Analyse d’un chef d’oeuvre : La Joconde de Léonard de Vinci

Louvre Joconde
Visiteurs devant la Joconde au Musée du Louvre, Paris

Il s’agit du tableau le plus célèbre du monde et pourtant, le monde de l’art n’a que peu de certitudes quant à cette femme à l’énigmatique sourire. Elle passionne autant qu’elle intrigue, et ne cesse de faire parler d’elle par ses secrets autant que par le témoignage magnifique qu’elle offre sur l’époque de la Renaissance. La planète entière la connait et ses amoureux viennent des quatre coins du globe pour s’offrir le rêve mythique d’un tête à tête avec elle, ou plutôt d’une courte entrevue surpeuplée. Face à l’empressement de milliers de visiteurs journaliers pour lui rendre visite, le Louvre a même dû instaurer des réservations obligatoires pour l’admirer lors de sa grande rétrospective consacrée à Léonard de Vinci cette année. A l’occasion du cinquième centenaire de la mort du génie italien, Artsper vous propose de faire plus ample connaissance avec la Joconde, son plus grand chef d’œuvre, et sans doute possible l’œuvre d’art la plus iconique du monde.

L’Histoire

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Le président américain John Fitzgerald Kennedy et son épouse Jackie recevant la Joconde (1962)

Le tableau aurait été commandé en 1503, mais Léonard de Vinci ne s’est finalement jamais séparé de lui ci, et ne l’aurait complètement terminé qu’à la fin de sa vie. Lorsqu’il quitte l’Italie pour devenir le protégé de François 1er à la cour de France, on raconte qu’il ne prend que trois de ses œuvres avec lui, dont sa fameuse Joconde. François 1er lui aurait rachetée en 1518, peu de temps avant que le peintre ne meure au château d’Amboise. La Joconde fit dès lors partie des collections royales. Elle fut exposée au château de Versailles pendant le règne de Louis XIV, puis réquisitionnée par Napoléon Bonaparte pour les appartements personnels de Joséphine, avant de rejoindre la collection permanente du Louvre. Ce trésor, comme une grande partie de la collection du célèbre musée, a dû être mise en sécurité pendant les deux guerres mondiales. On raconte notamment que la Joconde aurait été sauvée des nazis par René Huyghe, conservateur du musée du Louvre à l’époque, qui l’aurait cachée sous son lit pendant son exil. La précieuse Mona Lisa a voyagé outremers pour la premiere fois en 1962, sous la décision d’André Malraux, qui l’a faite envoyer aux Etats-unis, où elle a été reçue par le président Kennedy. Aujourd’hui, trop fragile, le tableau ne quitte plus son musée. C’est donc exclusivement au Louvre que des milliers de visiteurs du monde entier se déplacent chaque jour pour admirer la plus célèbre dame de l’histoire de l’art.

Le Modèle

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Lorenzo di Credi, Portrait d’une jeune femme ou La dame aux jasmins (1485-1490)

Comme toutes les autres œuvres de Léonard de Vinci, la Joconde n’est ni signée de datée. D’après la théorie officielle avancée par l’historien de l’art Giorgio Vasari, La Joconde ou Mona Lisa (madame Lisa en italien ) serait Lisa Gherardini, épouse du seigneur Francesco Del Giocondo, un marchand d’étoffes florentin. Il est néanmoins difficile d’en être certain : Lisa et son époux ne reçurent jamais le tableau, puisque Leonard de Vinci ne s’en sépara jamais. Certains historiens, même aujourd’hui, demeurent sceptiques quant à cette version, et sont encore à la recherche de la réelle identité de la Joconde. Ainsi, Roberto Zapperi, historien italien, a accusé Giorgio Vasari d’avoir inventé l’histoire du portrait de Mona Lisa. Le portrait selon lui serait en réalité celui de Pacifica Brandani, une des maîtresses de Julien de Médicis, fils de Laurent le Magnifique. Vous l’aurez compris, l’identité de la Joconde est un mystère qui suscite les passions et donne lieu à des débats, élucubrations et hypothèses plus ou moins loufoques. Les théories les plus créatives affirment que le visage de la Joconde pourrait être celui d’une prostituée, de la mère du peintre,  ou même d’un homme, celui de Salai, l’apprenti de Léonard. D’autres prétendent qu’il s’agirait de Catherine Sforza, princesse du 15e siècle, que le peintre Lorenzo di Credi avait représenté dans son tableau La dame aux jasmins: les visages sur les deux œuvres seraient superposables. Même si les tentatives pour reconstituer le visage de Lisa Gherardini à partir de son crâne, pour ensuite comparer le résultat au célèbre portrait n’ont pas abouti, Lisa Gherardini a été au cours du xxie siècle, officiellement identifiée comme étant le modèle de La Joconde.

Le visage

La Joconde
Léonard de Vinci, La Joconde (Entre 1505 et 1518)

Son étrange regard nous suit quelque soit l’angle sous lequel on admire la Joconde, et la fascinante expression de son visage est sans doute ce qui fait sa popularité. Mona Lisa s’amuse à nous regarder depuis 500 ans, elle à l’air de nous fixer et même de rire de nous. Là encore de nombreux spécialistes ont émis de multiples propositions pour tenter d’expliquer l’allure si énigmatique de la Joconde. Asthme, problème de dentition, paralysie faciale, dysfonctionnement de sa thyroïde … Les hypothèses médicales ou cliniques sont les plus courantes. Mais le visage atypique de la Joconde pourrait simplement résulter de la dégradation des pigments du tableau au fil des siècles. L’explication la plus charmante avance que l’artiste recourut aux services de musiciens et de bouffons pour divertir la jeune femme quand elle posait : c’est ce qui aurait permis au peintre de saisir le sourire si attrayant de son mythique modèle.

La Technique

sourcils Joconde
Détail du regard de la Joconde, Le Louvre

Une grande étude au début du 21 ème siècle a permis de mieux comprendre la technique de Léonard de Vinci et son fameux effet de sfumato qui fond toutes les lignes du tableau dans une lumière douce. Le sfumato caractérise une manière de peindre en enveloppant les sujets d’une ambiance vaporeuse. A bien y regarder toutes les couleurs de la toile se fondent les unes dans les autres en de subtils dégradés, comme si les contours de la peinture avaient été estompés. La Joconde est composée d’une vingtaine de couches fines, dont certaines sont d’une extrême finesse. Du fait de ce travail minutieux, la surface ne présente absolument aucune trace de pinceau. Malgré son grand âge, la Joconde est plutôt bien conservée, mais il a été prouvé par étude infrarouge que certains détails ont disparu et que ses couleurs se sont ternies : la Joconde avait notamment des sourcils, qui ont été effacés par le temps.

L’icône

Le louvre beyoncé et jay-z
Beyoncé et Jay-Z pour la promotion de leur clip tourné dans le musée du Louvre

Un matin de 1911, au Louvre, on s’aperçoit avec stupeur que la Joconde a disparu. Et quand la nouvelle se répand, les premiers soupçons se tournent vers nulle autre personne que Pablo Picasso et son ami Guillaume Apollinaire ! Mais en réalité, la Joconde a été volée par Vincenzo Peruggia, un menuisier italien : celui-ci la gardera deux ans sur la table de sa cuisine avant d’être découvert et de se faire arrêter. Il était motivé par l’idée, fausse, que la Joconde figurait parmi les toiles pillées par l’armée napoléonienne à l’italie. Si la Joconde était déjà appréciée du public, le retentissement soulevé par son vol l’a rendue véritablement iconique. C’est la première œuvre d’art à intégrer la culture populaire, et elle en demeure le grand symbole encore aujourd’hui. Tout au long de l’histoire de l’art son sourire a inspiré les artistes. Marcel Duchamp, Salvador Dali, Andy Warhol, mais aussi Banksy, Okuda … un nombre considérable d’artistes modernes et contemporains se sont approprié ce portrait mythique.

Warhol Mona Lisa
Andy Warhol, Colored Mona Lisa

Quand on admire la Joconde, une seule certitude nous vient à l’esprit : Léonard de Vinci a mis beaucoup plus que de la peinture dans ce tableau, il y a mis son âme. Si on divise la toile en deux, le visage de la Joconde semble être plus jeune à gauche de quelques années qu’à droite. La preuve, peut-être, que Léonard de Vinci a fait évoluer son tableau, pour en faire l’incroyable chef d’œuvre qu’il constitue pour la postérité.

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