l’identification des spectateurs, leur compréhension de l’œuvre, et plus encore, dans « leur implication dans un processus d’évolution psychologique et spirituelle ». 

Une toile, qui s’inspire directement du vécu, des ressentis et expériences de l’artiste mais nous invite aussi à l’introspection. En effet, Dano Masala nous confie que « cette peinture est la mise en image de ce que l’on appelle des « grungies » dans l’univers de la communication transformative. Les grungies sont des jeux émotionnels que notre inconscient a mis en place pour se protéger, lors de notre enfance et tout au long de notre vie. Comme un réflexe de survie au départ, ils deviennent des fardeaux, des cages et des barrières à notre moi intérieur, à notre véritable identité ». 

C’est pour représenter ces « grungies » que l’artiste a choisi de faire prédominer le rouge, qui peut être comparé à la condition du personnage, prisonnier de lui-même et de ses émotions passées. Ce fond représente ainsi « l’étape fastidieuse, et source de souffrance, qui consiste à nous débarrasser de nos déchets ». À l’inverse, la partie haute, composée de motifs, est pour lui la résultante de ce processus, une façon de montrer que l’on peut « sortir la tête de l’eau et que le monde s’ouvre à nouveau à soi, un monde plus clair et coloré ou l’on va pouvoir être qui l’on est ».

Ainsi cette toile, à la manière d’un chemin que chacun d’entre nous peut entreprendre avec lui-même, ouvre un message d’espoir en cette période complexe. Elle a d’ailleurs une signification particulière pour l’artiste. Il nous précise que « même si elle s’inscrit dans la continuité de mon discours artistique, c’est la première œuvre où je représente l’un des états « difficiles » , « sombres », que les êtres humains peuvent traverser ». 

Nous vous invitons à découvrir les autres œuvres de cet artiste sur Artsper. Dano Masala est notamment représenté par la Galerie Superposition à Lyon, qui soutient depuis sa création en 2016 l’émergence artistique locale par le biais de rendez-vous phares (expositions, festivals dédiés aux arts urbains, projets d’occupation artistique dans l’espace public).

Une œuvre instinctive et intime : Confined in a red room de Jone Hopper  

Jone Hopper Confined in a red room 2020
Jone Hopper, Confined in a red room, 2020

Cette œuvre, réalisée à la fin de la première semaine de confinement, retranscrit parfaitement une sensation d’isolement et de solitude, « un moment de pause qui finalement nous invite à se concentrer sur soi » explique l’artiste Jone Hopper. C’est un témoignage à sa manière, grâce à la peinture de « la réalité à peine croyable qui a bouleversé l’humanité entière, nos habitudes, nos libertés. L’humain est ainsi confronté à sa conscience, à ses doutes, à son espace environnant qu’il redécouvre mais aussi à ses espoirs d’un futur meilleur » précise l’artiste.

Une toile spéciale, car pour la première fois il s’est senti seul lors de la création. Et pourtant, Jone Hopper est un habitué de l’isolement, travaillant à son atelier de 8h à 20h tous les jours, quasiment sans voir personne. Mais la grande différence cette fois-ci vient d’une « impression de ne pas avoir le choix, ce qui est le plus perturbant. D’habitude je fuis l’effervescence de la ville, ses bruits, ses gens, sa folie, mais je sais que je suis entouré et que je peux être au côté de mes proches de mes amis quand je le souhaite ». Un sentiment sans aucun doute partagé par la plupart en ce moment !

À la manière d’un journal intime, cette œuvre met en valeur les sentiments de l’artiste face au confinement : « Un évènement inattendu et donc par essence indéfinissable, une situation ou les mots ne suffisent pas, ne me suffisent pas.» Si les mots ne suffisent pas, sa peinture elle, traduit parfaitement ses émotions.

En effet, le format portrait donne instantanément au spectateur cette sensation d’être dans une pièce étroite, avec peu de liberté de mouvement. Le fond rouge, qui nous rappelle l’œuvre de Dano Masala, a été choisi par l’artiste pour son ambiguïté, cette couleur faisant autant appel à l’amour qu’à la colère. « Pour moi elle fait aussi référence à David Lynch à la fameuse Chambre rouge qui nous plonge dans un univers hallucinant et halluciné » précise Jone Hopper. Une technique que l’on retrouve également chez d’autres grands noms du street art français.

Cette œuvre n’a pas pour objectif de véhiculer un message, mais d’induire une sensation, de permettre au spectateur de se l’approprier avec son vécu et son histoire, de le faire réfléchir à la façon dont il vit confronté à lui-même, privé d’une part de sa liberté élémentaire. Cette œuvre s’inscrit d’ailleurs dans la continuité du travail actuel de l’artiste. Jone Hopper peint à l’instinct, suivant ses humeurs et ses envies, en associant l’acrylique, l’aérosol et le pastel à l’huile. Une manière pour lui de « garder des repères dans un moment bouleversé ». 

Les mots de la fin on les laisse à l’artiste : « Je conclurai avec cette phrase de Francis Bacon “Un homme n’est que ce qu’il sait”. Je pense que cette période trouble, cet événement extraordinaire, doit nous amener à interroger nos consciences, scanner notre société pour en tirer un futur meilleur ». 

Vous pouvez notamment retrouver ses œuvres sur Artsper et à la Galerie é, basée en Suisse, qui a pour vocation d’installer un lien unique entre l’artiste et le public pour rendre les émotions accessibles à chacun.

Une œuvre exaltée et engagée : Healthcare de Peter Mammes

Healthcare Peter Mammes
Peter Mammes, Healthcare, 2020

Cette œuvre réalisée par l’artiste Peter Mammes se différencie des deux précédentes car elle n’est pas une peinture mais un dessin. Néanmoins, elle est aussi un témoignage, l’expression de la vision de l’artiste sur le confinement, comme il nous le raconte lui-même : « J’ai fait ce dessin confiné dans mon studio à Londres la première semaine d’avril 2020. C’est ma réponse par rapport aux tâtonnements et à l’incompétence que j’ai vus autour de moi, mais aussi une façon de représenter l’héroïsme et les sacrifices que les gens font en ce moment ».

Ainsi, ce dessin est une représentation du confinement et de la quarantaine dans lesquels l’artiste, mais également toute la société, se trouvent actuellement. Une œuvre qui n’est pas le fruit d’une introspection intérieure comme celles de Dano Masala et Jone Hopper mais bien une réaction face à la situation et à « la façon dont le gouvernement et les politiciens l’ont gérée » explique Peter Mammes. Une prise de position qui n’est pas si surprenante de sa part ! 

« Mon travail a toujours traité du doute face à l’autorité. Je veux partager mon sentiment de désillusion avec le spectateur, les émotions de désespoir et de colère que je ressens envers les mensonges qui nous ont été racontés, les récits qui nous ont été imposés par les gouvernements et les fonctionnaires. Je crois que le confinement a vraiment mis en évidence l’incompétence totale et l’ineptie des figures d’autorité ».

Pour mieux souligner ce ressenti, Peter Mammes choisit de se concentrer sur la sobriété du seul dessin, comme il nous l’explique « Je crois à la pureté des lignes noires. Le dessin a toujours été au cœur de mes pensées et de mon travail, et je consacre un effort particulier à perfectionner et simplifier le travail des lignes ». Mais il a également réalisé des œuvres en couleur, que nous vous invitons à découvrir sur Artsper.

Au final, le spectateur est face à un dessin engagé, qui porte avec lui un témoignage de l’actualité et une prise de position forte de la part de l’artiste. Une œuvre qui s’inscrit complètement dans la continuité du travail et des sujets de prédilection de Peter Mammes, telle « la quintessence de mon travail » conclut l’artiste.

L’art comme un témoignage 

Ainsi les artistes, partout dans le monde, ont vécu l’annonce du confinement comme un choc. Conclusion ? Une impression de rupture et des sentiments mêlés, entre doute, colère et espoir, qui viennent nourrir leurs visions d’artistes et travaux actuels. Avec des médiums, des sensibilités et des méthodes différentes, chacun livre son ressenti sur une situation complexe et inattendue. Grâce à ces trois œuvres, décryptées par les artistes eux-mêmes, Artsper vous partage leurs émotions, mais aussi la façon dont le confinement a impacté leur travail au quotidien. Et vous, de quelle œuvre vous sentez-vous le plus proche ?

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