Première et dernière oeuvre de … Gerhard Richter

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A l’occasion de la vente de son oeuvre Wand (Wall) chez Sotheby’s Londres, le 12 février 2014, et après Boltanski, Artsper se penche cette semaine sur le cas du peintre allemand Richter. Ses retours incessants entre abstraction et figuration, sa maitrise technique de la matière picturale, font de lui un des artistes vivants les plus chers du marché, bien que absent du rapport annuel d’artprice car né en 1923( et donc considéré comme artiste moderne, hé oui.)

Si l’étude du cas Boltanski avait révélé une certaine continuité dans la pratique de l’artiste, le cas de Richter est différent. Malgré une permanence du medium de la peinture, la technique et la portée évoluent du tout au tout.

Richter mural of the German Hygiene Museum, Dresden, 1956Lebensfreude, 1956

cage

Cage, 2006

Lors de sa dernière année d’étude à l’école d’art de Dresde, classique et académique au possible, où l’étude quotidienne du dessin d’après nature est considérée comme l’aboutissement du génie artistique, le jeune Richter reçoit une commande du  Deutsches Hygienemuseum, avec pour thème la joie de vivre (Lebensfreude). Très bien reçue par les officiels du Musée, elle est décrite comme « une célébration joyeuse d’un système socialiste libéré du fascisme. » La facture est d’un conformisme accablant et sans relief, malgré des figures d’hommes solidement modelées. Les enfants participent à des activités saines, le groupe du premier plan à gauche évoque, faiblement, le Dejeuner sur l’herbe de Manet. Tout transpire un académisme dont Richter est encore largement tributaire. Le peintre n’est pas destiné à vivre de la grande commande officielle, et se détachera rapidement de sa première manière.

 

Richter, célébré en 2011 par une rétrospective au Centre Pompidou, acclamé comme le grand figuratif des années 1980, marque au tournant du XXIe siecle, à presque 90 ans, un virage vers l’abstraction. La série Cage de 2006 est sans aucun doute sa plus belle réussite abstraite. Réalisée en hommage au compositeur américain John Cage, que l’artiste n’a pas ailleurs jamais rencontré, il confie dans un entretien en 2004, « (…) C’est grossièrement à la maniere de Cage qui disait : je n’ai rien à dire et je le dis. J’ai toujours pensé que c’était une citation merveilleuse. C’est la meilleure option que nous avons pour pouvoir continuer à avancer. » 

Alors qu’on le pensait perdu et perverti par son éducation artistique, Richter, par son insatiable désir d’explorer le langage de la peinture, a su se renouveler, et fait encore aujourd’hui figure de pionnier dans l’art contemporain.

 

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