Entre art et nature, ces lieux de retraites artistiques cultes

Art et nature, Georgia O'Keeffe, Black Mesa Landscape, 1930
Georgia O’Keeffe, Black Mesa Landscape, 1930

Partir loin pour mieux se retrouver ne date pas d’hier. Que ce soit Monet ou encore Matisse, de nombreux artistes célèbres ont apprécié faire des retraites loin de leur environnement quotidien pour se ressourcer. D’ailleurs, l’été est très certainement la période la plus adéquate pour effectuer ce périple. Les couleurs estivales et le sentiment de vacances au cours desquelles tout devient possible sont de puissantes sources de créativité. Alors que les premiers jours ensoleillés arrivent, Artsper vous propose un voyage parmi ces lieux mythiques où des artistes ont renoué avec leur art. Découvrez les lieux de retraites artistiques cultes où l’art et la nature se rejoignent.

Partir en quête de nouvelles inspirations artistiques ?

Pour retrouver l’inspiration ou s’éloigner des regards et des critiques, s’évader pendant quelques temps est souvent une agréable solution. Les voyages, la découverte de nouveaux pays et cultures, ouvrent l’esprit en le forgeant à de nouveaux esthétismes. Par exemple, c’est après avoir vécu quelques mois en Tunisie que Paul Klee a imaginé son propre univers artistique. En se familiarisant avec de nouvelles tonalités et les motifs tissés, il est ainsi devenu l’artiste que nous connaissons tous.

Paul Klee, Marché de St Germain, quartier européen de Tunis, 1914
Paul Klee, Marché de St Germain, quartier européen de Tunis, 1914

En outre, une retraite dans un lieu naturel ou isolé est souvent un choix de prédilection pour les artistes. Selon les époques et les mouvements, les artistes voient dans la nature des éléments différents. Au 19ème siècle par exemple, les romantiques utilisent les paysages naturels pour transcrire leurs sentiments. Une mer déchaînée, comme celle de Caspar David Friedrich représentait la consternation et la petitesse de l’homme face à son futur. Pour les impressionnistes ou des post-impressionnistes comme Cézanne, c’était l’occasion de peindre le même endroit à des saisons différentes. Ces séries leurs permettaient d’étudier les variations de couleurs et de lumières du lieu.

Toutefois se retirer loin du monde urbain pour retrouver la nature ne veut pas toujours dire la peindre. La solitude, le fait même de se retrouver face à son travail et sans autre distraction possible, est pour les artistes l’une des meilleures façons de se concentrer sur leur art. En contemplant des paysages méditatifs, l’artiste peut également faire le point sur lui-même et stimuler son imagination… ce que nous apprécions tous de faire d’ailleurs, artiste ou non !

Partir pour mieux revenir ? 

Si effectuer une retraite permet souvent de retrouver sa créativité, parfois il n’est plus possible de faire machine arrière. À l’approche de la fin de l’été, n’avez-vous jamais eu cette sensation de ne plus vouloir rentrer ? De la même façon certains artistes n’ont pas réussi à abandonner leur havre de paix. En effet, comment s’éloigner si la source d’inspiration est inépuisable ? Pour Claude Monet ou Barbara Hepworth, le lieu de retraite sera là où l’artiste restera. Mais pour Gauguin par exemple, la Bretagne ne sera qu’une de ses retraites parmi tant d’autres – comme la Polynésie.

Entre art et nature, les jardins de la maison Claude Monet à Giverny

Giverny, la maison de Claude Monet 

Claude Monet et Giverny c’est un duo indissociable ! Après avoir vécu une grande partie de sa vie à Poissy, Monet souhaite à l’âge de 73 ans déménager. Ainsi, le peintre impressionniste s’installe à Giverny en 1883 avec sa famille, où il finira sa vie. 

Aussi bon jardinier que peintre, Monet voit en cet espace extérieur une source inépuisable d’inspiration. Si l’histoire liée à la production des nymphéas est célèbre, le peintre a aussi peint une multitude de tableaux moins connus à Giverny, comme les Meules. Même si Monet voyage beaucoup (Venise, Antibes, Étretat…) c’est quand même à Giverny, véritable havre de paix, qu’il se sent le mieux pour peindre.

Charles-François Daubigny, Banks of seine, 1851
Charles-François Daubigny, Banks of Seine, 1851

La forêt de Fontainebleau, l’école de Barbizon entre art et nature

Nul besoin de partir loin pour trouver l’inspiration ! En banlieue parisienne, la forêt de Fontainebleau a elle aussi inspiré de nombreux artistes. Vers 1820, plusieurs peintres français commencent à peindre à l’extérieur, dans la forêt. Des artistes tels que Charles-François Daubigny ou Jean-François Millet se regroupent autour de Corot et forment alors l’école de Barbizon. Ces peintres pré-impressionnistes capturent avec une ferveur romantique les paysages verdoyants des alentours de Barbizon. D’ailleurs, ils ont été plus de 120 à y séjourner jusqu’en 1870 ! Ce «village de peintres» reste sans aucun doute une très belle destination de balade à faire un samedi d’été.

Paul Gauguin, Paysannes bretonnes, 1894
Paul Gauguin, Paysannes bretonnes, 1894

Pont Aven, retraite de Gauguin puis des Nabis 

Plus que la retraite d’un artiste, Pont Aven, ville portuaire bretonne fut le lieu de retrait de nombreux peintres. C’est notamment là que Paul Gauguin s’installe en 1886 pour renouer avec sa peinture et créer l’école de Pont Aven. Ses œuvres symbolistes, ses inspirations japonaises et son travail des couleurs donneront aussi la première impulsion au mouvement nabi. 

En raison des interdictions liées au genre, on compte peu de retraites de femmes artistes en France. Il faut attendre le 20ème siècle pour que le travail des femmes commence à être reconnu et qu’elles puissent accéder à leur propre lieu de création. Direction donc la deuxième partie du 20ème siècle en Angleterre et aux États-Unis pour découvrir deux retraites de femmes artistes.

Georgia O'Keeffe, Light iris, 1924
Georgia O’Keeffe, Light iris, 1924

Le Nouveau Mexique, la passion de Georgia O’Keeffe

L’artiste américaine, connue pour ses représentations de fleurs, se rend pour la première fois au Nouveau Mexique en 1929 afin d’échapper à la monotonie de ses étés. C’est le coup de foudre ! L’artiste va alors acheter un ranch et décider de s’y installer.

C’est au contact des paysages arides et des déserts du Nouveau Mexique que Georgia O’Keeffe peindra le plus. En effet, la frénésie de la ville l’empêchait de développer son art et de saisir la beauté de la nature. À plusieurs reprises, elle explique sa volonté de représenter ce qu’elle ressent plutôt que ce qu’elle voit. Une raison qui explique sûrement pourquoi ce lieu a joué un rôle majeur sur son inspiration artistique.

Un choix de retraite audacieux et à l’image de l’artiste. Dans ses œuvres comme dans sa vie, Georgia O’Keeffe a toujours cherché à s’émanciper de son éducation rigide.

St Ives, lieu d’inspiration de Barbara Hepworth 

Les sculptures monumentales de Barbara Hepworth n’auraient sûrement jamais vu le jour si l’artiste ne s’était pas installée à St Ives. En effet, la sculptrice britannique doit une partie de sa frénésie créative à son installation dans les Cornouailles. Face à l’immensité de la mer elle a créé ses œuvres les plus emblématiques comme les Pelagos. La force du paysage environnant l’artiste a incontestablement joué un rôle dans le choix de ses sculptures.

Barbara Hepworth, Pelagos, 1946
Barbara Hepworth, Pelagos, 1946

À savoir, la TATE Modern a créé une antenne à St Ives pour exposer les œuvres de Barbara Hepworth. En plus de Hepworth, d’autres sculpteurs de l’abstraction comme Ben Nicholson ou Christopher Wood, se sont retrouvés là-bas pour créer l’école de St Ives.

La nature n’est pas le seul moteur de l’art !

Ainsi, s’échappant des villes pour aller vers des régions plus isolées, certains artistes ont réussi à se reconnecter avec leur inspiration artistique. Ces lieux, empreints aujourd’hui encore d’une aura créative et de magie, sont aujourd’hui des lieux plébiscités par les vacanciers, à la recherche eux-aussi d’inspiration ou de calme. Mais, si certains peintres aimaient se cacher dans des espaces de verdure, à l’abri des regards, d’autres ont préféré se tapir… dans les bars ! L’effervescence de la vie urbaine, et notamment nocturne pour Toulouse-Lautrec est également une source d’inspiration certaine. Et vous alors, plutôt sérénité de la nature ou énergie de la ville ?

Henri de Toulouse Lautrec, Danse au Moulin Rouge, 1890
Henri de Toulouse-Lautrec, Danse au Moulin Rouge, 1890

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