10 choses à savoir sur Alexander Calder

Alexander Calder, l’inventeur de de la « sculpture mobile » et de l’art cinétique… Il est passé maître dans l’art d’équilibrer avec grâce les matériaux industriels et naturels, en les faisant fonctionner en parfaite harmonie. Cet artiste majeur du XXe siècle a changé l’histoire de l’art, en introduisant une forme de sculpture plus délicate. Ayant travaillé aux côtés de Miró, Arman et Mondrian, il est aujourd’hui l’un des artistes les plus populaires du marché. Acclamé par tous les musées les plus réputés du monde, Calder est aussi présent dans les collections les plus prestigieuses. Découvrez 10 choses à savoir sur cet artiste qui a rompu avec les conventions…

Agnès Varda, Calder avec 21 feuilles blanches (1953), Paris, 1954
Agnès Varda, Calder avec 21 feuilles blanches (1953), Paris, 1954

Il est le pionnier de la sculpture mobile et de l’art cinétique

Mobile, métal, bois, fil et ficelle, 1932
Mobile, métal, bois, fil et ficelle, 1932

Alexander Calder est le pionnier du « mobile » que nous connaissons aujourd’hui, et le fondateur de l’art cinétique.  Le nom « mobile » a d’abord été donné par Marcel Duchamp. Cette structure, en équilibre, a rompu avec les conventions habituelles de la sculpture contemporaine. En effet, les sculptures de Calder étaient incroyablement délicates et, surtout, elles étaient… mobiles ! Au départ, ces dernières se déplaçaient grâce à l’utilisation de moteurs. Cependant, elles ont fini par évoluer pour se déplacer sous l’effet de forces naturelles. Les sculptures étaient conçues de manière à capter les courants d’air dans une pièce ou la brise extérieure. Parallèlement à l’introduction de ces « mobiles », sont apparus les « stabiles ». C’est cette fois l’artiste abstrait Jean Arp qui a donné ce nom aux sculptures de Calder. 

Il est connu pour « dessiner dans l’espace »

Kiki de Montparnasse (II), 1930, exposé au Centre Pompidou
Kiki de Montparnasse (II), 1930, exposé au Centre Pompidou

Le terme « dessin dans l’espace » a été utilisé pour la première fois dans le journal français « Paris-Midi ». Cela s’est fait à la suite de l’une des premières expositions personnelles de Calder, en 1929, dans laquelle il a présenté des sculptures en fil de fer. Le terme était d’autant plus approprié pour Calder que ce dernier avait pour habitude de transporter avec lui des bouts de fil de fer et de créer, à l’aide de ces fils, des images de ce qu’il voyait autour de lui. Il est aussi connu pour ses portraits de personnes qu’il rencontrait. Par exemple, celui de l’actrice Kiki de Montparnasse, que l’artiste a rencontré en 1929. Calder était particulièrement attiré par son nez qui semblait « s’envoler dans l’espace ».

Il est issu d’un milieu artistique

Crédits photo: Thomas Powell Imaging, Chien (1909) and Canard (1909)
Crédits photo: Thomas Powell Imaging, Chien (1909) and Canard (1909)

Venant d’une famille d’artistes, il n’est pas difficile de comprendre comment Calder a fini par devenir un pilier du monde de l’art (même si ses parents ne l’ont pas poussé dans cette voie). Son père, également appelé Alexander Calder, était lui-même sculpteur. Il connaissait donc bien les difficultés liées au fait d’être un artiste. Il avait l’habitude d’appeler son fils « l’éboueur » car ses poches débordaient toujours de cailloux, de ficelles et de petits objets.

Calder s’est intéressé à la sculpture et à la modélisation du monde qui l’entoure dès son plus jeune âge. À l’âge de 11 ans, sa sœur lui a acheté une paire de pinces pour Noël. Il s’en est servi pour faire deux petites sculptures en laiton pour sa mère et son père, l’une représentant un canard et l’autre un chien. Le métal est ensuite devenu son support de prédilection. Dans son travail il utilise des bouts de vieux fil et de bois, montrant ansi comment la beauté peut être créée à partir de chutes d’un matériau quelconque.

Il était ingénieur mécanicien avant d’être sculpteur

Crédits photo: Georges Meguerditchian - Centre Pompidou, Joséphine Baker (IV), Danse, 1928
Crédits photo: Georges Meguerditchian – Centre Pompidou, Joséphine Baker (IV), Danse, 1928

Calder a étudié l’ingénierie mécanique à l’Institut de technologie Stevens, dont il obtient le diplôme en 1921. Cependant, c’est en voyant le soleil rouge au large des côtes du Guatemala qu’il s’est souvenu de son éducation artistique.  Il s’est d’abord installé à New York, où il a travaillé comme artiste pour plusieurs journaux. En 1926, il s’installe à Paris, alors plaque tournante de l’art.

Pendant son séjour à Paris, Calder a commencé à dessiner des gens dans les rues et à fabriquer de petites figurines en fil de fer dans sa chambre d’hôtel. L’un des premiers personnages qu’il a créé est Joséphine Baker, qui était connue dans le monde entier pour sa danse, le célèbre Charleston. C’est ce mouvement et cette énergie que Calder a essayé de capturer dans les modèles qu’il a fait d’elle. 

Bien que son travail ne se soit jamais appuyé spécifiquement sur les connaissances acquises pendant ses études, il semble indéniable que ses compétences ont influencé ses sculptures, parfaitement assemblées. Plus tard dans sa carrière, Calder a déclaré « Quand je travaille sur quelque chose, j’ai deux idées en tête. La première est de rendre la chose plus vivante. La seconde est de toujours garder à l’esprit l’équilibre de la chose ».

Il a toujours été attiré par le cirque

 Le cirque de Calder, 1926 - 1931, exposé à la Witney Foundation of Arts
Le cirque de Calder, 1926 – 1931, exposé à la Witney Foundation of Arts

Calder a cherché à représenter et à capturer le mouvement dans toutes ses œuvres, et cela tout au long de sa vie. Cette fascination a commencé alors qu’il vivait à New York. Il a d’ailleurs a assisté aux représentations d’un cirque pendant plusieurs semaines, véritable melting pot de la société. Il y dessinait et peignait les spectacles qu’il voyait, essayant de capter l’animation de l’environnement. L’artiste reviendra d’ailleurs à cette inspiration tout au long de sa carrière.

Après s’être installé à Paris, Calder créa un cirque miniature, fait de fils de fer et de blocs de bois. L’ensemble comprend des personnages tels qu’un haltérophile, un cavalier et un clown. Ces personnages étaient alors animés par Calder, qui tirait différentes ficelles. Sa première représentation a eu lieu dans sa chambre d’hôtel, devant certains de ses amis. L’une de ces représentations a attiré Legrand-Chabrier, un critique de cirque renommé de l’époque. C’est lui qui a été le premier à mettre Calder sous les feux de la rampe, en écrivant un article sur le cirque de Calder, intitulé « Un Petit Cirque à Domicile ». 

En 1929, Calder se lie avec Léonard Foujita, peintre et graveur franco-japonais. Ensemble, ils travaillent sur des spectacles de cirque. Calder fournit le cirque et Foujita la musique. Ces spectacles deviennent de plus en plus populaires, les artistes comme les intellectuels s’y intéressent. Parmi les visiteurs, on compte Kiki, Marcel Duchamp, Jean Cocteau et Man Ray. Le cirque est devenu si populaire, qu’au début des années 30, il est passé de 15 à 200 figurines.

Il a été inspiré par sa rencontre avec Mondrian

Peinture abstraite sans titre, 1930, réalisé après sa rencontre avec Piet Mondrian
Peinture abstraite sans titre, 1930, réalisé après sa rencontre avec Piet Mondrian

En 1930, Calder est invité dans l’atelier de Piet Mondrian à Paris. Ici, il s’inspire des carrés colorés dispersés sur les murs blancs de l’atelier. Avec cette image, complétée par la lumière qui afflue dans l’espace, Calder propose à Mondrian de mettre les carrés en mouvement. Mondrian lui répond : « Non, ce n’est pas nécessaire, ma peinture est déjà très rapide…». Néanmoins, cette rencontre donne envie à Calder de poursuivre le mouvement avec encore plus de vigueur. 

Après sa première rencontre avec Mondrian et sa première rencontre avec l’art abstrait, Calder s’est enfermé dans une peinture qui s’alignait sur cette idée. L’artiste s’est cependant vite lassé de ce médium et a commencé à considérer la représentation figurative comme limitative. Dans son exposition « Volumes, Vecteurs, Densités » à la Galerie Percier, il a présenté des sculptures faites à partir des différents éléments du cercle. À la suite de cette exposition, Calder est considéré comme un concurrent sérieux dans le monde de l’art abstrait.

Les années de guerre ont modifié les matériaux qu’il utilisait pour ses sculptures

Mobile, « Constellation », En bois, fil,  ficelle, et peinture, 1943
Mobile, « Constellation », En bois, fil, ficelle, et peinture, 1943

Les années de guerre ont apporté avec elles une pénurie de métal. Cela posait un problème à Calder qui s’appuyait sur ce matériau pour créer ses chefs-d’œuvre. En général, il découpait la tôle de métal en morceaux, qu’il montait ensuite dans ses mobiles.  Mais la pénurie a aussi entraîné chez l’artiste une nouvelle ère de création. C’est à partir de ce moment qu’il s’est tourné vers des matériaux plus naturels. Le bois et le fil de fer devinrent ses nouveaux outils. Avec ce nouveau médium, Calder créa sa série « Constellations » dans les années 1940.  

Il a fait exposer de multiples structures géantes à travers le monde

« L'Homme », Montreal, 1967
« L’Homme », Montreal, 1967

Plus tard dans sa carrière, Calder a souvent été chargé de créer des structures géantes. Par exemple, « The Red Spider » (1976) et « Spiral » (1958) à Paris, ou « Flamingo » (1974) à Chicago. Pour créer ces structures, il en faisait d’abord des maquettes puis ces dernières se concrétisaient dans l’un de ses studios. L’une des plus grandes de ces sculptures est intitulée « Homme » (1967). Installée à Montréal, elle mesure presque 20 mètres de haut. Ces sculptures monumentales se trouvaient aussi bien dans les villes qu’à la campagne. Elles sont les principaux exemples des « stabiles » de Calder.

Il a un jour collaboré avec une compagnie aérienne

Collaboration avec Braniff International Airways, 1973
Collaboration avec Braniff International Airways, 1973

En 1973, Calder est chargé par « Braniff International Airways » de concevoir l’extérieur d’un avion. Ce projet, connu sous le nom de « Flying Colours », était principalement utilisé pour des vols vers l’Amérique du Sud. L’extérieur de l’avion, au lieu d’avoir le logo de la compagnie aérienne, portait la signature de Calder. En 1975, il est chargé de décorer un autre avion, qui sera connu sous le nom de « Flying Colours of the United States ».

Il toujours refusé d’être défini par un mouvement artistique particulier

« Steel Fish », 1934, est la première des sculptures de Calder à être exposée aux éléments de la nature
« Steel Fish », 1934, est la première des sculptures de Calder à être exposée aux éléments de la nature

Bien qu’il se soit mêlé aux artistes abstraits de l’époque, Calder ne cherchait pas à se définir par un mouvement artistique particulier. Il était d’avis que lorsqu’un artiste se définit (par un mouvement par exemple), ce dernier limite sa personne et son art. Il pensait plutôt que lorsqu’un artiste essayait d’expliquer son travail, il devait remettre en question ses idées. À propos de son propre travail, « Steel Fish » (1934), Calder a déclaré « C’est complètement inutile et dénué de sens. C’est juste magnifique, c’est tout. Il peut vous rendre très émotif si vous le comprenez, bien sûr, s’il avait un sens, il serait plus facile à comprendre ».

De ses portraits originaux en fil de fer à ses sculptures monumentales, les créations de Calder sont le résultat d’une véritable exploration artistique. Il s’est inspiré de tout et de tous ceux qu’il a rencontrés tout au long de sa vie. Cependant, il a réussi à rester fidèle à ses croyances, ce qui lui a permis de créer des sculptures véritablement avant-gardistes. En fin de compte, ces qualités lui ont permis de transformer complètement la sculpture telle que nous la connaissons en une forme d’art plus légère et plus ludique.