Première et dernière oeuvre de… Francis Bacon

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Un artiste mort présente l’intérêt incontestable d’avoir une dernière oeuvre plus facilement identifiable que nos deux précédents participants à cette rubrique (Boltanski et Richter). Cette semaine, Artsper analyse deux toiles du record man des enchères, Francis Bacon. 

Avant de se lancer dans la peinture, Francis Bacon, irlandais d’origine, se balade à travers l’Europe, rejeté de chez lui par un père homophobe. Ce n’est qu’en 1933 qu’on référencie sa première toile, Crucifixion. Un petit format, tout de suite acheté par le collectionneur Sadler, qui avait commandé à l’artiste un portrait basé sur une radiographie de son crane. Bacon garde ici l’idée du traitement au rayon X en jouant sur les transparences de la matière picturale. Cette crucifixion évoque plus volontiers une carcasse qu’un Christ en croix. Bien qu’autodidacte, la technique est maitrisée par Bacon. L’ambition est encore tiède : petit format, noir et blanc, absence de figure humaine. Et pourtant déjà, en filigrane, toutes les obsessions de Bacon : la mort, la religion, la liquéfaction des corps…

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                     Crucifixion, 1933                                                                    Study for a Self-Portrait—Triptych, 1985–86

1989 : On diagnostique à Bacon un cancer du rein. Sa santé décline. Les années 80 sont néanmoins les années les plus prolixes de sa carrière, un aboutissement artistique presque christique. 

Bacon, depuis 10 ans, tend à simplifier son langage pictural vers un essentiel immuable. Sa technique violente, brulante, sanglante et sombre se nuance. L’utilisation de peinture en spray lui permet de créer une surface  granuleuse, comme si une gaze recouvrait  la toile. Certains ont voulu y voir une métaphore d’une vision troublée, le voile de la maladie, que Bacon pressent. La palette change aussi. Les rouges acides, les oranges fluos font place à des tonalités de gris, de bleus et de blancs-crème. Apres avoir immortalisé ses amis artistes, Bacon se concentre sur sa propre figure, dans une composition apaisée.

L’oeuvre de Bacon, au seuil de sa mort annoncé par un alcoolisme déstructeur, s’éloigne progressivement de la force tétanisante des toiles de jeunesses, pour une vision plus sereine, détachée des tourments qui hantaient l’artiste. 

Dans ces dernières toiles, il y a surement un peu moins de Bacon, et un peu plus de recul.

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