Analyse d’un chef d’oeuvre : Le Baiser de Klimt

Gustav Klimt, le Baiser (1908-1909)

Tendresse et passion, fusion de deux visages et de deux corps qui s’étreignent… Le Baiser de Gustav Klimt, conservé au Palais du Belvédère à Vienne, offre à son spectateur une scène d’amour aux couleurs chatoyantes. Mais la beauté éclatante de cette toile recouverte de feuilles d’or n’en atténue pas sa profondeur. Artsper vous propose de plonger dans cette œuvre mythique dont les détails, l’ambiguïté et l’érotisme ont des choses fascinantes à révéler.

Le contexte

Médecine, Gustav Klimt
Unique photographie complète de l’oeuvre Médecine de Klimt, réputée détruite par les nazis pendant la 2nd guerre mondiale, au même titre que Philosophie et Jurisprudence

Klimt peint Le Baiser a un moment critique de sa carrière, en pleine période de panique artistique. Après avoir reçu des critiques cinglantes à cause de ses peintures du plafond de l’université de Vienne Philosophie, Médecine et Jurisprudence, qualifiées de pornographiques, Klimt avait des doutes quant à son travail et sa réputation salie. De plus, il venait de quitter la Secession Viennoise, qu’il avait pourtant fondée et dont il avait été le premier président. Ce groupe visait à briser les liens avec l’académie des Beaux Arts et le conservatisme de ses codes. Les Sécessionnistes Viennois peignaient « ce qu’on ne devait pas peindre » : les frôlements, les enlacements, les baisers, les violences, l’érotisme, les étreintes. Ils ont refusé de retirer la charge érotique de leurs œuvres. Si Klimt a quitté ce mouvement suite à des discordes, il en demeure le principal représentant avec Egon Schiele. Après cette rupture, Klimt organise l’exposition Kunstschau, où il présente le Baiser au public pour la première fois. L’évènement est accueilli par des critiques féroces et se solde par un désastre financier. Pourtant, elle permet le succès du Baiser de Klimt : avant même la fermeture de l’exposition, le gouvernement viennois achète cette œuvre, jugée d’intérêt national.

La parure

Manteau or gustav klimt le baiser
Gustav Klimt, le Baiser, détail de la parure

L’œuvre présente un couple qui s’embrasse, dissimulé sous un immense drap ou manteau d’or. Cette lourde parure donne une dimension d’éternité au couple qu’elle enserre et protège. Deux parties bien distinctes la constituent. Sur la première, du coté de l’homme, on observe des rectangles et motifs géométriques noirs et blancs, symboles de force, de virilité et de masculinité. Sur la seconde partie, du côté de la femme, Klimt a représenté plutôt des fleurs et des cercles qui sont, eux, des symboles de féminité et de maternité.

Le couple

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Gustav Klimt et Emilie Flöge en barque sur l’Attersee (1910)

L’homme et la femme, seuls protagonistes de ce tableau, sont livrés à leur désir, hors du temps et de l’espace. A première vue, l’homme semble dominer la femme par sa taille. Mais on remarque le pied de la femme qui sort de la parure. Ce détail nous montre qu’elle est agenouillée. Si elle se tenait debout, elle serait donc plus grande que son compagnon et le dominerait. Ce baiser pourrait être un autoportrait. Les amants seraient une représentation de l’artiste avec sa partenaire de longue date, la créatrice de mode Emilie Flöge. Mais la femme pourrait être aussi une autre de ses nombreuses muses ou conquêtes. Si Klimt peignait sans relâche, il aimait aussi beaucoup les femmes, et en fréquentait plusieurs à la fois.

L’étreinte

klimt étreinte baiser
Gustav Klimt, le Baiser, détails de l’étreinte

Dans le Baiser, comme souvent dans les représentations de Klimt d’étreintes amoureuses, le visage de l’homme reste caché. L’accent principal porte sur celui de la femme. Dans cette oeuvre, l’expression du visage de la jeune femme et ses yeux clos évoquent abandon, extase et volupté. La position de l’homme qui l’embrasse laisse apparaître beaucoup de fougue. Mais ses mains, qui entourent le visage de sa compagne évoquent elles beaucoup de tendresse. Les amants sont dans une étreinte que rien ne semble pouvoir contrarier. Pourtant, même s’ils sont enlacés passionnément sur un parterre de fleurs, ils sont surtout au bord d’un gouffre, qui semble prêt à les faire disparaître.

Le cycle d’or

Gustav Klimt, portrait d’Adele Bloch-Bauer (1907)

Le baiser constitue l’apogée de la période dite « dorée» de Gustav Klimt. C’est de son père, orfèvre, qu’il hérite son goût pour l’ornement. Familiarisé avec ce métier, il utilise dans le Baiser un revêtement de poudre dorée. Cet arrière plan lumineux constitue un cocon doré pour les deux amants. Que ce soit grâce à l’or et ses dorures ou grâce à ses audaces graphiques, Le Baiser est une œuvre frappante et bouleversante pour tous ceux qui ont la chance de la voir en vrai.

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