Les performances qui flirtent avec l’horreur


Comme chacun le sait, le Dadaisme, le Futurisme et le Surréalisme ont bouleversé les codes de la création au début du XXème siècle. Un vent de nouveauté souffle dans l’art, notamment avec l’entrée dans la pratique de la performance. Certains artistes ont poussé le jeu très loin parfois même jusqu’à la production d’oeuvres terrifiantes (pour ne pas dire carrément gores). Outre l’aspect purement physique et morbide, certaines incarnent incroyablement les convictions des artistes. Ce sont précisément celles-ci qu’Artsper souhaite vous faire découvrir. Et pour ne pas vous écoeurer de l’art de la performance, nous commencerons en douceur. Quant ceux qui ont l’estomac bien accroché, nous vous invitons à découvrir d’autres performances choc ici.

 

JOSEPH BEUYS 

 

joseph beuys

 

Selon Joseph Beuys, artiste révolutionnaire et magnétisant du XXème siècle, « chaque homme est un artiste », et chaque homme peut utiliser l’art pour panser ses traumatismes. En 1965, il réalise une performance tout à fait loufoque à la galerie Schmela, à Düsseldorf : « comment expliquer des images à un lièvre mort » et comme dans chacune de ses performances, la symbolique a une place première. Le visage recouvert de miel et de feuilles d’or, une semelle de feutre à ses pieds, il utilise un lièvre mort qu’il fait vivre avec ses mains pour expliquer les oeuvres d’art exposées en murmurant. La galerie est vide, les spectateurs observent la scène à l’extérieur devant les vitres, pendant trois heures. Drôle de rituel mais qui peut peut s’expliquer…

Joseph Beuys, artiste incroyablement charismatique, aime raconter sa légende à travers la symbolique de ses oeuvres d’art : pendant la seconde guerre mondiale, son avion s’est écrasé, il aurait alors été nourri de miel par des nomades, puis oint de graisse et enveloppé dans du feutre. Quant au lièvre, c’est un animal symbole de l’intuition. Même s’il est mort, Beuys le considère comme une extension de son corps, éteinte, mais qu’il peut réanimer.

 

BEN

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Cela pourrait vous surprendre, mais avant de faire des phrases sur des agendas scolaires, Ben a réalisé une centaine de performances. Certaines, comme « Pisser contre un mur et signer » ne sont pas dénuées d’humour, d’autres, comme « Signer les tableaux des autres » sont plutôt culottées, et enfin, il y a celles qui sont peut-être trop avant-gardistes : « Manger un oeuf dur », « Extraire une boulette de mon nez », « Ouvrir et fermer les yeux » (bon… peut-être plus provocantes qu’avant-gardistes).

Et parmi toutes ces performances, certaines sont carrément étranges. Dans notre top 3, nous mettons : « Vomir » (ça se passe d’explications), « Exposer de la viande pourrie » en 1960, mais il réitérera l’expérience plusieurs fois en 1962, et enfin « La hache », performance au cours de laquelle l’artiste effronté descend dans le public, un sac sur la tête, et virevolte en brandissant une hache au dessus de sa tête, manquant d’ailleurs de blesser deux personnes.

 

ORLAN

 

ORLAN

 

Au début des années 90, il semblerait que le monde de l’art n’ait qu’un seul mot à la bouche : ORLAN. Ayant déjà fait ses preuves dans la création artistique à travers des oeuvres engagées et culottées, ORLAN monte encore d’un échelon pour servir ses convictions.

Entre 1990 et 1993, elle passe sur la table d’opération pour produire des performances : 9 opérations chirurgicales, filmées. « La réincarnation de Sainte ORLAN » est une performance au cours de laquelle elle subit des opérations pour modifier les traits de son visage, prenant pour modèles les icônes de la Renaissance. Sans anesthésie, rétive à la douleur, elle lit même « Le tiers instruit » de Michel Serres, texte d’ailleurs gravé sur la chair restante. Elle dénonce par là les violences faites aux femmes. Lors d’une autre performance, « Omniprésence », ORLAN se fait à nouveau opérer et poser des implants de cornes aux tempes, dénonçant les canons de beauté imposés aux femmes.

A travers ces performances, ORLAN souhaite produire de nouvelles images. Malgré le caractère polémique de ces oeuvres, la carrière d’ORLAN ne peut pas et ne doit pas se résumer à cette série d’opérations. L’ensemble de son oeuvre est riche et sert ses convictions avec ferveur et véhémence.

 

CHRIS BURDEN

 

chris burden

 

Accrochez-vous car l’histoire de Chris Burden est singulière et choquante ! Son sujet de prédilection : le danger. Et Chris Burden commence tôt, et fort. Dans le cadre de sa thèse, il présente la performance « Five day locker piece », au cours de laquelle il s’enferme cinq jours dans son casier. Dans les années 70, loin d’être rassasié par cette expérience pourtant extrême, il demande à un ami de lui tirer dessus pour son oeuvre scabreuse « Shoot », il se blesse au bras. En 1972, il prend une journaliste télé ingénue en otage (une des rares qui avait pourtant accepté l’interview en direct). Pendant toute cette période, Chris Burden, qui n’en est pas à son coup d’essai, ose l’indicible : il se crucifie, se noie, se coupe

L’artiste marginal dédie la fin de sa carrière à la fabrication de sculptures monumentales bravant les lois de la gravité. Un revirement inattendu, mais sûrement plus sage…

 

MARINA ABRAMOVIC

 

 

L’oeuvre « Rythm 0 » (1974) de Marina Abramovic est sûrement la performance la plus dérangeante et la plus fascinante apportée à l’histoire de l’art. A son issue, l’artiste avait d’ailleurs subit une période de stress si intense que des cheveux blancs étaient apparus dans sa chevelure. Pour mettre à l’épreuve son corps, et tester les limites de son mental, elle met des objets à disposition du public : de la nourriture, des boissons, des roses, mais aussi des couteaux, des chaines et un pistolet contenant une balle ainsi qu’une seule instruction : « Il y a 72 objets sur cette table, chacun peut être utilisé sur moi selon vos souhaits. Performance. Je suis l’objet. Pendant cette période, j’assume la totale responsabilité. Durée : 6h ».

Si la performance commence en douceur, elle va rapidement prendre un tournant horrifique et pernicieux. Certains spectateurs l’enchainent, découpent ses vêtements pour la mettre à nu, lui incisent le cou pour boire son sang. Un climat étrange et grave s’empare du lieu cette nuit là. Deux groupes se créent, ceux qui souhaitent la protéger, et ceux qui veulent aller plus loin. Lorsqu’un spectateur braque le pistolet contre la tête de l’artiste acculée, une bagarre éclate dans l’audience, le galeriste intervient et jette l’arme à la fenêtre.

A la fin de la performance, lorsque l’artiste s’approche des visiteurs, une grande partie prend la fuite, incapables d’assumer leurs actes et d’accepter son humanité. Conclusion pour l’artiste : les gens peuvent agir sans morale s’il n’y a pas de conséquences.

 

PIOTR PAVLENSKI

piot

 

Perturbateur, engagé et rebelle, Piotr Pavlenski pousse la démarche artistique très loin pour récuser l’autorité russe. Il choisit l’art politique pour choquer les esprits et éveiller les consciences d’un peuple qu’il considère « zombifié » et passif face à la domestication étatique. Ses performances, extrêmement dérangeantes, ont bouleversé la planète et l’inscrivent dans une lutte opiniâtre contre le gouvernement de son pays.

Du haut de ses 33 ans, il a déjà réalisé plusieurs actions séditieuses fortes, engageant presque à chaque fois son corps de manière violente : en 2012, pour « Bouche cousue » il suture ses lèvres en réaction au procès des Pussy Riot, dénonçant le manque de liberté d’expression. En 2013, en contestation aux lois Russes (notamment aux lois concernant l’homosexualité) et à la réduction presque animale du peuple russe, il s’enferme nu dans des barbelés pour son oeuvre « Carcasse ». La même année, l’actionniste se cloue le scrotum au sol de la Place Rouge à l’occasion de la Journée de la Police. En 2014, il se poste nu sur un mur du Centre Serbsy (connu pour interner les dissidents soviétiques) et entaille son oreille pour dénoncer le détournement de la psychologie à des fins politiques. Enfin en 2015, il met le feu à la porte du siège du FSB (anciennement KGB) et écope de sept mois de prison.

L’artiste a souvent dû passer des examens psychologiques et est toujours déclaré parfaitement stable. Il confie au magazine Vice son désir d’imiter les codes visuels et les actions violentes du gouvernement pour mieux le dénoncer.

En 2017, il obtient l’asile politique en France.

 

 

 

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