Analyse d’un chef d’oeuvre : le Cri d’Edvard Munch

Edvard Munch, le Cri (1893)
Edvard Munch, le Cri (1893)

C’est sans doute l’une des œuvres d’art moderne les plus célèbres avec les Campbell Soups d’Andy Warhol et Guernica de Pablo Picasso. Le Cri d’ Edvard Munch est immédiatement reconnaissable : un ciel tourbillonnant dans les tons de rouge et de jaune, un visage déformé et inquiet au premier plan, une bouche grande ouverte, émettant ce que nous ne pouvons qu’imaginer être un son de détresse. Même plus d’un siècle après sa création, ce tableau n’a rien perdu de son pouvoir et continue de résonner dans le monde d’aujourd’hui, paralysant. Témoignage de sa renommée : en mai 2012, Sotheby’s vend la version de 1895 de l’œuvre pour 120 millions de dollars, ce qui en fait à l’époque l’œuvre d’art la plus chère jamais vendue aux enchères. L’œuvre est également très présente dans la culture populaire, allant de l’expression de Kevin McCallister dans l’affiche du film Maman, j’ai raté l’avion, à l’emoji que nous utilisons tous. Dans cet article, Artsper vous aide à décoder cette œuvre iconique : vous pourrez bientôt impressionner par vos nouvelles connaissances vos amis et votre famille !

Ce tableau a été inspiré par une vision

Edvard Munch, Mélancolie (1894)
Edvard Munch, Mélancolie (1894)

Le Cri est essentiellement un travail autobiographique basé sur une vision qu’a eu Munch alors qu’il se promenait avec deux de ses amis. Il explique l’inspiration de son travail dans une page de son journal datée du 22 janvier 1892. Il écrit à propos de sa vision : « tout d’un coup le ciel devint rouge sang (…) je m’arrêtai, fatigué, et m’appuyai sur une clôture (…) il y avait du sang et des langues de feu au-dessus du fjord bleu-noir et la ville (…) mes amis continuèrent, et j’y restai, tremblant d’anxiété (…) je sentais un cri infini qui passait à travers l’univers. »

Le ciel tourbillonnant aux couleurs vives et oppressantes et le paysage mouvant rappellent cette vision décrite par Munch. L’artiste peint un monde qui semble échapper à tout contrôle. Le personnage, dont le corps imite les déformations du paysage, est fermement ancré dans le chaos qui l’entoure. La linéarité du pont qui traverse l’image de droite à gauche est un contraste frappant avec ce paysage animé. De même, les deux personnes à l’arrière-plan, peut-être des représentations des deux amis de Munch, semblent, dans leur verticalité, indifférents eux aussi au cri de l’artiste. La séparation entre ces deux parties de l’image semble indiquer que les distorsions du paysage et de la personne ne sont peut-être pas visibles mais bien ressenties, comme le décrit Munch dans son journal. Cela nous donne le sentiment que l’œuvre représente une lutte interne de l’artiste, entre anxiété et confusion.

Un mal être intérieur exprimé grâce à l’art ?

Edvard Munch, l'enfant malade
Edvard Munch, l’enfant malade (1885) – oeuvre à propos de la maladie de sa soeur Sophie, décédée de la tuberculose

Une série de tragédies marque Munch tout au long de sa vie. Sa mère et sa sœur meurent de la tuberculose quand il est adolescent. Son père souffre de dépression, une autre de ses soeurs souffre d’une maladie mentale et son frère décède jeune. Munch lui-même avait une santé fragile et souffrait d’alcoolisme. On explique ainsi souvent l’expressionisme de l’artiste par ces éléments de son existence. Mais en réalité, l’explication n’est peut-être pas si simple.

Munch était un artiste et un penseur, certes préoccupé par sa propre vie, mais aussi par la société et le monde qui l’entourait. Le mouvement symboliste de l’époque incitait les artistes à l’introspection pour trouver l’inspiration. De plus, à cette époque, fin 19ème siècle, la psychiatrie et la psychanalyse sont en pleine expansion. Ces nouvelles disciplines offrent de nouveaux moyens pour comprendre la nature humaine, et ont probablement inspiré Munch pour son œuvre.

Cette peinture demeure une représentation assez claire des sentiments de Munch. Mais elle ne se limite pas à cela. La figure centrale, impersonnelle, pourrait indiquer le désir de l’artiste d’étendre sa réflexion à un public plus large.

Autres explications

momie péruvienne chachapoya
Musée de l’Homme, momie péruvienne chachapoya

Les historiens de l’art ont essayé d’expliquer le Cri de diverses autres manières. Par exemple, certains disent que les couleurs vives du ciel sont inspirées des impressionnants couchers de soleil qui se sont produits dans le monde entier après l’éruption d’un volcan en Indonésie. D’autres affirment que le personnage serait une imitation d’une momie péruvienne dévoilée à l’exposition universelle de 1889 à Paris.

Muncha créé quatre versions du cri

Les quatre versions du Cri
Les quatre versions du Cri. Photo via journals.ametsoc.org

Munch a créé quatre versions uniques de la scène ainsi qu’une version lithographique en 1895. L’artiste achève son premier cri, ​réalisé à la tempera, à la peinture à huile, et au pastel sur carton en 1893. Munch a ensuite créé deux versions au pastel en 1893 et ​​1895, suivies quelque temps plus tard par une peinture à la tempera. Munch s’intéressait beaucoup aux possibilités d’expression des différents médiums. Son utilisation fréquente du même sujet montre à quel point l’œuvre et ses thèmes, des sujets tels que la vie, la mort et l’anxiété, le préoccupèrent durant toute sa vie.

Munch reviendra rarement à ce style déformé dans ses oeuvres

Edvard Munch Paysage Kragerø
Edvard Munch Paysage Kragerø (1912)

En dépit de son obsession pour cette scène pendant plusieurs années, Munch a rarement réutilisé ce style très déformé pour ses autres œuvres. Certes, l’artiste était profondément troublé à la fois par sa vision et par son oeuvre. Sur l’une des versions, Munch a même écrit «ne peut avoir été peinte que par un fou». Pourtant, pendant cette période Munch a continué de peindre des portraits d’amis et de famille tout à fait inoffensifs. Il réalisait aussi des paysages sages et calmes, bien loin de la folie du cri.

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