10 choses à savoir sur Christo et Jeanne-Claude

Christo et Jeanne-Claude devant The Running Fence, Californie, 1976

Christo et Jeanne-Claude, Jeanne-Claude et Christo, jamais l’un sans l’autre. Le duo artistique a été tragiquement séparé en 2009, suite au décès de Jeanne-Claude. Aujourd’hui, Christo perpétue la flamme créative du couple avec des oeuvres monumentales toujours aussi impressionnantes. Voici 10 choses à savoir sur Christo et Jeanne-Claude, le couple mythique du Wrapping en plein air. 

1. Ils sont nés le même jour ! 

Christo et Jeanne-Claude dans le studio de Christo, New York, 1976

Comme prédestinés à se rencontrer, Christo Vladimiroff Javacheff et Jeanne-Claude Denat de Guillebon sont nés le même jour, possiblement à la même heure. En effet, le 13 juin 1935, le monde accueille à plusieurs milliers de kilomètres d’écart, deux nourrissons qui deviendront plus tard, le couple star que nous connaissons aujourd’hui. Lui, naît à Gabrovo, en Bulgarie. Et elle, à Casablanca, au Maroc.

2. Un début de carrière sans un sou

Christo, Portrait de Précilda de Guillebon (mère de Jeanne-Claude), Paris, 1959

Après avoir fui la Bulgarie, Christo débarque à Paris. Il débute sa carrière sans un sou en poche. Afin de survivre, il lave des voitures, fait la vaisselle dans les restaurants, et peint. Il avait effectivement trouvé un moyen de récolter beaucoup d’argent, beaucoup plus vite, en mettant à profit ses trois années d’études à l’Académie des Beaux-Arts de Sofia. Ainsi, il peignait des portraits à l’huile qu’il signait de son nom, Javacheff. En 1958, on lui commande le portrait de la mère de Jeanne-Claude. Il rencontre alors sa future épouse et partenaire artistique. 

3. Christo est/était le seul à dessiner

Christo, Wrapped Automobile, 2015

Dans ce couple atypique, il y avait seulement trois choses qu’ils ne faisaient pas ensemble. La première, dessiner. Christo est celui que l’ont pouvait plus facilement qualifier “d’artiste” car il était le seul à réaliser les esquisses qui servaient plus tard à la confection des gigantesques installations et emballages extérieurs. Quant à elle, Jeanne-Claude agissait en véritable chef de projet. Elle organisait, négociait, expliquait et persuadait. La deuxième chose qu’ils ne faisaient pas ensemble était de prendre l’avion. Enfin, la troisième, comme elle s’amusait à le dire, était de faire les comptes.  

4. Le couple d’artistes n’acceptait aucun sponsors

Christo et Jeanne-Claude, Valley Curtain, Rifle, Colorado, 1970-1972

Pas de sponsors, ni de mécènes. Parce que chacunes de leurs oeuvres étaient un cri à la liberté, ils n’acceptaient aucunes aides financières. Au contraire, Christo et Jeanne-Claude s’appliquaient à financer entièrement la conception, pourtant onéreuse, de leurs installations. Pour cela, ils utilisaient les revenus de la vente des études préparatoires de Christo. En 2004, une exposition des dessins de “The Gates” au Metropolitan Museum of Art (New York) a attiré les collectionneurs du monde entier. 

5. Des oeuvres éphémères de plusieurs années

Christo et Jeanne-Claude, The Pont Neuf Wrapped, Paris, 1975-1985

Même s’ils n’aiment pas qu’on les qualifient ainsi, les oeuvres de Christo et Jeanne-Claude étaient éphémères. Généralement, elle ne restaient pas exposées plus de 14 jours (16 jours pour The Gates). Ils aimaient comparer leurs créations à un arc-en-ciel – si beau mais insaisissable et volatil. Personne ne peut acheter ces œuvres, personne ne peut les posséder, personne ne peut les commercialiser, personne ne peut vendre des billets pour les voir. Malgré leur fugacité, leurs oeuvres demandent des années de préparation (autorisations, permis, plans, matériaux, installation…) Par exemple, il aura fallu aux deux artistes vingt-cinq ans de préparatifs avant de pouvoir empaqueter le Reichstag de Berlin (1995) et dix ans pour emballer le Pont-Neuf à Paris (1985).

6. « Révéler en cachant »

Christo et Jeanne-Claude, Wrapped Reichstag, Berlin, 1971-1995

“Révéler en cachant”, telle est la ligne artistique du couple. Une fois enveloppés, les objets même usuels, deviennent autres. Finalement, les Wrappings de Christo et Jeanne-Claude révèlent l’essence même de l’objet. Lorsque que le Reichstag a été entièrement recouvert de tissu en 1995, il était impossible de voir les petites sculptures, les colonnes, les arcades, les moulures et les détails. Il ne restait plus que la forme architecturale épurée d’un monument imposant – son essence même. L’empaquetage modifie aussi le rapport que l’on a à la chose emballée et nous permet d’ouvrir les yeux sur ce qui se trouve d’habitude juste sous nos yeux. Il permet un regard nouveau sur les choses. Christo et Jeanne-Claude ont plusieurs fois répété que leurs oeuvres n’avaient cependant qu’un unique but : apporter beauté et joie.

7. Ils “éduquent” leur public à l’art

Conférence de Christo sur Over The River, Denver, 2010

Le succès des projets de Christo et Jeanne-Claude auprès du public est aussi dû à la relation pédagogique qu’ils entretenaient avec celui-ci. Pour la plupart des artistes, l’étude des spectateurs prend trop de temps et cela, au détriment de leur travail. A l’inverse, le couple pensait que l’interaction avec le public faisait partie intégrale de leur créativité et que l’expérience  artistique passait aussi au travers du partage de connaissances. Lors de l’exposition de The Gates (2005), ils avaient notamment engagé plus d’une centaine de personnes, formées, puis chargées de répondre aux questions que les promeneurs pouvaient se poser en voyant l’oeuvre. En outre, ils donnaient régulièrement des conférences dans les musées, collèges et universités du monde. 

8. Surrounded Islands était l’idée d’une femme !

Christo et Jeanne-Claude, Surrounded Islands, Biscayne Bay, Greater Miami, Florida, 1980-1983

En 1983, onze des îles situées dans la baie de Biscayne, dans le Grand Miami, se sont vues entourées par 603 870 mètres carrés de tissu rose flottant. Pendant deux semaines, l’oeuvre a pu être admirée du ciel, de la mer, de la côte. A aucun moment cependant, les journalistes n’ont mentionné que cette idée venait d’une femme. En effet, c’est dans l’esprit de Jeanne-Claude que l’idée a germé en 1980. Parce qu’à l’époque ils essayaient d’avoir un permis, ils ont préféré omettre ce détail pour le cacher à la presse. Dans le cas contraire, ils auraient pu malheureusement ne pas l’obtenir. 

9. Deux tiers de la tour Eiffel rassemblés à Central Park

Christo, Dessins préparatoires de The Gates, New York, 2004

L’installation The Gates à New York (2005) a nécessité 5000 tonnes d’acier à sa réalisation, c’est-à-dire les deux tiers de la tour Eiffel. Cette dépense est expliquée par la détermination de Christo et Jeanne-Claude à laisser chaque site dans leur état d’origine. Ainsi, ils ne souhaitaient pas faire de trous dans le parc. Ils ont alors conçu des portiques avec à leur base, des socles en métal de 350 kg chacun. Un poids qu’ils étaient prêts à payer contre la conservation parfaite de cet environnement. 

10. Ce sont des artistes environnementaux

Christo et Jeanne-Claude, The Umbrellas, Japon/Etats-Unis, 1984-1991

En aucun cas Christo et Jeanne-Claude assimilaient leurs créations à du Land Art ou de L’Art Conceptuel. Ils se décrivaient plutôt comme des architectes environnementaux. D’une part, car ils sont probablement les artistes les plus propres au monde, retirant la totalité de leurs oeuvres une fois leur courte période d’exposition passée et restaurant le site à son état originel. D’autre part, la plupart des matériaux utilisés étaient recyclés, comme la toile, médium principal de leurs immenses installations. Dans le cas de Surrounded Islands, le site n’a heureusement pas été restauré dans son état d’origine, puisqu’avant le projet, 40 tonnes de déchets ont été retirées des îles et n’ont pas été remises en place par la suite. 

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