Rencontre avec Caroline Veith, artiste virtuose du papier

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La semaine dernière, lors du vernissage de son exposition à la galerie Claire Corcia, nous avons pu rencontrer Caroline Veith et lui poser quelques questions sur ses oeuvres, que vous pouvez également retrouver sur notre site!

 

{Artsper} : D’où vous est venue cette vocation d’artiste-peintre ?

{Caroline Veith}: Le souvenir le plus lointain date des années 70. J’avais 12 ans. Avec mon professeur de dessin nous pouvions entrer dans le Musée des Arts Décoratifs, rue de Rivoli, en passant par les coulisses… Nous dessinions par terre les détails d’une immense tapisserie du Moyen Age, des fleurs aux couleurs pâles, délicates… Je n’ai pas cessé ensuite de rechercher le même plaisir, le même besoin de me couper du monde, et de créer.

 

{Artsper} : Vos peintures se rapprochent de l’abstrait et de l’art naïf, pouvez-vous nous en dire plus sur ce choix ?

{Caroline Veith}: L’abstraction me permet dans un premier temps de construire l’espace dans lequel je vais créer mon monde. Je préfère ne pas mettre en scène une histoire, mais plutôt rythmer, couvrir, effacer des formes, des couleurs, des traits. Par une sorte d’écriture automatique je m’égare dans les strates de ma mémoire. Les formes figuratives qui viennent petit à petit envahir l’œuvre peuvent ensuite donner à penser qu’il s’agit d’art naïf. Le terme « art naïf » me semble ici mal choisi. Parlons plutôt d’écriture spontanément narrative.

 

Dent pour dent © Caroline Veith

Dent pour dent © Caroline Veith

 

{Artsper} : Vous utilisez finalement assez peu de couleurs dans vos tableaux, y préférant plutôt le noir et blanc et les changements de matière/épaisseur pour figurer vos personnages, pourquoi ce choix ?

{Caroline Veith}: Le noir et blanc est naturellement pour moi une façon plus directe d’aller à l’essentiel. Mais il n’y a pas de règle décidée à l’avance. Parfois je démarre à la plume et à l’encre de Chine, sur des calques qui permettent facilement les superpositions, d’où les effets de matière et de profondeur. A d’autres moments je pratique des collages, assemblages, découpages successifs. Selon mes états d’âme la couleur intervient ensuite ou pas. Dans la production 2014 / 2015 la couleur est revenue en force.

 

{Artsper} : Vos personnages ont parfois beau être très nombreux sur vos toiles, ils ont chacun l’air d’être dans leur propre monde, sans conscience de leur environnement. Pouvez-vous nous expliquer cette représentation de la solitude ?

{Caroline Veith}: Je regarde le monde. Ce sont les gens qui m’intéressent, le quotidien, l’actualité qui m’interpellent. Comme dans un grand tourbillon, la prolifération des personnages traduit peut-être une sorte de vertige du monde actuel. Le propre de l’être humain est d’être seul au monde. L’artiste n’échappe pas à cette condition tout en choisissant de rester libre.

 

{Artsper} : Sur certaines de vos toiles, notamment Jungle ou Tribu Carnivore #1, vos personnages ressemblent aux monstres qu’un enfant pourrait trouver dans ses cauchemars, y-a-t-il une raison particulière à cela ?

{Caroline Veith}: Je ne me souviens jamais de mes rêves ni de mes cauchemars. En revanche, certaines situations quotidiennes se rapprochent du désastre (écologie, les migrants, les guerres dans le monde…). Ce ne sont pas des cauchemars, c’est la réalité. Je tente par des métaphores (plantes carnivores, jungle humaine) de transmettre ce que je ressens.

Jungle © Caroline Veith

Jungle © Caroline Veith

Tribu Carnivore #1 © Caroline Veith

Tribu Carnivore #1 © Caroline Veith

 

{Artsper} : En tant qu’artiste, que pensez-vous de la vente de vos œuvres sur internet ?

{Caroline Veith}: Il faut un cadre et une règle du jeu bien précis. Il faut garder la possibilité de contempler l’œuvre réellement. C’est donc essentiellement une collaboration entre vous, la Galerie Claire Corcia, et moi. Cela permet de mieux faire connaître mes œuvres tout au long de l’année, et d’agrandir le cercle des collectionneurs en lien avec ma galeriste Claire Corcia.

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