Le papier peint en 3 détournements

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On le sait, les papiers peints ne sont plus depuis longtemps les parents pauvres du genre pictural.  Mais au mur, les fantasmes exotiques ou pastoraux d’hier ont laissé place à l’humour et au détournement. Le papier peint se fait support à un discours toujours plus violent, que seule une apparente monotonie narrative rend supportable. Focus sur trois artistes contemporains qui ont su dialoguer avec un motif classique.

Les panoramiques des maisons Zuber appartiennent fièrement au patrimoine et sont classés monuments historiques. Au risque de prendre avec eux la poussière. Dans les demeures bourgeoises s’épanouissaient alors, de lé en lé, des paysages exotiques forcément romantiques. Avec un goût consommé pour le pastiche et le surréalisme, l’artiste Philippe Morillon ajoute aux panoramas ici un Mars fitness model, là un hélicoptère ou un yacht.

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AVANT –  Joseph Vernet

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APRES – Philippe Morillon

La toile de Jouy a déjà son musée, et reste, plus qu’une cotonnade, un visuel indémodable. Souvent mièvre, ce classique des maisons de campagne a dernièrement inspiré l’artiste Brigitte Zieger. Un papier peint féminin revu et corrigé par une femme, ou plutôt une « Calamity Jane » selon sa propre expression. Son genre réinvente donc le genre. Elle arme les paysannes naïves du motif, les buissons tranquilles dissimulent des chars d’assaut. La violence et la guerre s’invitent en toute impunité dans le confort des boudoirs.

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Le papier peint est indissociable de la société industrielle –il lui doit son développement-, et les années 60 ont inévitablement propulsé Warhol à se l’approprier, comme symbole et comme support. Le roi du pop art définit sa propre vision d’un motif bucolique avec les têtes de vaches criardes de son papier peint « Cows ». Warhol installe le papier peint dans une galerie pour la première fois. Aujourd’hui, c’est Damien Hirst qui a pris la relève dans l’art global, codifie et esthétise son propre motif. Habitué des morgues, il a substitué des pilules et d’éphémères papillons aux vaches ludiques : l’artiste britannique démultiplie la maladie et la mort, sombre et irrévocable cloisonnement de l’homme.

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Merci à Jourdain Vannier pour cet article!

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