Art Abroad: Mexico (2)

Pays trop souvent associé à la violence des cartels, à la drogue et à la corruption, que connait-on, nous européens, de l’art contemporain et au sens large, de l’art au Mexique? En-dehors de Frida Kahlo et de Diego Rivera, pas grand-chose. Si l’art contemporain mexicain critique, s’engage et dénonce, c’est avant tout la dimension sociale qui est omniprésente: l’histoire, le peuple, le souvenir, la mémoire et l’avenir. Montrer ce qui se passe en dehors de nos frontières, c’est l’ambition de cette rubrique. Aujourd’hui : Javier Marin. 


Connu pour ses nombreuses installations monumentales, Javier Marin est un sculpteur et plasticien mexicain. Né à Uruapan en 1962, il étudie à la San Carlos Academy puis à la prestigieuse UNAM de Mexico où il vit et travaille aujourd’hui. S’il est majoritairement connu pour ses sculptures en bronze et en argile, il travaille avec de nombreux matériaux (fils de fer, résine de polyester) et réalise également de nombreux dessins et gravures.
 

 

Installation ‘Cabeza de Hombre/Cabeza de Mujer”, Museo del Carmen, Mexico (2013)

 

 Regardez attentivement l’œuvre ci-dessous…ces sculptures ne vous rappellent-elles pas certaines oeuvres de l’Antiquité et de la Renaissance aperçues au Musée du Louvres par exemple ? En effet à travers les corps de Javier Marin, on retrouve la pureté des sculpteurs antiques, la vitalité de la Renaissance, le mystère de Michel-Ange et le drame de Rodin. L’être humain tout entier est au cœur des œuvres de l’artiste. Dignes et fiers, ses sculptures palpitent, exhibent leur corps décomposés et recomposés. Loin d’apparaître comme des victimes anonymes et fragiles, ces corps enchevêtrés semblent à l’inverse résister, affirmer leur force et leur identité. Javier Marin appose sur le front, les bras, les cuisses de certaines sculptures, des inscriptions : « desamor » ou encore « no ». Ces marques inscrites dans la chair de ses personnages les extirpent de la masse uniforme et esquissent un peu de leur existence.

 

Installation “Grupo B88X”, Mexico (2010)


Néanmoins, les œuvres de Javier Marin ne peuvent être réduites à une influence européenne. Bien plus complexes, elles s’inspirent de la culture mexicaine et plus précisément des cultures mayas et aztèques. La représentation des visages rappelle en effet les portraits aztèques. L’installation « de 3 en 3 » exposée à la Baule et au Luxembourg en 2012 reflètent parfaitement cette influence. Reprenant le principe du calendrier circulaire maya, Javier Marin en fait une adaptation contemporaine gigantesque et fourmillante de détails.

 

Installation “De 3 en 3”, La Baule et Luxembourg (2012)


Ainsi, les œuvres de Javier Marin se positionnent comme un dialogue entre les traditions artistiques européennes et l’histoire de l’art d’Amérique du Sud. Par exemple, l’installation « Caballos rojos I, II y III » à Mexico en 2012, évoque, selon l’artiste, les conquistadors espagnols débarquant sur le continent amérindien.

 Installation “Caballos Rojos I, II y III”, Mexico (2012)

Avec plus de 70 expositions personnelles et 200 expositions collectives au Mexique, aux Etats-Unis, au Canada et dans plusieurs pays d’Amérique du Sud, d’Asie et d’Europe, Javier Marin est un acteur incontournable de la scène contemporaine mexicaine. A travers ses installations monumentales dans des lieux publics, il interpelle et met en place un jeu symbolique entre l’environnement et les passants.

 

Site internet de l’artiste : http://javiermarin.com.mx/en/

Installation “Tres Esculturales Monumentales”, Puebla (2013)

  

Installation “Seven Heads and three wings”, New York (2009)

Installation “Munequidos” , Mexico (2011) 

Installation “En Blanco/In White”, Mexico (2011)

Installation de nuit “En Blanco/In White”, Mexico (2011)

 

Intérieur de l’atelier de Javier Marin