Rencontre avec Adeline Spengler

Adeline Spengler
Adeline Spengler, The jump (2013)

Ses photographies ont une atmosphère poétique qui suggère la fragilité et le caractère éphémère des choses : entre invitation au voyage et hommage à la nature, Adeline Spengler nous transporte dans un monde onirique. Il y a deux ans, elle a quitté la sureté de son emploi en tant que directrice artistique pour être plus libre de se consacrer à sa recherche créative. Artsper vous propose de faire plus ample connaissance avec cette artiste inspirante !

Vous travaillez dans la presse et l’édition en tant que directrice artistique, tout en poursuivant votre carrière personnelle en tant que photographe et peintre. Pouvez-vous nous parler de ces deux activités ? Comment faites-vous pour tout concilier ?

Longtemps salariée avec un rythme très prenant, je pratiquais la photographie et la peinture sur mon temps libre. Pendant mes voyages, les week-ends, les soirées et les nuits ! J’y ai trouvé un équilibre pendant plusieurs années, mais j’ai commencé à ressentir malgré tout une certaine frustration. Il y a deux ans, j’ai alors pris la décision de quitter la sécurité financière que j’avais toujours connu afin de retrouver de la disponibilité d’esprit. Je me suis mise en danger mais j’ai senti qu’il fallait que je le fasse. Aujourd’hui, je continue mon activité de directrice artistique en freelance mais consacre la majorité de mon temps et de ma réflexion à ma recherche artistique. Je travaille en ce moment sur deux nouveaux projets de livres photographiques. Ils ne sont pas complètement finalisés mais sont en très bonne voie. Je suis actuellement à la recherche d’une collaboration avec un écrivain ou poète qui poserait ses mots sur mes images. Venant de la presse écrite et photographe de surcroît, je suis extrêmement attachée au papier et à l’objet livre, la littérature étant une passion depuis mon plus jeune âge, bien avant la photo d’ailleurs

Adeline Spengler photographie
Adeline Spengler, Little boat (2010)

Vous avez eu une formation de graphiste puis vous avez exploré la peinture et le dessin, avant de vous tourner vers la photographie : diriez-vous qu’il s’agit de votre médium de prédilection ?

En effet, la photographie est une vraie passion, une obsession même !
Ayant grandi dans une famille où l’art tient une grande place, j’ai fait des études d’arts plastiques, ce qui m’a permis d’explorer toutes sortes de pratiques artistiques que je n’ai d’ailleurs pas abandonnées pour autant. Mais je reviens toujours à la photographie avec le même plaisir et la même nécessité

Adeline Spengler photographie
Adeline Spengler, A tree to climb (2013)

Vous souvenez-vous de votre premier appareil photo ?

Oui ! Je m’en souviens ! C’était un Polaroid, je devais avoir huit ans. Un cadeau de mes parents. Je photographiais tout et n’importe quoi avec des cadrages improbables. Je me délectais de ces petits instants figés dans l’éternité comme de petits trésors, qui n’apparaissaient sur le film qu’au bout de quelques minutes. Je trouvais ça un peu magique.

Adeline Spengler Rainbow dream (2013)

Photographiez-vous toujours vos sujets sur le vif ? Pouvez-vous nous parler un peu de votre technique ?

J’ai mis très longtemps à photographier des gens. Je suis quelqu’un de contemplatif et j’avais besoin de ces errances solitaires pour capturer et m’approprier ces instants que je considère comme précieux. La photographie est pour moi une sorte de méditation, de mise en apesanteur, un moyen aussi de me souvenir. Je suis fascinée par la nature. Les arbres, les oiseaux ou les nuages, pas aussi naïfs que certains pourraient le penser, nous incitent à élever les yeux. Ils me confrontent à la fragilité du temps qui nous est imparti. Certaines de mes images sont des photomontages, des constructions imaginaires, d’autres sont à peine retravaillées. Je ne m’interdis rien, mais je reviens depuis peu à la photographie plus spontanée. En ce qui concerne la technique, je suis complètement autodidacte. Je travaille le plus souvent en lumière naturelle et en extérieur, même si j’apprécie aussi beaucoup les lumières électriques nocturnes.

J’aime l’idée que chaque image soit comme un poème

Adeline Spengler photographie
Adeline Spengler, Creating the future (2013)

Quels sont les photographes qui vous inspirent ?

J’aime les photographies qui dévoilent une sensibilité, une fragilité, un regard empreint d’une certaine douceur et une indulgence sur le monde qui nous entoure. Francesca Woodman, par exemple, me bouleverse par sa recherche introspective, intime et son approche surréaliste. La poésie visuelle de Sarah Moon et l’univers féérique de Tim Walker font écho à un imaginaire qui me correspond et je suis également très sensible au magnifique travail de Claudine Doury avec qui j’ai eu la chance de faire plusieurs workshops. Par ailleurs, la démarche de l’artiste Joan Fontcuberta de brouiller les pistes et jouer avec la vérité m’intéresse beaucoup. Côté galerie, j’ai eu le coup de foudre pour la sélection d’artistes de la galerie parisienne Camera Obscura. Je me sens très proche de leur sensibilité.

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