Typologie de l’art des produits dérivés

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{Si vous aussi votre porte de frigo est digne de la plus belle galerie des plus grands musées, c’est que comme tout touriste lambda, vous avez été victime des produits dérivés des œuvres d’art vendus dans les boutiques de nos musées.}

 

Le mot « victime » reste ici cependant à relativiser. Vous le savez certainement, la raison pour laquelle la plupart des musées mettent en place ces fameuses boutiques de souvenirs, c’est pour se faire des sous. Généralement, à ce moment là, on a tendance à oublier que les musées sont pour leur grande majorité des organisations à but non lucratif et notre conscience ne peut s’empêcher de s’élever contre cette « monétisation de l’art », alors que c’est loin d’être le cas. Après tout, si votre modeste contribution peut servir à restaurer un des tableaux de Van Gogh ou à acheter aux enchères un magnifique tableau de Monet pour permettre à vos futurs petits-enfants de l’admirer dans les galeries dudit musée, qui serions-nous pour refuser ce petit achat ? Alors, oui, continuez à acheter des cartes postales et sauvez un Picasso !

 

De nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer cette dérive commerciale du monde de l’art, mais ce n’est pas ici notre propos, et beaucoup d’artistes sont particulièrement heureux de pouvoir surfer sur cette vague du dérivable. Aux Etats-Unis, le concept est très bien accepté grâce à la reconnaissance qu’ont pu acquérir de grands artistes comme Andy Warhol ou Keith Haring, alors qu’en France on culpabilise encore trop les artistes qui se lancent. Si vous voulez notre avis, ils auraient tort de s’en priver. Après tout, mieux vaut qu’ils prennent l’initiative eux-mêmes plutôt que de voir des articles se créer dans leur dos !

Pour tâcher de comprendre cette tendance, Artsper vous a préparé une étude typologique des artistes dont les œuvres se retrouvent sur toutes vos tasses à café, du plus volontaire au moins consentant.

 

{Le maître absolu : Ben}

Ce monsieur est LE pionnier en France des produits dérivés. Au collège, vous aviez sûrement un copain, typiquement l’intello à tendance rebelle de la classe, muni d’une trousse noire estampillée « Libre d’écrire ce que je veux ». Ou un agenda. Ou un stylo. Ou son caleçon. Sa signature, maintenant reconnaissable entre toutes, est devenue incroyablement populaire. Cette volonté de se développer par des produits dérivés n’est pas né d’une impulsion narcissique irrépressible de l’artiste mais bien d’un mouvement artistique, le Fluxus, qui prône le mass art, dans une volonté démagogique de rendre l’art accessible à tous. Comme il le dit si bien « La société de consommation a gagné la bataille contre l’art. Comment la combattre ? J’écris « A bas la société de consommation » et je vends l’objet. ».

Ben

 

{La nouvelle génération qui a tout compris : Minjae Lee}

En attendant, les jeunes artistes, pas encore forcément cotés sur le marché de l’art se lancent aussi dans les produits dérivés. Et comme on l’a dit tout à l’heure, ils auraient tort de se priver de l’opportunité qui leur est offerte ! Grâce à des sites tels que Caseable, ils peuvent éditer leurs œuvres sur des coques d’iphone, des pochettes d’ordinateurs, … Cela leur garantit une source de revenus et leur permet d’accéder à une certaine popularité, de manière virale beaucoup plus facilement que s’ils se contentaient de vendre leurs tableaux.

Minjae Lee

 

{Le pionnier arrivé trop tôt: Andy Warhol}

Andy Warhol, avec son atelier d’artistes bien nommé la « Factory », est certainement le premier à avoir inventé ce concept de la production d’art en série. Andy Warhol est le premier à avoir industrialisé l’art, la chose pourtant la plus éloignée, en théorie, du consumérisme. Il voulait produire de l’art « en masse », comme on le fait des voitures et de l’électroménager durant cette deuxième révolution industrielle. En voulant désacraliser l’art et le rendre le plus accessible possible, il a ainsi permis à ses œuvres de continuer à circuler librement sur le marché près de trente ans après sa mort. A l’époque il n’était pas encore pensable, pour des raisons tout simplement techniques et matérielles, d’envisager l’édition de ses œuvres d’art sur des centaines de milliers de cahiers ensuite redistribués sur les bancs des écoles. Sinon, croyez bien qu’il aurait été le premier à le faire aussi.

 

 

{Ceux qui font semblant de rien : Jeff Koons et Takashi Murakami}

Ces deux-là sont les dignes héritiers d’Andy Warhol. Ces artistes exposés à Versailles, au centre Pompidou ont également créé leurs propres ateliers d’artistes et éditent certaines de leurs œuvres dans des centaines d’exemplaires afin de pouvoir donner une plus grande accessibilité à leur art. Mais pas trop non plus. En contrôlant eux-mêmes cette production dans des quantités suffisamment raisonnables pour que leurs œuvres gardent une valeur sur le marché, ils gardent toute leur crédibilité et se répandent littéralement sur le marché de l’art, en ligne, en galerie, dans les foires, partout. Avec 343 œuvres vendues aux enchères en 2014, Takashi Murakami est aujourd’hui le deuxième artiste vivant ayant vendu le plus d’œuvres en terme de volume l’année dernière selon le dernier rapport Artprice. Toujours selon le même rapport, avec près de 150 millions de dollars en 2014, Jeff Koons est le deuxième artiste vivant ayant le plus vendu aux enchères en terme de chiffre d’affaire. Quand on vous dit qu’il n’y a pas de secret.

murakami

 

{Celui qui se fout bien de la gueule de ses copains: Paul McCarthy}

Vous avez certainement entendu parler de la « Chocolate Factory », l’usine de Père Noëls en chocolat que l’artiste a installé à la Monnaie de Paris à l’automne dernier ? Chaque jour, 300 petits Pères Noëls sont ainsi consciencieusement créés avant d’être tout aussi consciencieusement détruits. Même si l’artiste moque par là la société de consommation d’une manière générale, on a du mal à ne pas y voir également la réplique des ateliers des autres artistes qui produisent leurs œuvres d’art à la pelle. Paul McCarthy fait également la même chose à la Monnaie de Paris sauf que ses œuvres finissent directement… à la poubelle.

mccarthy

 

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