Œuvres hors de prix : valeur inestimable ou caprice du marché ?

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S’interroger sur les œuvres hors de prix revient à s’interroger sur leur valeur. Mais attention, nous ne parlons pas ici de ‘valeur artistique’, mais simplement de ‘valeur monétaire’. Alors que la valeur artistique ne se confirme que par le prisme du temps, la valeur monétaire semble plus fluctuante et manipulable. Toutefois, dans un marché de l’art qui s’est affranchi de toute décence monétaire, la distinction entre un chef d’œuvre inestimable et un succès éphémère se trouble, au grand dam des super-collectionneurs à la recherche d’un judicieux placement financier.

Artsper et Achetez de l’art, font le point sur ces toiles hors de prix et vous donnent quelques pistes pour distinguer les œuvres dont la valeur est inestimables et celles résultant des caprices du marché.

 

{Valeur monétaire élevée: on distingue quatre groupes principaux}

Les peintres impressionnistes et modernes.

  • Paul Gauguin, Quand te maries-tu vendu pour 270€ millions
  • Paul Cézanne, Les Joueurs de Carte vendu pour 240€ millions
  • Pablo Picasso, Les Femmes d’Alger, vendu pour 160€ millions

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Gauguin, Quand te maries-tu?

Les peintres de l’expressionisme abstrait et du modernisme

  • Jackson Pollock, N°5, vendu 150€ millions
  • Willem de Kooning, Woman III, vendu 150€ millions
  • Francis Bacon, Trois Etudes de Lucian Freud, 125€ millions

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Pollock, N°5

Les peintres du pop’art et streetart

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Jasper Johns, False start

Les artistes contemporains stars

Jeff Koons

Jeff Koons, Balloon Dog

 

{Une constatation s’impose : l’ancienneté de l’artiste conditionne sa valeur monétaire}

Puisque la ‘valeur artistique’ ne se confirme que par le prisme du temps, ces artistes ont confirmé, décennies après décennies, leur place dans le Panthéon de l’Histoire de l’Art.

La loi de l’offre et la demande ! Les musées et les milliardaires à la recherche de chef d’oeuvres se battent bec et ongles avant que le marché ne disparaisse. Face à une demande qui explose (boulimie muséale internationale, apparition de nouveaux acheteurs étranger) et une offre qui se raréfie, toutes les œuvres ‘muséables’ atteignent une valeur inestimable.

Toutes les époques ne sont pas concernées ! Cette ratification de l’offre face à l’explosion de la demande est particulièrement vraie pour les artistes ayant œuvré entre la fin du XIXe et les années 1960. Tous les chefs d’oeuvres antérieur ayant quasiment disparu du marché (à l’exception de la vente d’un Rubens à 50€ millions en 2002) et suscitant de fait là moins d’engouement.

Un peu d’encouragement tout de même ! Pour favoriser la circulation de ces biens d’exception, il est vrai que les maisons de ventes trichent un peu… On assiste ces dernières années à une démultiplication des garanties accordées aux vendeurs. Christie’s et Sotheby’s ont maintenant la capacité d’offrir des garanties à plus de 100€ millions à leur vendeurs, ce qui pousse naturellement le marché vers le haut. Mais les spécialistes s’accordent à dire que ce phénomène est aujourd’hui arrivé à son maximum.

 joueurs-cartes-cezanne-fOeuvres hors de prix - Valeur de l'art -Cézanne, Les Joueurs de Carte

{Pour les artistes plus contemporains, la valeur monétaire peut être manipulée}

L’analyse se complexifie face aux artistes plus contemporains comme Andy Warhol, Jasper Johns, Jeff Koons ou Damien Hirst…

Leur offre est immense ! Andy Warhol et sa « factory » a inondé le marché de ses œuvres. Quant à Jeff Koons et Damien Hirst, ils disposent de vraies usines pour fournir un très large éventail d’œuvres, et ces deux quinquagénaires ont encore de belles années devant eux… C’est la raison pour laquelle les galeristes et marchands créent parfois artificiellement une ‘raréfaction de l’offre’ avec des ‘listes d’attente’ et des ‘contrats de non-revente’.

Leur valeur est potentiellement instable ! Ils n’ont pas encore subi l’épreuve du temps… S’il est vrai qu’Andy Warhol a une place confirmée dans l’histoire de l’art, ce n’est pas nécessairement le cas de Jeff Koons ou de Damien Hirst qui, bien que mondialement encensés, n’ ont pas la certitude de maintenir la valeur monétaire qu’ils ont aujourd’hui. Tant d’exemples ont démontré que l’engouement du marché n’était pas synonyme de succès éternel…

La demande est souvent manipulée ! Face à l’importance de l’offre, les principaux collectionneurs/marchands d’artistes stars peuvent verrouiller la demande pour garantir une progression favorable de la cote. Dès qu’une œuvre est présentée aux enchères, ceux-ci s’assurent que l’œuvre ne se vende pas en dessous d’un certain prix. C’est une pratique extrêmement courante de la part des galeries et des collectionneurs, qui préfèrent acquérir une œuvre supplémentaire que de voir l’ensemble de leur collection être dévaluée… Mais ces pratiques frisent parfois la malhonnêteté, comme lorsque Alberto Murgabi (qui possède plus de 800 Andy Warhols) et Larry Gagosian (le galeriste d’Andy Warhol) s’accordent avec le commissaire priseur pour racheter au rabais une œuvre de Warhol qui n’avait pas d’acheteur, sans que cela ne soit public.

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© Andy Warhol

 {« 50 millions c’est le nouveau ‘normal’ » déclare Francis Beatty, marchand d’art}

Raréfaction de l’offre, développement de l’industrie muséale, émergence de nouveaux acheteurs, engouement social et médiatique autour de l’art contemporain, manipulation de l’offre et de la demande, défiscalisation et rentabilité financière des œuvres d’art… Les phénomènes sont nombreux pour expliquer la croissance exponentielle des cotes d’artistes ces dernières années. « It’s a different world » admet Jérôme Stern, collectionneur New-Yorkais.

Une chose est sûre, le mythe de l’artiste désintéressé, ne vivant pas de son art, est dépassé. Si l’artiste attire l’attention des bonnes personnes, leur fortune est presque faite (la fortune de Damien Hirst est estimée à 400€ millions). D’ailleurs, il paraît que « les artistes ont toujours aimé l’argent » (Judith Benhamou-Huet) et que les riches sont toujours plus riches (World Wealth Report). Verrons nous une œuvre vendue à plus d’1€ milliard ?

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© Banksy et Damien Hirst

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