6 raisons pour collectionner les imprimés et les multiples

Andy Warhol, Colored Mona Lisa, 1963
Andy Warhol, Colored Mona Lisa, 1963

Aujourd’hui, la reproduction des œuvres d’art et la démocratisation de l’art ont pris une ampleur telle qu’il est légitime de se demander si les ventes d’œuvres reproduites suivent véritablement ces phénomènes. Voici 6 raisons qui donnent à réfléchir à la place des imprimés et multiples dans le marché de l’art à l’heure actuelle.

1. Un marché stable

Richard Hamilton, Just What Is It that Makes Today’s Homes So Different, So Appealing?, 1956 (Considérée comme la première œuvre du Pop Art par plusieurs historiens de l'art)
Richard Hamilton, Just What Is It that Makes Today’s Homes So Different, So Appealing?, 1956 (Considérée comme la première œuvre du Pop Art par plusieurs historiens de l’art)

Les impressions et les multiples, en permettant une plus grande diffusion des œuvres, se retrouvent au cœur du débat sur la distinction entre l’art et le non-art, entre la production industrielle et la production esthétique. S’ils sont souvent considérés comme des œuvres de seconde importance, leur marché est pourtant en constante progression (1,2% du total des ventes de 2015), prouvant l’enthousiasme des collectionneurs pour de telles productions.

2. Des procédés précis

Andy Warhol, Campbells Soup Vegetable
Andy Warhol, Campbells Soup Vegetable

Avant de s’attarder sur les imprimés et multiples, il est important de les définir. Les multiples se différencient des imprimés de par le médium employé. Les multiples sont réalisés en nombre défini et peuvent être faits à partir de matériaux variés.

En revanche, les imprimés sont exécutés à partir d’une matrice particulière (bloc de bois, pierre lithographique, etc). Pour autant, l’imprimé n’est pas à confondre avec une reproduction d’un tableau existant. Il s’agit d’une œuvre originale, conçue individuellement, de la même manière que l’on concevrait une lithographie ou une sérigraphie. Aussi, il est parfois réalisé par l’artiste lui-même et souvent par le biais d’un studio d’impression à partir d’une de ses gravures. L’artiste et l’imprimeur collaborent tout au long du processus d’impression qui s’achève par l’apposition de la signature de l’artiste sur l’imprimé, preuve de son authenticité.

3. Une légitimité historique

Marc Chagall, Daphnis et Chloé, 1961
Marc Chagall, Daphnis et Chloé, 1961

Si beaucoup associent le développement des imprimés et des multiples aux années 60, leur pratique est, en réalité, courante depuis l’antiquité romaine. Les départements « Prints and multiples » des maisons de ventes aux enchères en consignent même certains datant de plus de 500 ans ! Les dernières ventes les plus marquantes incluent des Rembrandt, Ernst Ludwig Kirchner, Otto Dix et Marc Chagal. Aux côtés de ceux d’artistes comme Miró, Picasso, Munch, figurent également des Warhol, Roy Lichtenstein, Keith Haring, Peter Doig, Cy Twombly ou encore Robert Rauschenberg.

4. Des prix accessibles

Roy Lichtenstein, Drowning girl, 1981
Roy Lichtenstein, Drowning Girl, 1981

Qu’est-ce qui explique donc l’engouement des collectionneurs pour une « copie » ? Les imprimés et les multiples présentent une excellente opportunité de collectionner les œuvres de grands maîtres à moindre coût, mais également de s’intéresser à d’autres facettes de leurs œuvres. A ce titre, les impressions de Munch, Kirchner, Rembrandt ou Dürer sont avidement collectionnées, de même que ceux de Picasso. Les imprimés et multiples Pop Art, dont les prix s’indexent à la cote des artistes, sont également très prisés.

5. Des œuvres iconiques

Jean-Michel Basquiat, Bird on Money, 1981
Jean-Michel Basquiat, Bird on Money, 1981

Hamilton, Warhol et Lichtenstein sont trois figures du Pop Art qui ont établi l’imprimé et le multiple comme un procédé sérieux. Poussés par leur détermination de démocratiser l’art tant dans sa pratique que dans son accès, ils se sont tournés vers la reproduction et ont également beaucoup écrit et parlé sur le sujet. Les techniques de ces artistes pop renvoient à la fin de l’œuvre unique et à la culture de l’imprimé et de la sérialité. Ils ont articulé leur travail autour d’une réflexion sur l’homme moderne consumériste. Pour eux, il n’est pas question de revisiter l’art, mais d’opérer telle une machine. Leurs techniques évoquent ainsi les procédés industriels. En effet, Hamilton produisait ses collages à partir d’images issues de la presse et de réclames publicitaires. Lichtenstein revisitait, lui, les points Benday afin de rendre iconique l’image imprimée. Warhol, enfin, employait la sérigraphie.

6. « L’art commercial n’est pas notre art, c’est notre propos »

Photographie de Roy Lichtenstein, 1967

L’art de ces artistes du Pop Art entretient donc une relation étroite avec la culture de masse et présente une réflexion engagée sur la société de consommation. Néanmoins, faut-il associer l’imprimé à une production banale car diffusée en masse ? Lichtenstein considère qu’il existe une distinction à établir entre l’objet de consommation qui est le sujet de l’œuvre et entre l’œuvre physique. Selon lui : « L’art commercial n’est pas notre art, c’est notre propos ». Sous cet angle, l’imprimé et le multiple deviennent des œuvres légitimes, portant la vision de l’artiste. Démocratisés, ils n’en perdent pas pour autant de leur substance.

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