Les saisons dans l’art : l’été au fil des siècles

Les saisons dans l'art Tableau d'été dans l'art Edward Hopper

Edward Hopper, Second Story Sunlight, 1960

Le cycle des saisons est à l’origine de nombreux mythes et légendes, et il a inspiré les artistes du monde entier. Étudier les saisons dans l’art, c’est comprendre comment les artistes ont retranscrit leur réalité en images au fil du temps. Alors que les mois d’été arrivent, nous nous délectons des températures agréables et des journées qui s’allongent. Nous profitons de la légèreté de vivre si propre à la saison estivale. Que ce soit sous forme allégorique ou pragmatique, idéalisée ou réaliste, l’été est représenté dans l’art depuis des millénaires. Artsper vous invite à retracer les différentes manières dont l’été a inspiré les artistes, depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours. 

L’Antiquité : la puissante déesse Demeter

Pendant la période antique, le culte des dieux exige une très grande attention. L’érection de statues est alors une façon parmi d’autres de rendre hommage aux déités, susceptibles d’exercer une influence sur le quotidien des mortels. Les saisons, dans l’art antique, sont donc souvent personnifiées.

La déesse Demeter chez les Grecs (Cérès chez les Romains) est considérée comme l’être divin qui représente l’été. En effet, fille de Cronos, elle aurait appris aux hommes à semer et cultiver le blé. Elle est donc vénérée comme la déesse de l’agriculture et de la fertilité, capable d’assurer de belles et productives moissons d’été. Un rôle absolument primordial, ce qui explique d’ailleurs l’importance du culte porté à cette déesse.

Demeter de Cnide, 350 av. J.C. et les ruines du sanctuaire qui lui aurait été dédié

Si vous avez déjà été au British Museum, vous avez peut-être eu la chance de voir Demeter de Cnide, une des statues les plus connues de la période grecque. De taille réelle (elle fait près d’1m50 !), la déesse trône, comme assise au Panthéon des dieux. Découverte au port de Cnide -actuelle Turquie- par un gentleman archéologue anglais, cette impressionnante sculpture datant de 350 av. J.-C. aurait fait partie d’un sanctuaire dédié au culte de Demeter.

Le Moyen-Âge : précieux calendriers manuscrits

Comme pour l’art antique, il est parfaitement impossible de résumer l’art médiéval en une seule œuvre. Cependant, s’il fallait en choisir une, ce serait probablement un livre d’heures, c’est-à-dire un manuscrit de prières, utilisé par les dévots au cours des heures liturgiques de la journée.

L’un des exemplaires les plus connus est intitulé Les Très Riches Heures du duc de Berry. Il a été écrit au début du 15ème siècle et commandé par… vous l’avez deviné, le duc de Berry ! Mécène exceptionnel, il appréciait particulièrement les ouvrages manuscrits, et les Très Riches Heures sont surtout célèbres pour leur calendrier. Produites avec une extraordinaire finesse de détail, à l’aide de matériaux et de techniques impressionnantes, ces enluminures dépeignent chaque mois de l’année et ses attributs. Chaque page présente un paysage emblématique, généralement un château réputé, ainsi que des activités représentant la période concernée.

Les mois de juin, juillet et août du calendrier des Très Riches Heures du duc de Berry, 15ème siècle

Le mois de juin, sous les signes des Gémeaux et du Cancer, nous montre la fenaison ainsi que le Palais des Rois de France (vous le reconnaîtrez peut-être, c’est aujourd’hui le Palais de Justice !). En juillet, nous observons la moisson et la tonte des moutons devant le Château de Poitiers. En août, le Château d’Étampes surplombe les paysans travaillant dans les champs et se baignant dans la rivière, et les nobles partis à la chasse au faucon. Surmonté d’une lucarne illustrant son identité astrologique, chaque mois des Très Riches Heures est un chef-d’œuvre à part entière. C’est également une représentation très parlante de l’été dans la culture médiévale française.

La Renaissance : richesses des représentations

L’œuvre de la Renaissance la plus emblématique au sujet de l’été est peut-être celle de Giuseppe Arcimboldo. Célèbre mondialement pour ses atypiques « portraits composés » formés de divers éléments autour d’un thème, ce peintre milanais était déjà reconnu de son temps. Il travaillait notamment à la cour des Habsbourg.

Giuseppe Arcimboldo, Été, 1563 (œuvre et détail)

Une des séries caractéristiques de son travail est celle des Quatre Saisons. Chacune d’entre elles est représentée par une figure humaine de profil. Ainsi, le personnage présent dans L’Été, peint en 1563, est formé d’une variété de fruits et légumes : il a une pêche en guise de joue, une dentition en cosse de pois et un délicat épis de blé comme sourcil ! Arborant un habit de paille tressée orné d’un artichaut, ce gentilhomme estival est un témoignage de l’intérêt porté aux curiosités dans les grandes Cours européennes de la Renaissance. 

Pieter Bruegel l’Ancien, La Fenaison et La Moisson, 1565

Une autre tradition de la Renaissance, cette fois typique des pays du Nord, est la scène de genre. Les peintres flamands et hollandais, très réputés pour leurs paysages, ont retranscrit en images des scènes de la vie quotidienne de leurs régions. Pieter Bruegel l’Ancien, par exemple, a produit une série basée sur les quatre saisons, qui compte parmi les plus connues dans l’art du 16ème siècle. Elle tire ses origines des calendriers médiévaux, tels que celui des Très Riches Heures du duc de Berry. Ainsi, l’été pour Bruegel est représenté par la fenaison (juin et juillet) et la moisson (août et septembre). 

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Jacopo Robusti (dit « Le Tintoret »), L’Été, 1546-48

Enfin, n’omettons pas le principe caractéristique de la Renaissance italienne : le retour aux traditions et valeurs de l’Antiquité. C’est donc à travers une huile sur toile du célèbre vénitien Tintoret que nous retrouvons une allégorie de l’été sous la figure de Cérès. La déesse de l’agriculture est ici représentée dans la tradition maniériste, allongée au sein d’un élégant décor, évocateur des mois d’été.

Le 18ème siècle : l’Antiquité au goût du jour

Au 18ème siècle, les préceptes de l’Académie des Beaux Arts règnent comme principes absolus dans la définition même d’une œuvre d’art et du bel art. Dans la continuité de la Renaissance, l’art académique célèbre les traditions de l’art antique. Par exemple, le corps parfait et la nudité idéalisée sont perçus comme des marques de pureté morale.

Fabrique de Nicolas Fouquay, L’Été sous les traits de Cérès, c.1730

Le sujet des quatre saisons est alors très populaire dans l’art, en particulier à travers des allégories de la nature. C’est d’ailleurs en 1723 qu’Antonio Vivaldi compose ses célèbres concertos pour violons en hommage à ce cycle de la nature ! Au même moment, la fabrique de Nicolas Fouquay à Rouen en France produit quatre bustes en faïence représentant les quatre saisons sous formes de dieux romains. Le buste L’Été sous les traits de Cérès arbore une couronne d’épis de blé, mais contrairement aux images allégoriques de la Renaissance, elle s’inscrit dans l’air de son temps. En effet, son turban et sa longue tresse, ainsi que la bride qui retient son habit négligemment drapé sur ses épaules, rappellent les codes vestimentaires orientaux, alors à la mode à la cour de l’époque. 

Le 19ème siècle : paysages modernes et vision impressionniste

L’été joue un rôle crucial dans la fondation du mouvement impressionniste. En effet, sa naissance est rattachée aux œuvres à la Grenouillère de Monet et Renoir, peintes durant l’été 1869. La saison a une importance certaine dans les débuts puis l’essor du mouvement, car les impressionnistes se sont démarqués par leur méthode de peinture en plein-air. Avec la nouvelle notion de « week-end » et le développement des chemins de fer, la bourgeoisie parisienne découvre le temps libre à la campagne.

Paul Cézanne, Les Baigneurs, vers 1890 et Frédéric Bazille, Scène d’été, 1869

Les saisons, dans l’art impressionniste, sont représentées sans allégories. S’émancipant drastiquement des codes établis de l’art, les impressionnistes peignent la vie quotidienne. Ils cherchent à illustrer la nouvelle modernité qui caractérise la France. Ainsi, les œuvres Les Baigneurs de Paul Cézanne et Scène d’Eté de Frédéric Bazille, bien qu’en partie inspirées de la tradition pastorale classique, quittent les normes artistiques au travers d’un fini imparfait et de personnages indéniablement contemporains.

L’art contemporain : le soleil de la French Riviera

Dans l’art contemporain, il n’y a plus de règles. Performances, installations, matériaux digitaux ou éphémères… C’est l’artiste qui donne le statut d’œuvre d’art à son travail. Mais n’oublions pas les règles du marché : aujourd’hui, certaines œuvres se vendent à plusieurs millions d’euros dans les ventes aux enchères.

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David Hockney, Portrait of an Artist (Pool with Two Figures), 1972

Et l’été est un sujet populaire ! David Hockney, artiste britannique mondialement apprécié, bat les records en 2018 avec Portrait of an Artist (Pool with Two Figures). Celle-ci représente un homme se penchant au-dessus d’une piscine alors qu’un autre approche, en nageant sous l’eau. Inspirée par la vie intime de l’artiste, cette composition se passe en plein été dans une villa de St Tropez. C’est véritablement une vision contemporaine – devenue iconique ! – des mois les plus chauds de l’année.

L’été, sujet intemporel dans l’histoire de l’art

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Isaac Levitan, Summer Evening, 1899

Déesses des blés dorés, moissonneurs et fauconniers, portraits composés, piscines à St Tropez… dans l’histoire de l’art, l’été apparaît sous toutes ses formes. Comme les saisons, les représentations de l’été dans l’art, au fil des siècles, sont cycliques. Les œuvres utilisent des codes qui se répètent et se suivent selon les périodes… mais ne sont jamais identiques !

Si aujourd’hui notre quotidien ne dépend plus autant des saisons que dans le passé, nous accueillons toujours les mois chauds à bras ouverts et les artistes continuent à s’en inspirer. Et vous ? Comment représenteriez-vous l’été, dans votre propre langage artistique ?

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